Bruxelles Désabusée, la population molenbeekoise a assisté mardi de loin aux attentats, espérant qu’aucun habitant ne soit impliqué.

"Je m’y attendais. Cela faisait des années que cela pouvait arriver. Je suis sûr qu’il y aura des suites du côté de Molenbeek. Mais c’est normal ! Vous avez vu le taux de chômage et les problèmes sociaux ici ? Pourquoi vous croyez qu’il ne se passe jamais rien à la place Fernand Cocq ou à La Chasse ? La Belgique doit trouver une solution pour le chômage", s’énerve Murat, 33 ans. "Je suis très pessimiste pour l’avenir. Je ne vois pas pourquoi cela irait mieux prochainement", ajoute-t-il. Dans le petit bar situé à l’angle des rues Comte de Flandre et du Facteur, juste en face du commissariat, les quelques clients présents ont le regard scotché vers la télévision, au fond de la salle. À l’écran, un journaliste entreprend un nouveau décompte du nombre de victimes, annonçant désormais le chiffre de 37 morts.

Hassan, 35 ans, qui tire une gueule jusque par terre, interrompt Murat. "Ces terroristes n’ont aucune excuse ! Tu crois que c’est parce qu’ils ont difficile dans la vie qu’ils ont la moindre justification ?", interpelle ce papa d’une fille de cinq mois. "Je touche 700 € de la mutuelle et mon loyer est de 900 €. Tu crois que j’irai me plaindre de quoi que ce soit auprès de n’importe qui ? Un peu de fierté ! Non, ce sont des petits cons qui ne prennent pas leur vie en main. Ils salissent toute la commune", insiste Hassan. "On leur promet le paradis des mille vierges. On leur dit qu’ils finiront en martyrs. Ils sont désespérés mais ce n’est pas une excuse, bien sûr", acquiesce Murat.

Dehors, la tension monte soudain d’un cran, des agents de police se mettent à crier et courir, passent devant le commissariat, puis s’engouffrent rue Sainte-Marie, qui mène vers la station de métro Comte de Flandre. Fausse alerte. Autour du commissariat, un large périmètre de sécurité a été délimité par des barrières Nadar. Derrière celles-ci, plusieurs soldats montent la garde.

Le long de la barrière, quelques personnes s’attroupent autour d’une femme en larmes. Maria est perdue et cherche désespérément un taxi, explique-t-elle en espagnol, en tenant la main de sa fille de 6 ans. "Je reviens de la Gare du Midi, du snack où je travaille. Tout le monde pleure", lâche, de son côté, Kadir, 19 ans. "Je devais aller à un concert turc à Anvers, mais il n’y a plus de trains." "Ce qu’on fait ? On attend, on ne sait rien faire d’autre", explique Mohamed, 17 ans, à ses côtés. Juste à côté, une équipe du Petit Journal de Canal + essaie de convaincre l’un ou l’autre badaud d’accepter une interview.

Dans le Molenbeek historique, que ce soit rue de Ribaucourt, chaussée de Gand ou place Communale, les Molenbeekois, choqués, sont tristes, espérant sans trop y croire que la commune ne soit plus concernée par les nouveaux attentats. "C’est une catastrophe pour la commune", lâche, désespéré, Saïd, 48 ans. "Comment trouver un job dans ce conditions ?".


Des commerçants molenbeekois atterrés

"On commençait tout doucement à sortir la tête de l’eau après les attentats de novembre. Le chiffre d’affaires avait été divisé par trois à l’époque. Là, c’est définitivement fini pour nous", explique le gérant de Samina Boutique, un magasin de vêtements bon marché qui se trouve dans le bas de la chaussée de Gand. Contrairement à ses concurrents, l’homme n’a pas fermé sa boutique ce mardi après-midi. "Je le ferai probablement vers 16h. Comme je suis propriétaire, je fais ce que je veux", commente laconiquement le trentenaire. Devant lui, le magasin est vide, toute comme la chaussée de Gand d’ailleurs, la célèbre artère commerçante molenbeekoise, qui a perdu son lustre.

Les attentats de mardi pourraient-ils donner le coup de grâce au dynamisme de la chaussée de Gand ? Certains semblent le craindre, à l’instar d’Icham et Mustafa, 32 et 44 ans, qui vendent des meubles et des lampes un peu plus loin. "Avant les attentats de Paris, la chaussée de Gand jouissait d’un véritable pouvoir d’attractivité au niveau international. Le samedi, les clients venaient en nombre des Pays-Bas et de France. Depuis novembre dernier, ces gens ne viennent plus", se désespère Icham. "Aujourd’hui, il n’y a pas eu un seul client, comme vous voyez. On ne fait que regarder les informations à la télévision, en espérant, c’est vrai, qu’ils n’y parleront pas de Molenbeek. En fait, on se sent abandonné par les autorités publiques !", ajoute-t-il.

Un peu plus loin , Mohamed, le propriétaire d’un snack, semble avoir du mal à croire ce qui lui arrive. "Je suis originaire des Pays-Bas et j’étais venu m’installer ici il y a deux ou trois ans. Aujourd’hui, c’est la catastrophe. D’abord les attentats de Paris, puis ceux-ci. Les gens penseront de toute façon à Molenbeek", conclut cet homme de 28 ans.