Bruxelles Automobilistes, livreurs, taxis, police : tout le monde était un peu perdu, hier, sur et autour des boulevards rendus aux piétons.

Il est 8 h 30 dans le centre de Bruxelles. Sur le boulevard Anspach, la 1re chose qui marque les esprits : c’est le silence. Pas de klaxons, ni de vrombissement de moteurs. Il y a beaucoup de vélos, des badauds se promènent ou prennent le soleil.

Un cycliste est à la fête. "C’est une vraie libération. On voit que l’on est à un moment charnière et il faut que les gens s’habituent. J’espère que cela va réussir. Je suis confiant, on voit déjà beaucoup plus de vélos", s’enthousiasme Alain, d’Uccle, qui est venu travailler à vélo. Le concierge d’un hôtel à proximité de la Bourse se frotte également les mains. "Les Belges sont toujours contre le changement, mais je suis sûr qu’à long terme, ce sera magnifique et pas uniquement pour le tourisme", vante Hervé.

Mais la situation n’est pas idyllique, loin s’en faut. À commencer par de nombreux automobilistes qui s’égarent sur la zone piétonne. "C’est le bordel", s’énerve Danny dans sa camionnette. "Je suis laveur de vitres et je pensais que j’allais être considéré comme livreur mais ce n’est pas le cas. Maintenant, j’essaye de partir du mieux que je peux", explique-t-il en faisant demi-tour sur le boulevard. "Je vais devoir obtenir une dérogation si je veux continuer à travailler", peste-t-il.

Certains panneaux sont contradictoires, voire carrément manquants et dirigent donc les automobilistes là où ils ne devraient pas être. Mais une patrouille de police veille au grain. "Nous avons pour mission de regarder tous les panneaux. Nous repérons ceux qui sont absents, contradictoires ou illogiques. Ensuite, nous remettrons un rapport pour qu’ils soient changés", expliquent les deux inspecteurs.

Rue Orts, on peint les nouveaux emplacements de taxis. Ces derniers sont aussi quelque peu perdus. "On ne sait pas où aller. Nos GPS ne se sont pas adaptés. D’habitude, ici, il y a une dizaine de taxis et là il n’y a person- ne. Il va falloir vraiment s’habituer", commente l’un d’eux.

Idem pour les usagers des transports en commun. Deux stewards de Bruxelles-Mobilité sont assaillis de questions. "Où est l’arrêt du 47 maintenant ?", demande un un passant. “Et le 66 ?”, demande un autre. Non loin, passe une des nouvelles patrouilles en segway. 60 policiers sont déployés sur le piétonnier avec six de ces engins. “Nous allons plus faire de la prévention que de l’intervention sur ce type d’engins. Il pourrait être utile aussi pour des filatures”, explique l’inspecteur David. Son collègue renseigne un automobiliste perdu. “Attendez, il faut que je regarde. C’est un 1er jour pour tout le monde.”

Il est passé 11 h, le piétonnier se remplit de plus en plus. Le mini-ring aussi d’ailleurs. Il est désormais congestionné par endroits même si on est loin des problèmes constatés sur la petite ceinture (lire en page 10). La plupart des livreurs ont quitté le boulevard mais il y a quelques retardataires. “Oui, je sais, je suis en retard. Mais avec la circulation et les travaux à Belliard, je n’ai pas pu respecter ma tournée”, explique Karim, qui livre des magasins d’alimentation.