Télévision Stephan Streker n’est pas que consultant foot : il prépare son troisième long métrage avec Olivier Gourmet.

Pour les amateurs de foot, Stephan Streker, c’est un peu le X-Man de la RTBF, après avoir été celui de RTL-TVi. Croisement improbable de Fabien Barthez (pour le look), Bixente Lizarazu (pour l’analyse sans langue de bois) et José Garcia (pour l’humour de grand gamin), il impose dans La tribune ou en présentation des Diables Rouges un style nouveau, de consultant "à l’américaine", à la fois tenant du bon sens populaire et étonnamment pointu.

Comme si cela ne suffisait pas à le ranger dans le rayon des mutants, il fait aussi partie de la génération dorée des cinéastes belges. Michael Blanco ou Le monde nous appartient ont trusté les sélections dans les festivals.

Et Stephan Streker a mis un troisième long métrage en chantier : Noces. "C’est un drame familial, inspiré librement d’un fait divers, pour lequel je cherche encore des jeunes acteurs et actrices d’origine magrébine, indienne, pakistanaise, iranienne ou afghane, pour donner la réplique à Olivier Gourmet. C’est une vraie tragédie grecque d’aujourd’hui, avec des personnages écartelés entre leurs aspirations. Comme le sujet est sensible, mon avocat m’a conseillé de ne pas trop communiquer pour l’instant. Mais je peux déjà dire que le tournage débutera au printemps 2015."

Ce qui correspond à la fin du championnat de foot…

"Ce qui m’intéresse vraiment, c’est tourner des films. À la RTBF, ils le savaient. On va voir comment s’arranger : un tournage, c’est cinq jours par semaine, et je vais essayer de consacrer les deux autres au foot. Ou je serai remplacé."

Le fait divers est abordé, comme révélateur de faits de société, à la manière de Joachim Lafosse, ou d’histoires humaines, à la manière de Scorsese ?

"Un peu les deux, j’espère. Fondamentalement, les aspects humains, les sentiments profonds et puissants me motivent le plus, mais cette histoire en dit long sur les enjeux de société."

Avec les séries télé, il n’est plus possible de filmer un fait divers de manière classique…

"C’est vrai. Les séries sont à la pointe de la création avec le cinéma sud-coréen, dont la mise en scène est éblouissante. Le monde nous appartient était truffé de références, alors qu’ici, je mettrai tout uniquement au service de l’histoire et des personnages. Aujourd’hui, il faut bousculer plus. On considère à tort que le mélodrame est une catastrophe en raison des excès. Mais les grands mélodrames, de Douglas Sirk, Rainer Fassbinder ou Pedro Almodovar, sont magnifiques. C’est un genre qui ose le premier degré, qui ne se protège de rien. Noces sera un mélodrame de 2015. Asghar Faradi, le réalisateur d’Une séparation, construit chaque scène comme s’il s’agissait d’un thriller. C’est lui aussi qui dit de supprimer une scène qui paraît nécessaire si on n’aime pas l’écrire. Cela m’a terriblement influencé. Tout comme L’impasse de Brian De Palma : on sait comment ça se termine et pourtant, on se dit tout le temps : pourvu qu’Al Pacino s’en sorte ! C’est la magie du cinéma. Un mot que j’associe à Ozark Henry, qui composera la musique avec un Sea Board (un instrument extraordinaire : il n’en existe que 80 dans le monde) et je filmerai avec ses accords en tête. Puis, il fera les ajustements en fonction du montage. Je suis déjà impatient d’y être." Nous aussi.


"Albert et Jbari auraient pu me snober. Au lieu de ça, ils m’aident"

Après la sortie du Monde nous appartient, Stephan Streker l’avait déclaré haut et fort : désormais, il ne ferait plus que du cinéma. Et le voilà consultant à la RTBF… "Si Stéphane Pauwels n’avait pas vu le film, il ne m’aurait jamais proposé de venir dans son émission. L’expérience fut géniale : je ne l’en remercierai jamais assez. Par la suite, la RTBF m’a fait une proposition que je ne pouvais refuser : consultant pour les Diables Rouges, titulaire à La tribune et consultant à la radio. Mon vrai métier, c’est le cinéma, mais de toute façon, je regardais les matches. Je m’amuse donc à parler foot avec des super-professionnels, alors qu’avant, je le faisais juste avec mes potes."

L’arrivée à la RTBF n’a-t-elle pas généré des tensions ? "Philippe Albert et Nordin Jbari auraient pu me snober, moi qui ne sais pas faire un tacle correct. Au lieu de ça, ils m’aident. Benjamin Deceuninck m’a encouragé à rester moi-même, Michel Leconte et Rodrigo Beenkens m’ont accueilli à bras ouverts. Ce n’est pas le monde des Bisounours, mais je suis privilégié. Et je garde en tête la démonstration d’Eden Hazard : Certains aiment le foot et détestent Ronaldo ou Messi. La preuve qu’on ne peut jamais plaire à tout le monde."