Télévision Jean-Paul Procureur poursuit dans la voie littéraire avec un troisième ouvrage intime

BRUXELLES Le journaliste-présentateur de la RTBF Jean-Paul Procureur s'empare de la plume lorsque s'éteignent les projecteurs de Cartes sur table, chaque saison, à la mi-juin. «Jusqu'au mois d'août, j'ai l'esprit libéré pour me consacrer à l'écriture, tous les matins de 5 h à 8 h 30, quand la maison est silencieuse. Mais je ne décide pas d'écrire un livre. Lorsque j'ai une première phrase, une première idée, je me laisse emporter. Cela correspond à un besoin, c'est aussi un grand plaisir.» Même si, à l'heure de la publication de La main d'Antonella, les doutes émaillent encore l'esprit du conciliateur cathodique. A-t-il eu raison de coucher sur le papier une grande part de son histoire personnelle?

Après C'est une vie et Les fils de Jeanne (chez Luc Pire), où il rendait un vibrant hommage à son père, atteint de la sclérose en plaques, et où il fixait à jamais la destinée de sa grand-mère wallonne, Jean-Paul Procureur évoque à nouveau sa famille, mais aussi son divorce, son nouvel amour et le handicap (une main atrophiée à la naissance) de son dernier enfant. «Quand j'ai écrit mon premier livre, certains m'avaient parlé de thérapie... Je n'y croyais pas fort, mais j'ai bien dû constater que c'était vrai. Les choses qui m'obsédaient très fort, quand elles entraient dans le domaine public, s'allégeaient quelque peu. Avec ce troisième ouvrage, je n'en suis pas encore là. Les événements dont il y est question sont encore trop récents.»

Ecrite à la troisième personne du singulier, l'histoire de Paul et Marie mêle le réel et l'imaginaire. Mais, en fin de course, l'auteur tombe le masque et s'empare du je. «Il y a beaucoup de choses vraies au début, mais il s'agit d'un roman. Disons que j'entretiens la confusion, de manière à aller plus loin. La seule chose authentique de bout en bout est le sentiment. A partir d'un certain moment, j'ai ressenti le besoin de continuer la rédaction à la première personne du singulier car il s'agissait d'éléments qui m'étaient trop proches. Par la suite, j'ai essayé de tout réécrire avec un je mais je n'y suis pas arrivé...»

Point de départ de cette prose? Le déracinement. «Cela a été le déclencheur. Parfois, dans la vie, il faut quitter ses racines. Et quand on est très attaché à sa terre puis qu'on va dans un nouveau lieu, on se demande ce qu'on fait là, dans un village sans personnalité ni histoire.»

Puis, après quelques virages, le récit romanesque plonge dans la vie et l'intimité. «J'ai voulu écrire sur le divorce car, même si je l'ai voulu, je ne l'ai pas vécu facilement. Or, tout autour de moi, on me disait: Il faut tourner la page, fermer le rideau! C'est tellement courant, mais en même temps, on ne tire pas un trait sur son passé comme ça. C'est la longueur qu'on apprend à surmonter les difficultés.»

Personnage principal de La main d'Antonella, Paul est un ancien journaliste qui a pu réaliser son rêve: se consacrer entièrement à l'écriture. «Il en a eu marre de son boulot à la télé parce qu'on lui a dit qu'il n'était plus assez peps, qu'il ne faisait pas assez pute... Cela n'a rien de très original dans le milieu de la télévision. D'autres que moi ont certainement entendu des choses similaires. Quelqu'un comme Philippe Bouvard l'a déjà confié. En outre, à ce stade du livre, j'avais besoin d'une pirouette pour que mon héros quitte son emploi principal et se rende compte qu'il ne sera jamais assez imaginatif pour écrire une histoire de pure fiction.»

Après ce court roman-vrai, comme l'écrit son éditeur, Jean-Paul Procureur espère comme son personnage pouvoir un jour passer à «un vrai roman», une invention vraiment fausse... «Mais je sais que La main d'Antonella est le dernier livre de ce genre-là. Il referme la boucle: le premier abordait le handicap de mon père qui m'a tant obsédé, celui-ci évoque le handicap vécu par un enfant.»

Jean-Paul Procureur, La main d'Antonella. Chez Luc Pire.

© La Dernière Heure 2003