Bruxelles

JETTE

Le rappeur évoque son Bruxelles. Entre autres…

MUSIQUE Anti-scoop : le paysage Belge, et a fortiori bruxellois, regorge d’artistes. En nos frontières et au-delà, les noms d’Axelle Red, Arno, Adamo résonnent. Et encore, là, on n’est que dans les “A” … Même pas plus loin dans l’alphabet, un certain Akro. Probablement pas moins doué que les précités. Son seul tort, qui explique peut-être le fait que son akronyme vous soit toujours inconnu, c’est de faire du rap. Drôlement bien , comme on dit chez lui.

Pur Bruxellois, l’ancien sociétaire de Starflam (ça, vous connaissez sans doute) vient de sortir son troisième album solo : Bleu Électrique . Une pépite, qui dépasse spectre du hip-hop sur la forme, avec ses sonorités jazz-blues, tout en gardant une âme de puriste dans le fond. Avec, en track n°3, un certain Bruxelles, plurielle. Un titre magistral, qui n’aurait pas à rougir aux côtés des monuments d’Annegarn, Warnant, Bénabar et Brel.

Son Bruxelles ? “Je suis un enfant de Jette, de son Athénée, de son Collège Saint-Pierre, jusqu’à sa Place du Miroir, où, gamin, je jouais tous les jours. De ses murs, que j’ai taggés, avant de me faire pincer par la police, qui me faisait nettoyer le dimanche matin, en plein marché de Jette, devant tout le monde. La politique de l’humiliation. Je présume que c’était efficace… Mes lieux clés, c’était le parvis de la Basilique de Koekelberg, sur lequel on allait breaker, puis Rogier, Musicmania, en ville, un magasin de vinyles où on courait tous acheter les faces B, pour qu’on puisse s’entraîner à rapper sur les instrumentals… C’était un QG de rassemblement ! Le bon vieux temps, déjà… Aujourd’hui, Musicmania est fermé et les instrus naissent par centaines sur Internet…”

Cette ère de l’informatique à outrance, Akro en a fait une chanson, Dans mon ordinateur. “Enregistrée uniquement avec des sons d’alertes Mac et PC, et le beat est composé de bruits de clavier…”

On pourrait parler des heures à Akro de sa passion, du règne de la musique buzz qui le débecte, du manque de médiatisation dont lui et ses compères souffrent. “Imposer le rap, non comme un genre musical, mais comme une musique à part entière, c’est un combat quotidien. Qu’on dise une chanson, et pas un rap. La France ? Là-bas, on n’existe pas. Alors qu’il y a des MC’s Belges qui valent 100 fois certains Français… Je rêve de pouvoir vivre uniquement de ma musique, mais, même moi, qui ne suis pas le moins médiatisé je ne peux pas : du coup, j’ai créé une société spécialisée dans la rénovation écologique de maisons”

Akro (Thomas de son vrai nom), père d’une petite Charlyne, ne s’en plaint pas une seconde. Avec ce qu’il a dans le stylo, il ne devrait pas rester éloigné des studios plus d’un an. Surréaliste Belgique…

Akro, Bleu électrique

En concert ce soir au KVS (puis au BSF, Dour…)



© La Dernière Heure 2011