Bruxelles Plusieurs athlètes belges de handisport ont fait entendre leur voix au parlement bruxellois ce jeudi. Nous les avons rencontrés.

Tous les jeudis, le parlement Bruxellois met en avant une thématique de société en particulier. Cette semaine, on parlait handisport avec la présence de grands athlètes comme Sébastien Xchrouet, médaillé paralympique, et Eleanor Sana, qui représentera la Belgique en ski lors des prochains Jeux paralympiques d’hiver. En plus des sportifs étaient présents dans l’hémicycle: des éducateurs spécialisés et coachs, des citoyens engagés pour la cause du handisport et des députés bruxellois qui ont répondu aux questions des athlètes.

Cette matinée était l’occasion d’écouter les parcours étonnants de ces athlètes, qui ont su faire face d’une part à la pression énorme qu’engendre le sport de haut niveau, et d’autre part aux difficultés qui caractérisent la pratique de leurs disciplines respectives malgré leurs handicaps respectifs.

Ces difficultés, comme notamment l’accessibilité des centres sportifs et la formation des éducateurs physiques ont été soulignées par chacun, et des solutions ont été proposées par les intervenants. Nous avons abordé ces thèmes avec 4 des athlètes présents.

Eleonor Sana, skieuse au sommet

Eleonor Sana est née avec un cancer de la rétine, qui a provoqué un décollement de celle-ci et qui l’a totalement empêchée de voir. Après de nombreuses lourdes interventions comme notamment de la chimiothérapie, la jeune femme a pu récupérer une partie infime de sa vision, mais trop peu pour voir correctement. Eleonor Sana a toujours été une grande sportive : danse, natation mais aussi de la gymnastique sur poutre, qu’elle abandonnera finalement suite à des chutes répétées.

Comme aucune réelle alternative n’existe à ce niveau du côté du handisport, sa maman lui proposera finalement le ski, une discipline qu’elle pratiquait depuis toute petite. Après un essai fructueux suivi d’une semaine d’entraînement, Eleonor Sana devient progressivement une véritable athlète dans cette discipline, et passe désormais une centaine de jours par an à la montagne. Aujourd’hui, elle se prépare pour les Jeux paralympiques d’hiver, pour lesquels elle a été sélectionnée afin de représenter la Belgique.

Léa Bayekula, la rage au ventre

Le parcours d’une athlète comme Léa Bayekula inspire forcément le respect. Atteinte de spina bifida (un développement incomplet de la colonne vertébrale qui l’empêche de se tenir debout bien longtemps), celle-ci a dû faire sa place dans des écoles classiques, non adaptées à son handicap. Si elle dut rapidement renoncer à la première pour cause d’un nombre trop élevé d’escaliers, la deuxième la marquera à vie pour des raisons bien plus difficiles.

Les jeunes adolescents peuvent se montrer bien cruels, et Léa Bayekula a subi moqueries, insultes et discrimination. "C’est à ce moment-là que j’ai réellement pris conscience de mon handicap et commencé à perdre confiance en moi", témoigne la jeune femme de 22 ans. Mais surtout, un professeur de gymnastique a refusé catégoriquement d’adapter ne serait-ce qu’un peu son cours, tout en faisant espérer à Léa qu’elle y participerait. Aujourd’hui, la jeune femme a relevé la tête et, parmi ses nombreuses passions, on retrouve l’athlétisme, discipline dans laquelle elle détient le record belge en 200 mètres. Aujourd’hui, Léa Bayekula s’entraîne pour participer aux Jeux paralympiques de PyeongChang.

Nino Peeters, pilote et athlète

La passion de Nino Peeters peut étonner au premier abord : roulant en fauteuil depuis maintenant 7 ans, celui-ci s’est notamment spécialisé dans l’aviation. Détenteur d’une licence de planeur, son handicap ne l’a jamais empêché de voler. Mais Nino Peeters a d’autres cordes à son arc : il a également reporté le titre de champion de France en kayak en 2014, et a pratiqué d’autres sports comme la plongée, le basket, le ski ou encore le golf.

Par ailleurs, Nino Peeters est également le président de l’ASBL Passe le Message à ton Voisin, qui milite pour l’accessibilité des transports, de la voirie et des bâtiments pour tous. "Cela reste difficile, en tant que personne à mobilité réduite, de trouver une infrastructure qui permet de faire du sport", regrette-t-il. "Il m’arrive souvent d’entrer dans une salle de sport où il y a une marche ou pas de toilettes adaptées. Par ailleurs, avant d’être sportif d’élite, il faut pouvoir tester un sport avant de s’y investir à fond et il y a vraiment un manque de ce point de vue-là. Le handisport est un double combat : le dépassement de soi pour devenir un sportif de haut niveau, et, avant cela, arriver jusqu’à la salle et avoir le matériel adapté."

Sébastien Xchrouet, le médaillé

Aujourd’hui âgé de 41 ans, Sébastien Xchrouet fait partie des plus grands nageurs handisport de notre pays. Au total, il cumule 9 médailles en championnats européens et mondiaux, dont trois médailles d’argent aux Jeux paralympiques. À l’âge de 12 ans, il subit une opération aux suites de laquelle il ne pourra plus marcher. "Deux options s’offraient à moi : me replier sur moi-même ou me battre. C’est la deuxième que j’ai choisie." Afin de partager sa passion du handisport, Sébastien Xchrouet devient, en 2003, le premier non-valide à être diplômé en éducation physique à l’Université catholique de Louvain. Il sera ainsi entraîneur de l’équipe nationale belge des jeux paralympique d’Athènes de 2004, desquels il ramènera pas moins de 7 médailles, dont 3 d’or. À présent, Sébastien Xchrouet se consacre principalement à l’amélioration de l’accès des bâtiments pour les personnes à mobilité réduite. "Lorsque l’on parle d’accessibilité, on pense que c’est une chose acquise puisque la loi imposant l’accessibilité des bâtiments publics date de plus de 40 ans", déclare-t-il. "Pourtant, pratiquer du sport ressemble parfois à un parcours du combattant. En 2018, ce n’est plus acceptable."