Bruxelles Quatre ans après avoir faire élire deux conseillers communaux dans la capitale, le parti peine à recruter d’autres candidats.

"C’est un parti avec beaucoup d’amateurisme. Ils n’ont pas de moyens, de locaux et de programme. En fait, n’importe quelle personne qu’Islam va tenter d’approcher va réfléchir. Ils ne sont pas sérieux. Rien que leur nom pose problème. Beaucoup de musulmans n’apprécient pas qu’ils aient choisi de nommer ainsi leur parti" , insiste Ibrahim R., animateur de 1210 SJTN, un blog couvrant l’actualité tennoodoise, évoquant le parti Islam qui lui a proposé d’être leur candidat aux prochaines élections communales de 2018 à Saint-Josse. L’immédiate fin de non-recevoir opposée par ce blogueur influent du nord de la capitale résume en fait très bien l’impossibilité actuelle du parti à recruter des nouveaux candidats.

Lors des élections communales de 2012, Islam avait créé la sensation en faisant élire deux conseillers communaux dans la capitale: Lhoucine Aït Jeddig à Molenbeek et Redouane Ahrouch à Anderlecht. Si une troisième liste avait été présentée à Bruxelles-ville, son candidat avait échoué à s’y faire élire. Dans la foulée, le parti annonçait sa volonté de présenter des listes dans les 19 communes lors des élections. Quatre ans plus tard, la certitude de déposer une liste électorale n’existe que pour quatre communes : Bruxelles-ville, Anderlecht, Molenbeek et Jette. Les trois têtes de liste de 2012 seront d’ailleurs reconduites en 2018, tandis que le flou règne autour la liste jettoise.

"On est en contact avec de nombreuses personnes et on y travaille. On pense à des personnes à Forest, Ixelles ou encore Auderghem. Nous sommes encore à 18 mois des élections. Reposez-moi la question dans 15 mois et vous verrez alors !", explique Abdelhay Bakkali Tahiri, président du parti et tête de liste à Bruxelles-ville en 2012. "L’objectif est au moins d’avoir des sections dans les 19 communes. On veut que la colère d’une partie de la population maghrébine ne se traduise pas dans la rue, mais dans le jeu politique" , explique le jettois Brahim Datoussaid, transfuge du PS en juin dernier.

Reste que le petit parti est bien en peine de donner les noms de personnes ayant rejoint ses rangs. Malgré leurs multiples tentatives sur Saint-Josse, Islam n’est pas parvenu à recruter un… membre ! "On est contact avec Rachid Zegzaoui (NDLR : ancien d’Ecolo, du PJM et d’Égalité) . On attend sa réponse" , assure Abdelhay Bakkali Tahiri. Une affirmation aussitôt démentie par le principal intéressé. "Je n’ai jamais entendu parler d’eux, ni été en contact avec eux. Et j’aurais tout de suite dit non" , s’étonne le Tennoodois.

Pour le chercheur indépendant Pierre-Yves Lambert, l’attrait du parti Islam auprès des musulmans de la capitale est inversement proportionnel à la couverture médiatique que lui a procuré son nom. "Ils essaient, depuis toujours, d’intoxiquer les gens, les médias pour faire croire qu’ils sont plus gros qu’ils ne le sont. Ils racontent un peu n’importe quoi en lâchant des noms de personnes qu’ils ne contactent même pas. Finalement, depuis 1999, il s’agit toujours de la même dizaine de personnes", explique cet observateur de longue date des petits partis musulmans en Région bruxelloise.

Un succès très limité à Molenbeek

Malgré le nombre très important d’habitants de confession musulmane dans la commune de Molenbeek, le parti Islam peut actuellement compter sur une liste composée de seulement trois candidats. "Il y aurait une femme et deux hommes. Quelle femme ? Je ne préfère pas le dire, car les femmes qui nous rejoignent apprécient la discrétion" , explique Abdelhay Bakkali Tahiri, qui préside le parti Islam. Malgré son nom, le groupuscule est loin de recueillir un soutien franc et massif de la part des représentants du culte musulman dans la commune. " Ils ont un programme sans aucun fondement et qui n’est pas démocratique. Je ne les entends pas de toute façon. Ce parti fait plutôt un flop", assure Redouane Adahchour, le président de l’association des mosquées de Molenbeek.


"Il existe une niche électorale"

Selon Corinne Torrekens (Docteure en sciences sociales et politiques, spécialisée dans les questions liées à l’islam), il reste une niche électorale pour des revendications très concrètes telles que le port du voile.

1) Comment expliquer le manque d’attrait d’ Islam ?

“Il ne faut pas oublier une chose, c’est que le noyau du parti est composé de Chiites. C’est après leur élection que ses membres ne l’ont plus caché, se rendant en Iran à l’invitation d’une fondation de Téhéran. La majorité des musulmans sont sunnites et cela peut poser un obstacle. Il y a aussi le passage avec Laurent Louis qui a montré un manque de professionnalisme. Leurs déclarations sur l’instauration de la Charia, qui n’était d’ailleurs pas dans leur programme, ont pu jouer un rôle.”

2) Comment cela ?

“Il y a une différence entre des revendications sur le halal dans les cantines ou le port du voile, qui relèvent de la liberté religieuse, et l’instauration de la Charia qui signifie l’instauration d’un nouveau cadre juridique.”

3) Les partis focalisés sur l’Islam, c’est fini ?

“Il faudra déjà voir avec Islam comment cela va évoluer avant les élections. De manière générale, je pense qu’il existe une niche électorale pour des revendications très concrètes et pragmatiques telles que le port du voile ou le halal dans les cantines par exemple. D'autre part, à Bruxelles, il faudra par exemple voir comment le CDH va tirer son épingle du jeu. Beaucoup de personnes au sein de la communauté turque ont eu l'impression que Mahinur Ozdemir (NDLR: la députée bruxelloise a été exclue du parti en mai 2015) a été exclue parce qu'elle portait le voile, et non parce qu'elle ne reconnaissait pas l'existence du génocide arménien. Dans d'autres partis, il y a eu des situations qui pourraient aussi avoir leur influence. L'histoire de la main d'Alain Courtois (NDLR: l'échevin bruxellois de l'Etat civil (MR) a refusé de célébrer huit mariages depuis son entrée en fonction en décembre 2012 au motif que la future épouse refusait de lui serrer la main pour des considérations religieuses, avait rapporté en octobre dernier la RTBF), et au PS, il y a eu cette interdiction de sortie scolaire pour les mamans voilées (NDLR: l'échevine bruxelloise de l'Enseignement Faouzia Hariche (PS) a indiqué en octobre dernier que toute personne encadrant des enfants devait afficher la neutralité confessionnelle la plus complète dans les écoles de la Ville).