Bruxelles

Sa fondatrice Virginie Monu pousse un coup de gueule dans une carte blanche.

"Quand piétonnier rime avec écrasé". C'est avec cette phrase choc que Virginie Monu, créatrice du restaurant Jour de fête, qui sert également de salle de fête, entame sa carte blanche qui tourne actuellement sur les réseaux sociaux.

Ce restaurant, qui a vu le jour en 2012, est le seul restaurant du centre-ville proposant à la fois une cuisine de qualité et une salle de fêtes à prix démocratique.

"Le succès est très vite au rendez-vous. J’engage un deuxième employé à temps plein pour pouvoir assurer les services. Animée par le souci de travailler dans le respect de la législation, je suis contrainte de me verser un salaire moindre…qu’un revenu d’intégration sociale ! En attendant, je travaille jusqu’à 100 heures par semaine. Je gagne moins de trois euros de l’heure. Heureusement, il en faut beaucoup pour venir à bout de ma détermination", explique Virginie Monu.

Mais c'est sans compter sur les aléas de la conjoncture. "En novembre 2015, les attentats de Paris entraînent une nette baisse de fréquentation du centre-ville. Les attentats de Bruxelles provoquent sa désertion pendant plusieurs mois. Pour pouvoir continuer à payer mes employés, je dois différer le paiement d’autres charges. L’Etat m’inflige alors des amendes extrêmement élevées pour retard de paiement. Le jeu classique de l’endettement s’installe. Depuis 2 ans, je me heurte continuellement à une administration inflexible, froide, mécanique. A mes heures de travail s’ajoutent des heures à naviguer entre des services qui ne communiquent pas entre eux. Pourtant, je continue d’y croire. Je viens de loin, ce rêve devenu réalité ne peut pas s’évaporer à cause de deux ou trois obstacles, aussi hauts soient-ils", poursuit-elle.

Mais c'est la mise en piétonnier du boulevard Anspach qui a constitué un tournant pour cette entrepreneuse. "Nouveau coup du sort, depuis juin 2015, le boulevard Anspach est interdit à la circulation. On nous avait promis deux ans de travaux. On a eu trois ans de rien. Le boulevard dépérit. Le coup de massue m’est asséné fin avril 2018, lorsque les travaux du piétonnier commencent enfin. Il m’est interdit d’exploiter ma terrasse et ce…à la veille de l’été ! Depuis quatre mois, je perds 70% de mon chiffre d’affaires, et aujourd’hui, Jour de Fête est menacé de faillite", ajoute Virgine Monu, qui s'en remet désormais à la solidarité citoyenne afin de pérenniser son établissement. 

"Puisque l’Etat ne prend pas ses responsabilités, je me tourne vers ma fidèle clientèle pour me soutenir en venant déguster des antipasti au son du marteau piqueur ! Je rêverais de tenir le coup, mais si je dois mettre la clef sous le paillasson, ma détermination pourrait partir en fumée et mes employés et moi pourrions être pris dans les filets du chômage. Je bénéficierais alors d’un revenu plus élevé qu’aujourd’hui. Le monde à l’envers", conclut-elle.