Bruxelles La Région va devoir affronter, d’ici cinq ans, l’explosion du nombre de seniors, alors que la pauvreté est en hausse constante.

Durant l’année 2014, les Bruxellois installés en maison de repos ont payé en moyenne 46,7€ par jour, contre 39,8€ pour les Wallons et 49,71€ pour les Flamands. Par mois, les seniors de la capitale déboursent ainsi en moyenne quelque 210€ de plus que ceux du sud du pays. Un écart d’autant plus inquiétant que les Bruxellois sont déjà les plus pauvres du pays et que le papy-boom annoncé pour la période 2020-2025 devrait encore davantage mettre les prix sous pression.

Inquiet, le député régional Philippe Close (PS) a interpellé, cette semaine, en commission Santé, la ministre bruxelloise Céline Fremault (CDH), compétente pour la Famille au sein de la Cocom. "Que comptez-vous faire pour réaliser l’accord de majorité et prémunir le secteur public (pour atteindre 30 % à Bruxelles) et non marchand tout en poursuivant l’objectif de maintenir l’accessibilité des maisons de repos et la sécurité tarifaire ?", lui a demandé Philippe Close. Selon la législation actuelle, toute maison de repos souhaitant modifier son prix d’hébergement doit demander l’autorisation à la Cocom, laquelle analysera si des éléments concrets justifient la dite hausse, lui a répondu la ministre. Cette augmentation se limitera à maximum 5 % par an, a-t-elle encore ajouté.

Dans sa réponse, Céline Fremault précise que le nombre total de lits en maison de repos à Bruxelles, tant ceux déjà exploités que ceux en portefeuille, est actuellement suffisant au regard de la démographie bruxelloise.

Reste que la situation est loin d’être rassurante, comme l’explique Marie-Pierre Delcour, la directrice de l’association indépendante Infor-Homes. "La situation n’est pas désespérée, mais bien sérieuse. Il existe en effet assez de lits disponibles, mais ceux-ci se trouvent dans des maisons de repos… pratiquant des prix relativement élevés ! Dans certains établissements aux prix modestes, il peut exister des files d’attente, indique-t-elle. De plus, on ne peut plus parler aujourd’hui de prix bas. Il s’agit toujours de prix élevés", insiste encore Marie-Pierre Delcour. Une grande partie des Bruxellois touchent une pension trop faible pour se loger dans un home géré par le secteur privé (NDLR : lequel représente 62 % des lits des maisons de repos classiques (MRPA) et 51 % des lits en maison de repos et de soin (MRS)), et se tournent donc en masse vers les homes publics. "On est complet. On n’a plus de lits disponibles actuellement", explique-t-on ainsi du côté du CPAS de la Ville de Bruxelles, qui gère 800 lits répartis sur cinq sites.

Le papy-boom annoncé dans la capitale à l’horizon 2020-2025 n’est en tout cas pas de nature à faire baisser des prix déjà sous pression. Les grosses entreprises du secteur, qui disposent d’un important portefeuille de lits en réserve, vont probablement réagir en rénovant des établissements existants ou en en construisant de nouveaux. Autant de lourds investissements qu’il s’agira de rentabiliser. Or les entreprises sont libres de fixer le prix qu’elles souhaitent dès lors qu’il s’agit d’un home tout juste construit ou réaménagé.

De son côté, Céline Fremault a rappelé, cette semaine, la volonté du gouvernement d’atteindre à terme environ 30 % des lits agréés pour les structures MRS publiques.


Les marges bénéficiaires sont faibles

Il ne faut surtout pas croire que les entreprises privées actives dans le secteur des maisons de repos font des bénéfices exorbitants sur le dos des personnes âgées, insiste la Fédération des maisons de repos privées de Belgique (Femarbel). 

"Selon une étude très récente réalisée en Flandre, les entreprises flamandes réalisent seulement 0,9 % de bénéfices après impôts. Et ce n’est qu’une moyenne ! Il y a donc des entreprises qui gagnent plus, mais d’autres qui sont en déficit", explique Frédérick Vincent, le secrétaire général de Femarbel. "Ces hausses de prix ne dépassent généralement pas les chiffres de l’inflation. Et si les tarifs pratiqués sont toujours plus chers, c’est surtout à cause des normes toujours plus contraignantes. Quand on nous demande d’augmenter le nombre de m2 par chambre ou par toilette, cela a tout de suite un prix", fait-il valoir. Femarbel n’exclut pas que le papy-boom prévu à l’horizon 2020 puise faire monter la moyenne des tarifs en vigueur. "Quand un home est rénové ou construit, l’entreprise peut fixer le prix qu’il souhaite", indique Frédérick Vincent. "Mais de manière générale, les prix dans le secteur des maisons de repos sont très contrôlés", insiste-t-il.


Céline Fremault (CDH)  ministre bruxelloise de la famille:  "Allonger la vie au domicile"

"Je ne suis pas inquiète et je me prépare sereinement  (NDLR : au sujet du papy boom   ) . Un des objectifs est de soutenir l’allongement de la vie dans le lieu de vie choisi qui est souvent le domicile. D’où le choix de créer une assurance autonomie comme soutien au lieu de vie choisi ou encore le développement de formes alternatives d’hébergement aux maisons de repos. J’ai également décidé de revaloriser l’ancienneté des travailleurs et travailleuses dans les services agréés d’aide à domicile".