Télévision Le nouveau film de Tonie Marshall, Numéro une, en salle depuis mercredi, bouscule les idées reçues et "la misogynie bienveillante."

En salle depuis mercredi, Numéro une retrace l’histoire d’une femme qui possède toutes les qualités pour devenir une grande dirigeante d’entreprise. Mais dont la nomination ne coule pas de source dans un monde où 90 % des PDG sont des hommes.

"En 2009, j’avais eu l’intention de traiter ce sujet sous forme de série télé, avec huit personnages principaux qui dénonçaient la progression compliquée des femmes dans le cinéma, l’industrie, le sport ou la politique, notamment, nous explique la réalisatrice de Vénus Beauté (institut). Mais il n’y avait pas d’intérêt des chaînes de télévision… Mais j’ai trouvé la période favorable pour revenir avec ce sujet, au cinéma. Bien sûr, avec l’affaire Weinstein, cela semble opportuniste, mais quand je l’ai fait, personne ne voulait le financer. Il y avait une chape de plomb, y compris dans le domaine culturel. Je trouve même que par rapport à ma génération, la situation des femmes a régressé via des remises en cause d’acquis qui nous semblaient inimaginables. J’ai choisi une entreprise du CAC 40 parce que c’est un terrain vierge, mais cela se passe exactement de la même manière dans les petites entreprises de province. Dans nos sociétés, il y a une espèce de misogynie bienveillante, fonctionnelle, qui fait que les femmes n’arrivent pas aux postes de décision et n’arrivent pas à réorganiser le travail."

Que changeraient-elles ?

"Il faudrait beaucoup de femmes aux postes de décision pour que le modus operandi des entreprises se modifie doucement. Il y aurait une autre façon de distribuer la parole. Et un autre mode de fonctionnement. Quand les femmes sont isolées, elles calquent l’organisation masculine, mais si elles sont nombreuses, elles vont réorganiser les sociétés car elles n’ont pas le même rapport au statut, aux postes. Elles sont plutôt dans l’action, l’accomplissement, la prise de décision participative."

Votre héroïne doit pourtant jouer le même jeu que les hommes pour tenter d’accéder au pouvoir…

"On m’a reproché de la faire magouiller. Mais non, elle est la meilleure et doit agir parce qu’on l’empêche d’arriver à ses fins juste parce qu’elle est une femme. Pour que ce soit réaliste, une journaliste du Monde m’a fait rencontrer plein de dirigeantes. Tout dans le film est vrai, à l’exception du club féministe qui aurait cette puissance de feu : ça n’existe pas."

Dans le film, Emmanuelle Devos dit d’ailleurs : "La solidarité féminine, je n’y crois pas…"

"C’est hélas vrai. Les dirigeantes m’ont dit qu’elles ne l’avaient pas ressentie. Alors que moi, très profondément, je crois que naturellement, les femmes sont plutôt solidaires entre elles. Mais le monde est organisé de telle manière qu’elles sont souvent isolées. Heureusement, c’est en train de changer. Voici 4-5 ans, une loi est passée qui oblige les conseils d’administration français de compter au moins 40 % de femmes. Et c’est une révolution. Cela a professionnalisé les conseils d’entreprise. Avant, les hommes cooptaient naturellement leurs connaissances. Quand il a fallu inclure des femmes, ils ont fait appel à des chasseurs de têtes. Qui ne se sont basés que sur les compétences, pas les amitiés. Cela a donc professionnalisé, mais aussi rajeuni, ces conseils d’entreprise. Voire internationalisé. Cela, c’est exactement ce qu’il faut faire. Il faut rouvrir l’organisation du travail et bousculer cette culture masculine. Cela donne d’excellents résultats : selon les enquêtes, les entreprises dirigées par des femmes fonctionnent mieux, la productivité et le bonheur au travail sont meilleurs."