Télévision

On savait Netflix, le service de SVOD (Subscription Video On Demand), puissant. 

Et lancé dans un vaste plan de conquête des foyers, au moyen de productions propres toujours plus nombreuses, et, souvent, qualitatives, essentiellement sur le terrain des séries télé ( Orange is the New Black, Narcos, Stranger Things, Crown, les séries Marvel, House of Cards) mais aussi des docus ( A Chef’s Table, Making a Murderer ou Last Chance U). Mais la firme de Reed Hastings n’avait jamais frappé aussi fort.

Netflix vient de se payer l’exclusivité d’un triumvirat magique du cinéma (à tout le moins du cinéma de gangsters). The Irishman, futur long-métrage du sieur Scorsese, réunissant Robert De Niro et Al Pacino, sans oublier l’inimitable Joe Pesci (qui doit encore confirmer sa présence au casting), ne sortira qu’en rares salles bien choisies aux États-Unis (histoire de pouvoir truster un Oscar). Pour le reste, Netflix dispose des droits d’exploitation exclusifs de The Irishman, qu’il distribuera sur sa plate-forme dans les 93 pays où il est présent. Un deal que la plate-forme aurait conclu pour quelque 105 millions de dollars, garantissant au père des Affranchis la totale liberté de ton qu’on lui sait chère.

Le projet, une adaptation d’un roman mafieux, est vieux de dix ans. L’échec commercial de Silence, le dernier Scorsese en date, a fini de refroidir la Paramount d’y investir les 150 millions exigés initialement. Netflix a sauté sur la balle.

Est-ce le début d’une nouvelle donne ? En tout cas, Netflix montre ici clairement qu’il ambitionne de jouer dans la cour des grandes maisons de production. Avec une ligne de conduite claire : il veut privilégier ses abonnés. Et n’exclut pas une sortie en salle de ses propres productions, mais en même temps que la mise à disposition de l’œuvre sur son application. Pas avant. Ce qui ne plaît pas aux exploitants de salle, qui avaient boycotté le premier long de Netflix, en 2015, Beasts of No Nation (avec Idris Elba).

Amazon, autre titan de la SVOD avec Amazon Prime Video (dont le service a récemment débarqué en Belgique), qui est le producteur du dernier Woody Allen, privilégie, lui, encore la voie plus diplomatique: Cafe Society est sorti au cinéma en mai 2016 et n’a été diffusé sur la plate-forme Amazon Prime qu’en décembre.

Reste que l’industrie du cinéma se trouve, sans doute, à un carrefour important. Où le pavement de la voie Netflix&Cie apparaît de plus en plus séduisant.