Bruxelles Des agences immobilières pointent, entre autres, le piétonnier.

Le bilan du marché immobilier bruxellois, livré il y a peu par les notaires, révèle des chiffres étonnants. Alors que, globalement, le prix de vente des biens immobiliers a augmenté en 2015 sur l’ensemble de la Région (+ 1,4 % pour les maisons, + 4,8 % pour les appartements), la valeur de la brique dans le centre-ville, elle, s’effondre.

Sur le territoire de Bruxelles 1000 et donc principalement le Pentagone, le prix médian des maisons a chuté de 34,4 % entre 2014 et 2015.

Le prix d’un appartement a lui aussi chuté, mais dans une moindre mesure (- 10,3 %). Ce sont surtout les appartements deux chambres (- 18 %) et trois chambres (- 30,8 %) qui accusent le coup.

Comment expliquer ces baisses qui sont, de loin, les plus importantes des 19 communes ? Les notaires restent prudents. "On s’interroge sur ces chiffres. Il est possible que certains acheteurs soient refroidis par le piétonnier. Mais si certains ont peur, d’autres sont contents. Il faudra suivre l’évolution à plus long terme pour tirer des conclusions", commente le notaire Olivier Neyrinck.

Quoi qu’il en soit, certains agents immobiliers ont été durement éprouvés par cette année 2015. "On a ressenti de grosses difficultés dans le centre. Beaucoup de biens restent sur le marché sans trouver acquéreur. Normalement, une maison au bon prix reste sur le marché de trois à six semaines. Maintenant, la plupart des biens ne sont pas vendus au bout de six mois et si les prix ne sont pas baissés, ils ne partent pas", commente la gérante de l’agence Otimmo Sablon.

L’agent immobilier pointe du doigt des règles urbanistiques qui ont changé fin 2014 et qui obligent désormais le vendeur à fournir des informations urbanistiques avant le passage à l’acte de vente. L’administration est donc sollicitée et la Ville de Bruxelles, tout particulièrement, accuse des retards de parfois six mois et certaines ventes sont dès lors annulées.

La gérante accuse également la piétonnisation des boulevards du centre d’avoir fortement ralenti l’activité immobilière. "Il est clair que plus personne ne veut investir sur le piétonnier, à part quelques étrangers de la Commission", déplore-t-elle.

Le directeur de l’agence haut de gamme Engel&Völkers est encore plus catégorique. "Le piétonnier a tout foutu par terre ! Il a coupé le centre en deux. Il y a aussi, dans une moindre mesure, la multiplication des événements dans le centre. C’est tout le centre qui est impacté. Les gens qui ont aujourd’hui investi dans le bas de la ville ont perdu de l’argent. La brique est une valeur refuge. Dans le climat d’incertitude qui règne, avec le piétonnier ou la menace terroriste, les gens préfèrent investir dans des valeurs sûres comme Ixelles : les étangs ou le Châtelain", commente le directeur de l’agence du Sablon.

Le professionnel de l’immobilier pense néanmoins que cette crise est temporaire et que la situation va se normaliser. "Les choses iront mieux en mars, une fois que les travaux auront commencé. Le plan de circulation a déjà été amélioré. La confiance va revenir petit à petit", prévoit le directeur.

À noter que, pour deux agences contactées, les prix ont plutôt stagné que diminué.


Geoffroy Coomans de Brachène (MR), é chevin de l’Urbanisme:  "La confiance va revenir"

"Je pense que le piétonnier est une excuse un peu facile. Bruxelles 1000, c’est aussi le quartier européen et Roosevelt. Le piétonnier a peut-être une incidence. Il y a une certaine crainte et les gens hésitent avant d’acheter. Mais la confiance va revenir. Pour moi, on constate plutôt une stagnation. Les maisons restent sur le marché très longtemps et ne se vendent pas. Quant aux nouvelles règles urbanistiques, mises en place par la Région voici 18 mois sans contreparties financières pour les communes, il est clair qu’elles ont un impact car elles augmentent considérablement le travail des communes. La Ville est la plus impactée car les maisons sont souvent anciennes et les dossiers complexes."