Télévision Responsable des achats de films et séries, Jean-Paul Delcomminette conteste son licenciement et compte aller en justice

BRUXELLES Ça risque une nouvelle fois chauffer dans les couloirs de RTL-TVi. Après les licenciements, il y a deux ans et demi, d'Eddy De Wilde et de Pol Heyse, ainsi que l'affaire Goffin (du nom de l'ex-directeur de Bel RTL, qui est finalement parti diriger les radios... de la RTBF), c'est cette fois-ci le licenciement, en juin dernier, de Jean-Paul Delcomminette qui fait du bruit.

Le visage de Jean-Paul Delcomminette n'est pas spécialement connu du grand public. Son nom, par contre, apparaissait souvent dans les génériques d'émissions. Il a commencé à RTL en janvier 79 comme ingénieur du son-reporter. «C'était la grande époque des correspondants en Belgique pour Télé-Luxembourg.» A partir de là, il ne cessera de gravir les échelons. Tout d'abord réalisateur des premiers journaux belges de RTL, puis producteur d'émissions à succès comme 10 qu'on aime ou Coup de dés, il occupait depuis 10 ans les fonctions de directeur des acquisitions et de la programmation. En gros, il était notamment responsable de tous les achats de films, de séries et de dessins animés. Si RTL peut proposer autant de grandes avant-premières cinéma, c'est en grande partie à lui que la chaîne le doit. «J'étais le n°4 dans la hiérarchie

Et pourtant, après 26 ans de maison, Jean-Paul Delcomminette a été viré le 17 juin pour faute grave. «On me reproche une absence injustifiée. Ce que je conteste. Bien sûr, un licenciement pour faute grave signifie que je n'ai pas d'indemnités. Je me retrouve du jour au lendemain sans revenu, sans voiture et même sans téléphone! Je ne souhaite pas être réintégré. Mais je veux que justice soit faite et obtenir mes indemnités!»

Et c'est là qu'on saisit tout l'enjeu du conflit. «Il est clair qu'au regard de ma position dans la hiérarchie et de mon ancienneté, ces indemnités seront conséquentes.» On risque donc de se retrouver embarqué dans une nouvelle bataille juridique. «Je ne désespère évidemment pas de trouver un accord, mais RTL refusant la négociation, la seule suite logique pour moi est désormais de les assigner en justice.»

Mais comment la situation a-t-elle pu se dégrader à ce point? Jean-Paul Delcomminette s'était déjà vu retirer en février une partie de ses attributions (la direction de la programmation pour être précis) alors qu'il rentrait de congé de maladie. «J'ai eu des problèmes de santé et j'ai été absent d'octobre à février. Mais, on a encore le droit d'être malade! D'autant que, durant mon congé de maladie, j'ai continué à travailler à domicile jusqu'au 15 décembre, notamment pour négocier avec MTV l'achat d'émissions pour Plug TV. Ensuite, depuis février, j'ai repris mes activités normalement, y compris mes voyages à l'étranger pour négocier les contrats.»

Ce qui n'a pas empêché son licenciement quelques mois plus tard. «Je suis étonné de cette attitude arrogante et irrespectueuse. Depuis le changement de direction, beaucoup de choses ne sont plus les mêmes à RTL. A partir du moment où des patrons doivent s'entourer systématiquement de 12 personnes et multiplier les comités pour prendre des décisions, ça génère un manque de souplesse et une déresponsabilisation. Et ils ont compris que je n'étais pas adepte de cette déresponsabilisation collective. Peut-être me reproche-t-on aussi ma culture populaire, le fait d'être Liégeois et de ne pas habiter les quartiers huppés de Bruxelles. J'avais la sensibilité du public RTL... Est ce que M. Delusinne ( patron de TVi ) est un homme de télé? Non. Pour moi, c'est un politicien.»

Mercredi, c'est en simple spectateur que Jean-Paul Delcomminette a donc regardé, derrière son poste, la présentation des grilles de rentrée de RTL et notamment l'énoncé des nombreux films inédits qui seront diffusés. «Durant le JT, la seule intervention de M. Delusinne concernait la fiction. Je suis surpris par cet intérêt soudain alors qu'il ne s'y était jamais intéressé lorsque j'étais là. Mais je me réjouis de la qualité de la fiction dont les téléspectateurs bénéficieront et dont j'aurai été l'humble artisan. Car si on verra Harry Potter sur RTL, c'est parce que j'ai récupéré le contrat avec la Warner, qui était partie vers la concurrence! D'une certaine façon, M. Delusinne m'a rendu hommage, malheureusement à titre posthume.»

© La Dernière Heure 2004