Brabant Wallon Quand un père de famille a haussé le ton, six policiers lui sont tombés dessus et lui ont entravé bras et jambes, mis un casque et "transporté comme un saucisson" dans le car de police.

Les bénévoles et travailleurs du centre Fedasil de Jodoigne sont sous le choc. Ce matin, vers 6h45, 20 policiers fédéraux ont débarqué sans ménagement au centre ouvert pour demandeurs d’asile. Mission : emmener une famille tchétchène qui devait être renvoyée vers la Pologne. Les deux parents et leurs huit enfants avaient quitté la Russie pour Varsovie où ils ont introduit une demande d’asile.

Ils sont arrivés au centre Fedasil de Jodoigne le 1er août dernier. Tous les enfants, âgés de 16 ans à 3 ans (dont des jumelles) sont scolarisés dans les écoles de la commune. Des gamins polis, bien intégrés, qui ont vite appris le français. Une famille “irréprochable”, selon Jean-Luc Meurice (MR), bourgmestre faisant fonction de Jodoigne. Comme la famille tchétchène relève de la “procédure Dublin”, l’Office des étrangers a décidé de les mettre dans un avion (militaire) à destination de la Pologne ce mercredi. Jusque-là, la procédure suivie était correcte.

Mais les choses ont dérapé mercredi au moment d’exécuter cet ordre de reconduite. Les policiers chargés de la procédure d’escorte ont constaté qu’il manquait un des enfants : une adolescente de 14 ans passait la nuit chez une copine. Plutôt que d’attendre que la famille soit au complet, les policiers fédéraux ont décidé d’embarquer 7 enfants et le papa, et de laisser la maman au centre.

Quand le père a haussé le ton, indiquant qu’il était hors de question qu’il parte sans sa femme et un de ses enfants, 6 policiers lui sont tombés dessus : on lui a entravé bras et jambes, mis un casque et “transporté comme un saucisson” dans le car de police. “Je n’ai jamais vécu cela !”, témoigne un travailleur sous couvert d’anonymat. “Je n’ai jamais vu un tel acharnement, avec une telle violence et un non-respect des personnes.

Le vol militaire organisé pour la famille devait initialement partir à 10h30 de Melsbroek pour Varsovie. Il a été retardé à 12h30, la Pologne refusant de reprendre une famille incomplète. Des informations contradictoires ont circulé. Mais on vient de l’apprendre : le vol a finalement été annulé. Le papa et les sept enfants sont en route vers le centre Fedasil de Jodoigne.


"Qui joue au Père Fouettard?"

Le monde politique, à l'image du groupe Ecolo, s'est insurgé face à cet acte. Dans un communiqué, les Verts expliquent qu'ils "dénoncent la manière scandaleuse dont les services fédéraux ont traité une famille qui, en vertu de la procédure de Dublin, devait être renvoyée en Pologne, alors que son parcours d'intégration est en cours en Belgique, au sein du centre Fédasil de Jodoigne. Cette action plus que musclée est tout à fait indigne d’un pays démocratique ! Vingt policiers fédéraux ont tenté d'expulser sept enfants avec leur père, en les séparant de leur mère et d'une de leurs filles non présente à ce moment au centre. La police fédérale a fait usage de la force pour contraindre le papa à monter dans le bus (camisole, casque rembourré…). Tout cela sous les yeux des enfants à peine éveillés ! Ecolo dénonce, comme l'a fait déjà le Délégué général aux droits de l'enfant, cette intervention scandaleuse et rappelle que, pour Ecolo, personne n'est illégal quand il cherche refuge en Belgique. Quand l’intégration est en cours, quand les citoyens se mobilisent pour offrir un avenir à une famille qui fuit la guerre ou la misère, quand les communes se déclarent hospitalières, c'est une attitude inacceptable que nous ne pouvons tolérer. Ecolo demandera des explications au Ministre T Franken sur la violence de ces pratiques."


"Des comportements dignes d’un Etat policier, indignes d’un Etat de droit !"

Même son de cloche du côté socialiste. "La Fédération PS du Brabant wallon s’insurge contre les pratiques utilisées ce mercredi par des agents de la police fédérale au centre Fedasil de Jodoigne. La Fédération PS du Brabant wallon ne peut accepter que quiconque soit traité d’une telle manière, encore moins un père d’une famille ayant fui leur terre d’origine. Une fois de plus, les procédés de la police, répondant ainsi à la politique scandaleuse prônée par le secrétaire d’Etat à la Migration, Théo Franken, doivent être dénoncées. Il s’agit là, après notamment le traitement dégradant infligé aux migrants du Parc Maximilien à Bruxelles, de procédés non seulement inhumains et injustifiés mais aussi totalement contraires à la politique d’accueil de la Belgique. Nous les condamnons fermement. Notre député fédéral Stéphane Crusnière interpellera le secrétaire d’Etat, Théo Franken, à ce sujet."