Brabant Wallon Ottignies et Leuven ont officialisé leur volonté de jumelage mercredi.

L’idée avait déjà surgi dans les années 90 mais elle avait soulevé pas mal de réticences du côté de Louvain-la-Neuve, où les blessures du Walen Buiten étaient encore trop vives. En 2001, Louis Tobback, qui était déjà bourgmestre de Leuven, avait à nouveau évoqué cette possibilité d’un jumelage entre sa ville et Ottignies Louvain-la-Neuve. Il n’a pas essuyé un refus, des contacts ont été noués, mais il a fallu 15 ans pour que l’idée soit totalement acceptée.

Aujourd’hui, c’est fait : mercredi à l’hôtel de ville d’Ottignies, Jean-Luc Roland et Louis Tobback ont signé des documents officialisant cette volonté de jumelage. En présence des représentants de l’UCL et de la KUL, puisque ce sont les deux universités - qui ont déjà renoué des contacts fructueux depuis un bout de temps - qui ont relancé le processus dans le cadre de leur année des utopies (lire ci-contre).

Oubliée, la scission de l’université qui a mené à poser la première pierre de Louvain-la-Neuve en 1971 ? Non, mais comme l’a souligné le recteur Vincent Blondel, le traumatisme appartient au passé.

Grâce à l’accueil reçu à Ottignies, l’UCL s’est forgée un destin propre, et est devenue le moteur de toute une région. Il est temps de regarder vers l’avenir. À Ottignies, le bourgmestre SPA de Leuven, Louis Tobback, n’a pas dit autre chose. "Il n’y a aucun problème, du côté de Leuven, à renouer ces liens qui ont toujours existé des deux côtés de la forêt de Meerdael et de Soignes, a-t-il expliqué. Remettre tout cela en place est une bonne chose. Nous n’allions pas être en reste alors que les deux universités s’entendent de mieux en mieux. Le temps est révolu, où nous avions de part et d’autre de mauvais souvenirs et des complexes d’infériorité. Faisons table rase de tout ce passé. Je suis convaincu qu’Ottignies a conquis une réputation à l’échelle mondiale grâce à la présence de l’Université, comme c’est le cas aussi à Leuven."

Katlijn Malfliet, vice -recteur de la KULeuven, s’est elle aussi montrée très enthousiaste mercredi lors de l’officialisation du jumelage. "À Louvain, on a tant parlé de cette idée, a-t-elle précisé. Ce qui se passe aujourd’hui semble un peu irréel, mais c’est une réalité fantastique : c’est le commencement de projets communs !"

Une voie de l’Utopie inaugurée en commun

Après la petite cérémonie protocolaire organisée à l’hôtel de ville d’Ottignies, le bourgmestre ottintois accompagné de son homologue louvaniste et des représentants des deux universités se sont rendus à Louvain-la-Neuve, pour inaugurer une nouvelle rue. Une manière de marquer le jumelage, et surtout l’année des utopies qui touche à sa fin. L’année académique 2015-2016 devait marquer, aussi bien à l’UCL qu’à la KUL, les 500 ans de la publication à Leuven de L’Utopie de Thomas More.

Très symboliquement, la nouvelle voie de l’Utopie part de la petite place où se situe le collège Thomas More (la faculté de droit) pour rejoindre la gare des bus et la passerelle qui enjambe la voie de chemin de fer.

Les autres noms de rue ou de place de Louvain-la-Neuve sont en général choisis pour rappeler le passé des lieux, ou des éléments du folklore wallon. "Ici, ce n’est pas le cas : l’Université a collaboré avec la Ville pour arriver à cette petite excentricité sympathique", a précisé sur place le bourgmestre Roland.

Jean-Luc Roland, Bourgmestre d’Ottignies-Louvain-la-Neuve: "La page est tournée"

Vous avez parlé de certaines réticences à ce jumelage…

" J’ai appris que lorsqu’on l’a évoqué pour la première fois, c’était un peu chaud… En 2001, quand on a présenté l’idée au conseil, l’opposition s’est prononcée contre. Il faut dire que c’est un mauvais souvenir pour beaucoup de gens, ce Walen Buiten. Personnellement, mon beau-père était professeur à la faculté d’agronomie et cette histoire lui est toujours restée sur l’estomac. Au dernier conseil communal, une élue a encore dit que c’était un souvenir douloureux. Pour elle, c’est un peu particulier : c’est la fille d’agriculteurs flamands, qui ont été expropriés à cause de la construction de Louvain-la-Neuve ! "

Ce ressentiment est moins fort à présent !

"Oui, parce qu’on est 15 ans plus tard. On est sorti par le haut de ce qui était vu auparavant comme une défaite. On a su transformer cela en quelque chose de positif. Et Louvain-la-Neuve a encore beaucoup changé en 15 ans : c’est une véritable ville, dynamique, qui sert de modèle… Cela joue aussi. Je pense qu’on peut dire que la page est tournée."

Comment envisage-t-on la suite de ce jumelage ?

"On est au début du processus, qui s’est accéléré suite à l’intervention du professeur Van Parijs à l’occasion de l’année des utopies à l’UCL. Mais je sens qu’il y a un engouement. On a lancé un appel dans le journal communal et une quinzaine de personnes ont répondu qu’elles étaient prêtes à participer à ce jumelage. Et suite à cette officialisation de l’événement, il y en aura sans doute encore d’autres qui vont être proposées. Il faut dire que certaines personnes qui se sont établies à Louvain-la-Neuve ont gardé la nostalgie de Leuven. C’est une très belle ville, ceux qui y ont étudié sont touchés lorsqu’ils y retournent. "