Télévision Pan s'est amusé à envoyer des textes signés par des politiciens et la princesse Mathilde. Ils sont passés à l'antenne!

BRUXELLES La nuit, on ne s'ennuie jamais sur AB 3. Entre deux pubs pour des téléphones roses, la chaîne laisse la parole aux noctambules qui peuvent s'en donner à coeur joie en communiquant entre eux par SMS. Avec les risques de dérapage que l'on peut imaginer. La chaîne a ainsi déjà été épinglée début 2003 pour un message considéré comme constituant une incitation à la haine raciale. Il n'y a d'ailleurs pas qu'AB 3 qui est dans la ligne de mire. RTL-TVi a également eu droit à un avertissement du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) pour avoir diffusé sur son télétexte, via des SMS, des propos exprimant des incitations de mineurs à la débauche alors que d'autres incitaient à la prostitution!

Depuis, le CSA a décidé de recommander aux télévisions de mettre en place un système de filtrage composé au minimum d'un opérateur humain dont la mission doit être permanente et préalable à la diffusion. Mais est-ce que ça fonctionne réellement? Dans son édition qui paraît aujourd'hui, le journal satirique Pan a décidé de faire le test. Dans la nuit du 16 au 17 mars, les journalistes de l'hebdomadaire se sont amusés à envoyer de faux SMS. Si le système de filtre a parfaitement marché pour les messages à caractère raciste ou pédophile, il n'en a pas été de même lorsque l'équipe a envoyé des SMS à caractère politique, en utilisant le nom de politiciens connus: 7 ou 8 fois sur 10, les messages sont passés à l'antenne!

Premier exemple, qui relève de la propagande politique, des messages envoyés sous le nom de Picqué: «Amis bruxellois, je vous donne rendez-vous le 13 juin.» Trois minutes plus tard, un téléspectateur répond par SMS: «Qu'y a-t-il le 13 juin?» Réponse de Picqué: «Le 13 juin? On vote.» Un message qui, surprise, repasse une deuxième fois dans la nuit du vendredi au samedi 20 mars! Tandis qu'un autre, plus dur pour la concurrence, fait dire à Picqué que «Simonet ne connaît pas si bien que ça Bruxelles, vous savez!» Le filtrage ne fonctionne plus? Pas tout à fait. Les tentatives de réponse du faux Jacques Simonet ne passent pas la rampe.

Autre test, Louis Michel. Cette fois, le nom ne passe pas, pour la simple raison qu'un seul mot est retenu. Ce sera donc Bigloulou. Et là, le texte envoyé est assez sidérant, puisque le ministre des Affaires étrangères y explique, en gros, qu'il va donner la présidence du MR à son fils Charles. «Charles, je mets Tony dehors, neutralise Didier et tu prends la rue de Naples cet été, fiston. Patience.» Et ça ne s'arrête pas là. A l'intention d'un Daniel (Ducarme), Bigloulou se confond en excuses: «Daniel, j'y suis pour rien... C'est Hervé.» Et à l'adresse d'un dénommé Elio qui aurait des velléités fédérales: «De toute façon, Elio, je parlerai toujours mieux flamand que toi.»

Parmi les autres messages, il y a un règlement de comptes entre Fientje Moerman et Freya Van den Bossche ou encore le patron d'AB 3, Claude Berda, qui s'en prend au CSA et à sa présidente Evelyne Lentzen. «Tu vois bien, Evelyne, que le CSA c'est moi!» Le message a été envoyé sous le nom de Berda: on ne peut plus explicite. Autant dire que la personne chargée de filtrer les SMS ne connaît même pas le nom de son propre boss. Mieux, le message repassera quelques jours plus tard, la chaîne rediffusant les SMS en boucle.

Et le florilège ne s'arrête pas là. Parmi les extraits les plus cocasses, on a droit à Mathilde qui s'adresse au père Gilbert: «J'ai péché, mon père. J'ai péché, mon Gilbert. J'ai péché un mollusque à la place d'un mari! Au moins, avec Laurent, tu dois pas t'ennuyer, Claire!» Moins drôle, on découvre aussi un message subliminal de l'Eglise de scientologie. Là, il est vrai qu'il fallait déchiffrer le texte. Il n'empêche, le test de Pan a de quoi interpeller. Et nul doute qu'il risque de titiller le CSA...

© La Dernière Heure 2004