Télévision

Coach et membre du jury, Lio se sent bernée et estime que le format de The Voice est hyper-dur

BRUXELLES À deux semaines du lancement des émissions en direct, Lio revient sur l’épreuve des duels et balance. Celle qui est coach mais aussi membre du jury avoue qu’il n’est pas toujours facile d’éliminer ses propres candidats…

L’élimination d’Alice il y a une semaine a été un choix difficile ?

“Le problème de ce type d’émission, c’est que la pression est forte sur le moment. Et on ne sait pas toujours comment faire pour le mieux. On est conscient qu’il y a du spectacle. Même si on tient compte humainement des gens, on le fait jusqu’à une certaine limite. Cela reste un format extrêmement dur. Je suis en quelque sorte collabo d’une espèce de dureté envers les candidats. Au départ, on pensait pouvoir s’en abstraire. Il y avait un tel discours sur l’éthique de l’émission qu’on avait envie d’y croire. L’humain est pétri d’espoir. C’est un des fondamentaux de la race humaine. On a envie d’y croire. On nous dit que c’est Endemol. On a envie d’y croire, surtout quand ce sont des jeunes remplis d’espoir. Pour la RTBF, c’était aussi une aventure d’aller vers ce type d’émission. On s’est retrouvé avec ses règles dans la figure et c’était ultradur. Je l’ai très mal vécu alors que je suis vaccinée avec La Nouvelle Star. Mais on n’avait jamais parlé d’éthique avec La Nouvelle Star. Elle avait ses limites, c’est une émission qu’on connaissait. Et finalement, je ne trouve pas plus d’éthique dans cette émission que dans La Nouvelle Star . Mais j’y ai cru. Donc, plus dure a été la chute. Je ne pense pas trahir un secret en disant que BJ et moi nous avons mal vécu certaines choses que nous avons dû faire car nous ne les avions pas assimilées comme ça. Comme par exemple, que c’était nous qui éliminions un candidat de nos duos”.

C’est vous qui les avez choisis, puis éliminés ! C’est donner un bisou avant de les punir…

“Exactement ! C’est le double discours que dénoncent les psychanalystes et les psychiatres. C’est vraiment pervers. Et c’est dur à assumer. J’ai beaucoup de mal. Et je m’en veux à moi. C’est moi qui n’ai finalement pas été assez attentive. À 50 ans, je me suis fait avoir comme une bleue ! Bref, pour Alice, cela a été difficile à gérer. Je ne voulais pas avoir trop de contacts avec eux car je voulais garder mon rôle de coach. J’apprends à le devenir. C’est difficile à gérer. Dans le cas d’Alice, j’étais sous le charme de cette voix fragile. J’aime les voix fragiles, les gens qui ont des failles où il peut y avoir comme un état de grâce. C’est très délicat à obtenir. Et nous l’avions avec Alice.”

Mais vous avez d’abord pensé à sa voix…

“Je sentais une grande fragilité au niveau de sa voix qui dépassait le fait qu’elle avait une petite voix. J’ai posé la question. Moi-même, je suis chanteuse et j’ai un œdème inopérable sur les cordes vocales. J’ai perdu ma voix à 80 %, c’est dur à vivre. J’aurais encore pu apprendre. C’est de notoriété publique que je n’ai pas la voix de Lara Fabian mais j’ai une voix qui a une spécificité. Et chaque année, je devenais meilleure chanteuse. Du coup, j’ai appris à déceler les voix malades. Alice m’a avoué qu’elle était sous cortisone. Elle allait de problèmes en problèmes. Ce n’était pas possible de la garder. Si on la prenait, elle allait se péter la voix…”

Vous avez agi pour son bien. Comme une maman !

“Et comme une chanteuse aussi. Parce que je sais ce qu’on risque. De ne plus jamais pouvoir chanter. Alice a un vrai don, elle doit apprendre à travailler ses cordes vocales. Et il fallait le lui dire. Mais lui dire pendant qu’elle performait. Comment lui dire avant ? Ou après ? Nous étions dans une situation difficile. Et nous avons fait le choix de lui dire comme un reportage, en direct. C’était très difficile. Mais je pense qu’elle va mieux maintenant.”



© La Dernière Heure 2012