Brabant Wallon

L'annonce du retrait de la vie politique de Victor Pirot (l'Equipe / PS) a visiblement précipité les choses. Depuis le soir des élections, des tensions existaient au sein de la liste menée par Nicolas Tancredi, second score derrière l'incontournable Victor Pirot. Ce lundi après-midi, à quelques heures des prestations de serment, sept candidats de la liste l'Equipe ont envoyé un courrier à Nicolas Tancredi, avec copie à Victor Pirot et André Flahaut, pour lui demander de faire un pas de côté… "Tu te douteras bien que cette lettre n'est pas rédigée et signée de gaieté de cœur. Pour l'avenir de notre groupe de l'Equipe et du parti socialiste à Grez-Doiceau, il nous faut dès à présent penser au futur. D'où la demande explicite que tu fasses un pas de côté, que tu ne prêtes pas serment et que tu ne sièges pas au conseil communal." Les signataires évoquent plusieurs raisons qui ont poussé à sa rédaction après réflexion. Les résultats catastrophiques du 14 octobre, la gestion calamiteuse de la période post-électorale… "Nous (ou plutôt toi) avait tout en main. Il ne reste plus rien. Où étais-tu pendant la campagne? Où était le soutien que l'on aurait pu attendre d'une tête de liste?"

Pour les signataires, le travail de leader n'a pas été fait. "La gestion des discussions et de la négociation avec Ecolo a été chaotique: aucun élément de notre programme, aucun input de la part de l'Equipe n'a transpiré dans le document "une ruralité en transition". La giffle sociale que nous voulions défendre y est très pauvre. Ces resopnsabilités t'incombaient en tant que tête de liste." Et si aujourd'hui, tout est à reconstruire, les signataires ne souhaitent pas le faire en présence de Nicolas Tancredi. Si l'intéressé persiste à vouloir siéger, les signataires s'engagent à faire connaître leur voix!

Pour Nicolas Tancredi, pas question de retrait!

Dans un long courrier qu'il va lire ce soir au conseil communal (voir ci-après), Nicolas Tancredi compte bien assumer son rôle de tête de liste de l'Equipe."Non, je n'accéderai pas à la demande des signataires du courrier. Je vais donc prêter serment, faire mon discours et ensuite réunir l'USC de Grez puis, seulement après, l'Equipe. Mais j'avoue être un peu retourné par la situation. Je tente depuis des semaines de parler à certains, mais ils ne daignent décrocher. Après avoir reçu ce courier ce lundi après-midi, j'ai aussi tenté de les joindre mais en vain. C'est dommage… Aucun des membres de ce document ne sont membres de l'USC sauf un, depuis deux mois. J'ai le soutien des membres de l'USC qui se réunira très rapidement pour discuter de ceci. Il fallait cela en plus du reste…

Discours de Nicolas Tancredi:

Je vous mentirais si je vous disais que je suis heureux de la situation.

Mais voilà, je suis un démocrate. Je comprends et j’accepte les règles qui régissent notre démocratie.

En Belgique, nous ne vivons pas dans un régime majoritaire.

Nous ne vivons pas non plus dans un régime qui viserait à propulser automatiquement au pouvoir l’homme ou la femme le ou la plus populaire de la commune.

Nous vivons encore moins dans un régime qui, comme on a pu le lire ou l’entendre, récompense la plus forte progression d’une liste à la suite des élections.

Nous vivons dans un régime proportionnel qui nécessite la formation de coalitions, et ces coalitions ne doivent être dictées ni par quelques « like » ou commentaires sur Facebook, ni par des pétitions, ni par des manifestations, fussent-elles silencieuses et pacifiques. Ces coalitions sont dictées par les urnes, et c’est une bonne chose.

Je suis un juriste. Il n’est pas question de faire ici le reproche au groupe Ecolo d’avoir souhaité former une seconde coalition et de déposer un second pacte de majorité.

Même si politiquement elle est difficile pour des futurs partenaires à comprendre et à accepter, cette possibilité est permise par la loi.

Comme vous le savez, c’est plutôt la forme qui a emporté mon incompréhension et ma stupéfaction. Je ne trahis aucun secret puisque je m’en suis ouvert à vous, Marie et Laurent.

Le fait d’apprendre, le lundi midi, par les réseaux sociaux, que des négociations parallèles à celles que vous meniez depuis plusieurs jours avec l’Alliance et l’Equipe, se tenaient avec d’autres groupes, étaient pour moi incompréhensible, autant que blessant.

Incompréhensible, puisque rien ne laissait paraître de nos discussions que les négociations se passaient mal ou que les avancées ne vous apportaient pas satisfaction.

Blessant, en raison du fait que vous n’ayez même pas pris la peine de jouer franc jeu, de nous annoncer dès le départ que vous souhaitiez rabattre toutes les cartes ou rouvrir les négociations avec tous les groupes en présence.

Si vous l’aviez fait en toute transparence, nous aurions tous pu jouer ce jeu « à armes égales » et comprendre les intentions qui vous animaient.

On a pu lire qu’il s’agirait d’une nouvelle forme de démocratie, d’une sorte de « second tour », proposé par Ecolo.

Nous n’avons été, permettez-moi de vous le dire, ni de près, ni de loin, en présence d’un second tour des élections du 14 octobre.

Pour parler d’un second tour, encore aurait-il fallu que le citoyen soit associé aux discussions. Cela n’a pas été le cas.

Mais surtout, il eut fallu que chacun des groupes politiques soient informés du jeu dans lequel on était en train de jouer. Les règles n’avaient pas été annoncées ; les négociateurs de l’Alliance et de l’Equipe ont été mis devant le fait accompli ; le citoyen grézien n’y comprenait plus rien. Cela donnait un peu l’impression que ces négociations avaient été confisquées par un petit groupe sans réelle possibilité de partage et de contrôle.

Marie, Laurent, je vous ai exprimé ma déception et mon étonnement. Je vous ai écouté à mon domicile pour tenter de comprendre ce qui s’était passé. J’ai tenté d’analyser quelles suites pouvaient être données à ce qui pouvait s’apparenter au premier regard comme une forme de trahison de la parole donnée.

Au terme de cette discussion, qui a tout de même duré près de 5 heures et s’est prolongée tard dans la nuit, j’avais le sentiment que les jeux étaient faits.

Qu’à cela ne tienne, l’Alliance et l’Equipe ont poursuivi le travail entamé avec les négociateurs Ecolo pour pouvoir vous proposer un projet d’accord affiné et particulièrement ambitieux.

Développement durable, aménagement de l’espace, mobilité, économie, cohésion sociale, jeunesse, enseignement, logement, participation citoyenne, bonne gouvernance, aucun sujet n’a été oublié. Je peux le dire ici, des propositions fortes et ambitieuses, répondant aux aspirations d’Ecolo, ont été mises sur la table.

Je suis également un représentant de l’Equipe. Je le dis souvent dans d’autres cadres : « pour pouvoir digérer une décision, même si celle-ci ne vous convient pas, il faut entendre les raisons qui ont présidé à cette décision ».

Marie, Laurent, ce soir, je n’ai pas reçu les informations me permettant de comprendre le choix qui a été fait par Ecolo. C’est particulièrement frustrant, puisque beaucoup de temps et d’énergie avaient déjà été consacrés à la formation d’un projet d’accord de majorité avec l’Alliance et l’Equipe. Je ne suis donc pas en mesure de digérer la décision qui a été prise par l’Assemblée générale d’Ecolo.

Pour pouvoir la comprendre et la digérer, il me faudra plus qu’un communiqué de presse laconique évoquant : une « dynamique de co-construction », un « climat de confiance » ou des termes génériques tels que : « transition écologique » et « participation citoyenne ». Cela ne nous suffira pas.

Sachez que les membres de l’Equipe prendront leurs responsabilités autour de cette table et assureront un contrôle extrêmement vigilant du travail de la majorité et de la réalisation des promesses à venir.

Enfin, je suis un citoyen. En tant que citoyen, je souhaitais m’engager pour défendre des projets en faveur de Grez-Doiceau et de ses habitants, sans a priori quant aux personnes qui portent ces projets.

Cette campagne électorale a été pour le moins animée, en particulier au travers des réseaux sociaux. Je pense que, même si nous ne partageons pas les mêmes idées, les élus comme les citoyens doivent conserver du respect pour les personnes qui les défendent.

En ce qui me concerne, je continue à respecter et à apprécier à leur juste valeur chacune des personnes présentes autour de cette table.

Manque de respect, désinformation, manipulation, insultes : ce ne sont pas des exemples à donner, ni des valeurs que j’ai envie de transmettre à mes enfants.

Demain je continuerai donc à m’engager de la même manière, à défendre les mêmes valeurs et à soutenir des projets auxquels je crois, que ce soit par la voie politique ou par une autre voie.

Je tiens à profiter de cette tribune ce soir pour féliciter chacun des candidats qui ont eu le courage de se présenter au suffrage des gréziens le 14 octobre dernier, et tout particulièrement mes 22 colistiers formant l’Equipe.

Je souhaiterais évidemment, et j’en terminerai par-là, remercier Monsieur Victor Pirot pour tout ce qu’il a réalisé pour la commune. Chacun en est témoin, Victor a toujours privilégié le dialogue. Il laissera un grand vide.

A titre personnel, je tiens à remercier Victor de m’avoir accordé son amitié depuis plus de 15 ans et sa confiance pour mener la liste l’Equipe lors des élections.