Bruxelles Environ 270 commerçants du centre de la capitale s’apprêtent à aller en justice contre le plan de circulation.

Il est environ 11 h samedi matin. Les clients s’enchaînent à un bon rythme chez Utopia, une boutique spécialisée dans les bandes dessinées et les comics américains. Hassan Kessas, le propriétaire de cette boutique établie dans la rue du Midi, prend le temps d’échanger quelques mots en anglais avec des touristes slovènes. D’une humeur joviale avec ses clients, l’homme change de ton lorsqu’il évoque ses récentes difficultés.

"Mon chiffre d’affaires a baissé de 15 % depuis la mise en piétonnier des boulevards. Mes clients bruxellois, les collectionneurs, ne viennent plus jusqu’ici. Je dois attendre le week-end et la venue des touristes en city-trip pour sauver les meubles. Le contrat de mon vendeur touche bientôt à sa fin et je songe malheureusement à le licencier", confie Hassan Kessas.

La situation est bien plus difficile pour l’un des commerces voisins. "Je n’ai pas eu un seul client de la matinée ! J’ai une clientèle qui se déplace en voiture. Le piétonnier me cause un préjudice immense : les gens fortunés ne veulent pas se balader avec une montre à 15.000 € jusqu’au Sablon où ils ont pu se garer", explique Michel Wajs qui tient la Boîte Antique depuis plus de 20 ans et qui fait état d’une "chute spectaculaire" de son chiffre d’affaires.

Ces deux commerçants de la rue du Midi ne sont manifestement pas des cas isolés. En effet, près de 300 commerçants du centre-ville de la capitale s’apprêtent désormais à aller en justice contre le plan de circulation mis en place par la ville de Bruxelles. Pour déposer un recours devant le Conseil d’État, ils ont décidé de faire appel à l’avocat de l’hôtel Métropole. "Nous allons nous joindre à l’action déjà intentée par l’Arau, Inter-Environnement Bruxelles et les huit riverains. Mais une autre action judiciaire suivra", confirme Alain Berlinblau, président de l’association des commerçants du centre-ville.

C’est l’ensemble des commerçants désireux d’intenter une action en justice qui se cotisera pour payer les honoraires. Selon nos interlocuteurs, ils seraient déjà 130 du côté des rues Antoine Dansaert, Van Artevelde et du boulevard Anspach; une centaine du côté du boulevard Adolphe Max et de la rue Neuve et, enfin, une quarantaine du côté de la rue du Midi. Sans compter plusieurs restaurateurs dans le quartier Sainte-Catherine.

Les commerçants rencontrés l’assurent : il n’est pas question ici de remettre totalement en cause le projet de piétonnier. Mais il est indispensable, selon eux, de revoir en profondeur le plan de circulation. "Il faudrait flécher correctement les parkings qui sont introuvables : leur fréquentation connaît d’ailleurs une baisse de 20 %. Il est également indispensable de remettre les boulevards Lemonnier et Adolphe Max en double sens car ce sont des axes de pénétration importants", estime ainsi Hassan Kessas.