Bruxelles Le chantier du boulevard Général Jacques perturbe la prospérité des commerces voisins qui déplorent l'absence d'indemnisations.

Une sandwicherie, un coiffeur, un magasin d’impression, etc. Le boulevard Général Jacques voit certains de ses plus anciens et fidèles commerces fermer boutique. Pour cause : le long et laborieux chantier qui tend à réaménager l’une des principales artères de la capitale.

Si tous n’ont pas capitulé, les commerçants qui tiennent le coup attendent cependant avec impatience la fin des travaux, annoncée pour octobre 2018. "S’ils ne respectent pas le délai, je prends mes affaires et je vais m’installer ailleurs. Ça ne peut plus durer" confie Francesco Manganella, gérant d’une pizzeria sur le boulevard. Ouvert il y a cinq ans, le restaurant a vu son chiffre d’affaires diminuer de 50 % depuis le début des travaux. "Quand il y a dix centimètres de boue et cinq centimètres d’eau devant un restaurant, et pas de trottoir, c’est bien simple : on n’y va plus" explique-t-il.

La pizzeria de Francesco Manganella se trouve en effet du côté qui a été détruit, et ensuite réaménagé en premier. Une grande partie du trottoir a déjà été reconstruite, mais ce tronçon-là demeure cependant dans un piteux état depuis plusieurs mois.

Lors d’un chantier d’une telle envergure, les commerçants peuvent demander des indemnisations afin de tenir le coup, auquel cas ils devraient fermer les volets pour un certain temps. Mais dans la pratique, un certain nombre de critères doivent être remplis pour en bénéficier, et le système, assez exigeant, ne semble pas satisfaire tous les intéressés. "On m’a refusé une indemnisation sous prétexte que les clients pouvaient accéder à mon restaurant. Pourtant, au début du trottoir, il y a un grand panneau qui interdit l’accès aux piétons", explique Francesco Manganella.

De l’autre côté du boulevard, Dylan et Sydney Cabuy n’ont pas encore senti l’impact du chantier sur leur café, le Coffee College. "Pour l’instant, on n’a eu aucun problème au niveau de la clientèle, parce que même s’il n’y a plus de parking, les gens sont beaucoup à pied ici, donc ça reste vivable, explique Dylan Cabuy, nous n’avons donc actuellement pas les difficultés rencontrées par les commerçants situés en face". Mais le passage des travaux en face de leur établissement est prévu pour avril 2018, et c’est tout naturellement qu’ils appréhendent le moment où le chantier arrivera sur leur trottoir. "De manière générale, cette situation est handicapante. Si on avait su l’ampleur des travaux, on n’aurait pas ouvert notre café ic i", conclut Dylan Cabuy.

"Aucune volonté politique d'aller plus vite"

L’ASBL Droit de Rouler et de Parquer déplore "une culture de la lenteur" de la part des autorités régionales

Jacques Deliège, président de l’ASBL Droit de Rouler et de Parquer (DRP) a suggéré à plusieurs reprises à la Région bruxelloise de passer d’un planning de 37 heures par semaine à un régime de 90 heures lors de la réalisation des chantiers. " On devrait travailler à plusieurs équipes, six jours par semaine, avec des journées de quinze heures, sans empiéter sur les nuits ou les dimanches ", détaille le président de l’ASBL.

Jacques Deliège avait en effet réalisé avec son équipe un recensement sur les lieux du chantier pour comprendre les raisons de la lenteur des travaux, et l’ASBL en avait conclu que le problème le plus flagrant était le planning en lui-même.

"C’est ce que j’appelle la ‘culture de la lenteur’", explique le président, "il n’y a aucune volonté politique d’aller plus vite. Ce qu’il reste à faire pourrait être fait en quatre mois, mais on prévoit encore presque un an pour ce chantier".

La proposition de Jacques Deliège a cependant été refusée par la Région pour une question de budget et de respect du voisinage. "Payer des équipes le soir et le samedi coûte très cher, et ça risque de créer trop de nuisances sonores pour les riverains", explique Inge Paemen, porte-parole de Bruxelles Mobilité.

Tenant compte de ces éléments, la Région a donc décidé de travailler par zone, et d’étaler le chantier sur une période de plus d’un an.

Geoffroy Kensier (CDH) président de la section locale du cdh : "Il faut défendre l’intérêt des Ixellois"

"Les commerçants sont excédés, mais les habitants aussi. Le boulevard Général Jacques coupe en deux la commune, et les riverains se plaignent d’un accès difficile aux commerces. Je constate que parmi les quatre partis de la majorité, trois sont également membres de la Région : le PS, Défi et le SPA. Dès lors, il faudrait que la commune se fasse entendre auprès de la Région et fasse pression auprès de celle-ci pour transmettre les plaintes des Ixellois".