Bruxelles Un homme a notamment été violemment agressé par trois individus dans son ascenseur en rentrant du boulot ce mardi soir.

Outre le quartier de Cureghem, d’autres endroits d’Anderlecht sont régulièrement en proie à la violence. C’est notamment le cas de la cité du Peterbos, où un jeune de 22 ans s’est fait tabasser par trois individus dans l’ascenseur de son logement, ce mardi vers 23 h, alors qu’il rentrait du boulot. La victime a eu le nez cassé et a été transportée à l’hôpital. "Cela fait 27 ans que nous habitons dans cette cité et je constate qu’elle s’est fortement dégradée au cours des dernières années", affirme Jacques, nom d’emprunt, un membre de la famille du jeune tabassé qui tient à garder son anonymat.

Selon lui, des voyous traînent constamment en bas du bloc dans lequel ils habitent. Ils fument des pétards, font du trafic de drogue et du bruit pendant la nuit, et dégradent les lieux. "Après l’agression survenue mardi soir, la police est descendue sur les lieux et nous a suggéré de faire justice nous-même. On a l’impression que les policiers ne sont pas à l’aise quand ils viennent ici, et repartent rapidement. Nous ne voulions pas porter plainte de peur des représailles, mais nous l’avons quand même fait, en espérant que ce dossier soit suivi. Nous en avons plus que marre !"

Cet acte est loin d’être isolé dans ce quartier sensible de la commune. Pas plus tard que la semaine dernière, une voiture a été incendiée non loin de la pharmacie, et un père de famille a été tabassé à mort il y a quelques mois.

Fatima (nom d’emprunt) habite seulement depuis un an dans cette cité mais pense déjà à déménager. "Les jeunes bloquent et agressent les riverains, tirent les sacs. Le problème, c’est que la présence policière n’est pas suffisante", estime cette habitante exaspérée. "On se sent délaissé dans cette zone où aucune caméra n’est installée."

La pharmacienne de la cité, braquée 7 fois en 10 ans, est bien placée pour parler des problèmes de sécurité qui règnent au Peterbos. "Le plus souvent, les braquages surviennent en pleine journée. Les policiers font malgré tout des rondes, mais une fois qu’ils sont partis, les problèmes ressurgissent. Il faudrait une présence policière permanente."

La zone de police Midi (Anderlecht, Forest, Saint-Gilles) est consciente des difficultés rencontrées dans cette cité. "Anderlecht est une très grande commune avec une importante couche de pauvreté. De plus, il manque 69 personnes au cadre organique de la zone Midi, alors que les missions de la police sont plus nombreuses, notamment en raison de la menace terroriste", explique la porte-parole.


"Un manque flagrant d’effectif policier"

Sapin de Noël brûlé, voiture jetée dans le métro, home invasion commis la semaine dernière par cinq jeunes armés de trois armes à feu et ce mardi, un jeune homme tabassé dans son ascenseur dans le quartier du Peterbos : chaque semaine, la commune d’Anderlecht est sous le feu de projecteur pour de tristes faits.

Les raisons de cette insécurité permanente, qui ne semble pas s’atténuer avec le temps, sont multiples, selon Walter Vandenbossche (CD&V), membre du conseil de police de la zone Midi. "J’analyse chaque année le budget de notre police et nous souffrons d’un manque d’effectif flagrant pour faire face à ces problèmes", explique celui qui est aussi conseiller communal de l’opposition. "Il faut être conscient que lors des matchs de football d’Anderlecht, il faut sécuriser les abords du stade. Pareil pour le personnel réquisitionné pour la menace terroriste de niveau trois. Notre police fait donc face à des situations pour lesquelles elle ne dispose de pas suffisamment de personnel et les policiers ne sont pas toujours formés pour ces tâches supplémentaires", déplore Walter Vandenbossche.

Un avis partagé par Alain Kestemont (Défi), conseiller de police de la zone Midi. "Ces faits deviennent quasi routiniers et sont banalisés. Ce qui me surprend, par exemple dans le cas de la bande de Cureghem, c’est qu’elle n’est toujours pas répertoriée en tant que bande urbaine par le parquet. Si c’était le cas, on pourrait envisager leurs faits délictueux d’une autre manière et la considérer comme une association de malfaiteurs, mais ça n’est toujours pas le cas", explique Alain Kestemont, qui précise que le cadre organique de la zone Midi n’a plus été revu depuis 2002 malgré le boom démographique important. "La population dans la zone a augmenté de 22,5 % en 10 ans et les effectifs de police restent inchangés, tout comme les dotations. Inquiétant !"


Eric Tomas  PS, Bourgmestre d’Anderlecht:  "Un commissariat au Peterbos"

"Je ne pense pas que la situation s’aggrave, mais il y a quelques endroits plus problématiques. Pour la cité du Peterbos, on pense, depuis quelques mois, y implanter une antenne de quartier avec une présence policière permanente sur le site. Un local pour accueillir les policiers pourrait être mis à disposition par le Foyer anderlechtois. Le problème, c’est que la violence est banalisée. Les mineurs sont arrêtés mais le parquet ne suit pas, et ils agissent donc en toute impunité ! De plus, l’effectif policier est largement insuffisant par rapport à la population qui doit être desservie. Le gouvernement fédéral a sa part de responsabilité dans cette situation."