Brabant Wallon Le jeune homme avait été mortellement fauché par une automobiliste ivre. Laquelle a toujours été acquittée par la justice

Il y a un peu plus de 9 ans, le 29 août 2009 exactement, Clément Druet était fauché sur la chaussée de Bruxelles, à hauteur de Nivelles. Le jeune Feluysien, alors âgé de 18 ans, succombera à ses blessures quelques heures plus tard. "Je ne saurai jamais si Clément serait toujours en vie si la conductrice s’était arrêtée pour l’aider" , confie aujourd’hui sa maman, Suzanne Rensonnet.

L’automobiliste, qui avait pris la fuite, s’était rendue au commissariat de police deux heures après l’accident et présentait encore un taux de 0,94 gramme d’alcool dans le sang.

Malgré cela, elle passera entre les mailles du filet, n’étant jamais condamnée par la justice. "Elle n’a d’abord jamais été condamnée pour son délit de fuite, déplore Suzanne Rensonnet. La justice a fait traîner les choses et alors qu’elle devait aller en chambre du conseil fin 2012, on a appris que le délai de trois ans pour juger le délit de fuite était dépassé, qu’il y avait prescription et qu’elle ne pourrait pas être jugée pour cela."

Par la suite, la conductrice a été acquittée à plusieurs reprises devant le tribunal de police, puis en correctionnelle, le dernier jugement datant de 2015. "Nous sommes directement allés en cassation, précise Suzanne Rensonnet. Nous ne pouvions concevoir que cette conductrice, qui n’a jamais exprimé le moindre regret après avoir tué notre fils en étant ivre au volant, s’en sorte seulement avec une amende de 137 euros (NdlR : pour conduite en état d’ivresse). C’est inconcevable."

Par deux fois, la Cour de cassation cassera partiellement le jugement. Sur le plan pénal, la jeune conductrice ne risque pourtant plus d’être condamnée. Mais elle peut encore être poursuivie sur le plan civil. "La Cour a pointé l’incohérence du juge qui disait que la conductrice était sous influence de la boisson mais qu’il ne comprenait pas quelle faute de conduite elle aurait bien pu faire ! Selon ce jugement, conduire en état d’ivresse n’était pas considéré comme une faute. Ce qu’a rejeté la Cour de cassation en annulant le jugement."

Hier, Suzanne Rensonnet était donc au tribunal civil de Bruxelles pour plaider une nouvelle fois la cause qu’elle défend. "Je veux que la conductrice soit reconnue responsable de la mort de mon fils. C’est symbolique. Ça ne me rendra certainement pas mon fils mais quelle image de la justice rendrait-on si elle était acquittée ? Et quel message donnerait-on aux jeunes ? Un acquittement reviendrait à leur dire qu’ils ne craignent rien de la justice s’ils tuent quelqu’un en étant ivres…"

Suzanne Rensonnet souhaite aussi que ce soit la conductrice en personne qui paie les indemnités. "Je me fiche du montant. L’argent ne fera pas revenir Clément. Mais je veux que la justice reconnaisse cette dame comme responsable de la mort de Clément. Que ce soit elle qui paie et pas un fonds anonyme d’aide aux victimes. C’est le seul moyen pour qu’elle comprenne ce qu’elle a fait. Si elle n’est pas condamnée, elle risque de recommencer. Je veux éviter que d’autres enfants meurent d’une telle façon."

Fatiguée après ces longues années de combat - elle est aujourd’hui en arrêt maladie -, Suzanne espère que la justice ira enfin dans son sens. Et que, le soir du 15 octobre prochain, date du jugement, elle puisse enfin faire son deuil.

"Il était possible de s'arrêter"

 Lundi au palais de justice de Bruxelles, Suzanne Rensonnet était accompagnée de son autre fils et d’une dizaine d’amis. “C’est la preuve que mon combat est juste et que Clément n’est pas oublié.”

La Feluysienne développe deux arguments pour défendre sa cause. D’abord le fait que l’expert dise que la visibilité n’était que de 22 m en raison de lampadaires éteints. “Or, mon fils a été fauché sous un lampadaire allumé. Et quand bien même, si la visibilité est faible, ne doit-on pas adapter sa vitesse aux conditions ? Est-il raisonnable de rouler vite lorsque la visibilité est nulle ? D’autant plus lorsque l’on a bu ?”

Le deuxième argument concerne le dialogue de la conductrice et de sa sœur, présente dans l’habitacle, peu avant l’impact. “Dans une audition, elles ont confirmé avoir vu des piétons sur la route. Selon mes calculs, leur dialogue a dû durer près de 4 secondes. Ce qui signifie qu’elles les ont vu à au moins 80 m. Cela met d’office en doute les conclusions de l’expert qui dit que mon fils n’était visible qu’à 22 m. En 80 m, à l’allure à laquelle conduisait cette femme, n’importe qui aurait pu s’arrêter ou esquiver mon fils s’il n’avait pas eu les réflexes altérés par l’alcool. L’alcool est donc bien responsable. Et acquitter cette femme serait le pire des messages pour ceux qui conduisent après avoir bu !”