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Michel Drucker a achevé hier ses deux jours en Belgique par une interview à la DH

BRUXELLES Michel Drucker est un éternel angoissé. Il ne s'en cache pas. Il l'écrit en long et en large dans son autobiographie. Il est hanté par la peur de l'échec. Une crainte héritée de son père, qui le considérait comme un cancre et lui posait sans cesse la même question : Mais qu'est-ce qu'on va faire de toi ? Question qui est d'ailleurs aussi le titre de son livre. Aussi, la première chose que l'animateur de Vivement dimanche nous demande lorsqu'on le rencontre, c'est si on a lu son livre et si on l'a aimé. Il a beau en avoir vendu 220.000 exemplaires, il a besoin d'être rassuré. On lui répond que oui, on a aimé. On voit un sourire s'afficher sur son visage. L'interview peut commencer...

Qu'est-ce qui vous a poussé à écrire, à 65 ans, ce livre ?

"Tout d'abord, je pense que c'est le genre de livre qu'on ne fait pas du vivant de ses parents. Puis, quand mon frère est mort il y a 4 ans, j'ai eu envie d'écrire un livre sur lui. Ce qui impliquait de parler de mon enfance."

On découvre avec ce livre à quel point vous êtes angoissé...

"Il paraît que je dégage une grande sérénité à l'antenne, mais c'est le résultat d'un énorme travail. Comme tous les cancres qui n'ont rien fait entre l'âge de 7 et 17 ans, j'ai oeuvré toute ma vie pour rattraper ces 10 années perdues où on se demandait ce qu'on allait faire de moi. Ça fait 40 ans que je bosse pour y arriver, pour prouver à mes parents qu'ils se sont trompés. Avec ce livre, je veux dire à certains parents que ce n'est pas parce que leur enfant est un cancre à l'école qu'il ne s'en sortira pas. On peut très bien réussir sans diplôme en étant autodidacte dès l'instant où on sait pour quoi on est fait. Moi, la télé m'a sauvé la vie. Ça a été mon université. J'ai appris mon métier devant les téléspectateurs."

Vous écrivez que vous étiez terrorisé par votre père...

"Même si le mot peut paraître fort, c'est comme ça que je le ressentais. Il était omniprésent, colérique, caractériel. Mes deux autres frères s'en sont sortis. Moi, comme j'étais plus fragile, à force de me dire que j'allais rater ma vie, ça m'a traumatisé. J'ai eu besoin de m'échapper de ce carcan et de m'en sortir par moi-même. Nul ne guérit de son enfance. Tout part de là. Toute notre vie, on passe son temps à corriger ce qui a été raté à cette époque-là."

Vos parents seraient fiers de ce que vous faites aujourd'hui ?

"C'est clair que je regrette qu'ils n'aient jamais pu voir Vivement dimanche, car je pense que c'est ce qu'ils aimaient. Mais quand je présentais les variétés ou le sport, ce n'était pas leur truc. Et c'était parfois blessant. Ils ne me donnaient pas l'impression d'être intéressés par ce que je faisais."

Comment expliquez-vous que, après 40 ans de métier, vous soyez toujours aussi angoissé ?

"Il y a le stress du succès comme il y a le stress de l'échec. La gestion du succès est au moins aussi angoissante que la gestion d'un échec. Vous pouvez avoir fait de bonnes émissions pendant 40 ans et un jour vous planter, c'est ça qu'on retiendra."

Vous auriez pu régler des comptes avec certains artistes dans votre livre, mais vous ne le faites pas...

"Je n'ai pas voulu donner de noms parce qu'ils ont des enfants et parce que je ne veux pas briser le rêve de leurs fans. J'aurais préféré moi-même ne pas savoir qui sont vraiment certains chanteurs. Il y a des artistes qui gagnent à ne pas être connus. Même si je reste courtois, on lit bien entre les lignes que je ne suis pas dupe."

En refusant de balancer, vous renforcez néanmoins votre image de vrai gentil. Ça vous agace ?

"Non, car cette image est assez conforme à qui je suis. J'ai une propension à la bienveillance. Il y a assez de gens malveillants dans ce métier."

Vous ne pourriez pas être agressif comme Fogiel ?

"C'est bien qu'il y ait tous les registres. Ardisson et Fogiel ont leur ton à eux. Ils sont caustiques, incisifs. Mais ils posent des questions que je n'ai pas envie de poser. Je n'oserais pas. Et puis, j'ai plutôt tendance à montrer ce que les gens ont fait de bien. L'autre jour, un présentateur a dit à Michel Galabru qu'il avait tourné surtout des navets. Même si Galabru en a ri, je sais que ça lui a fait de la peine. Moi, j'aurais préféré rappeler qu'il a eu un César."



© La Dernière Heure 2007