Bruxelles La réforme de collecte des déchets sera-t-elle tenable dans les quartiers centraux? Réaction de trois bourgmestres.

La réforme de la collecte des déchets en Région bruxelloise, massivement décriée, n’en finit pas de faire parler d’elle. Pour rappel, celle-ci devrait entrer en vigueur en septembre 2016 et prévoit l’apparition d’un nouveau sac de couleur orange qui contiendra tous les déchets organiques comme, par exemple, les restes de repas. Ce nouveau sac entraîne, de facto, la suppression d’une des deux collectes des sacs blancs hebdomadaire, qui seront ramassés au même moment que les déchets de papiers (sacs jaunes) et d’emballage PMC (sacs bleus), dont la collecte alternée n’a pas connu le succès escompté. Les sacs orange seront, eux, collectés en même temps que les déchets de jardin.

Si la secrétaire d’État en charge de la Propreté affirme que "les Bruxellois vont devoir changer leurs habitudes de consommation en fonction de la nouvelle collecte", plusieurs bourgmestres Bruxellois s’insu rgent de cette réforme qui ne "tient pas comptes des réalités bruxelloises" pour les petits logements exigus, dans lesquels stocker un sac supplémentaire pendant une semaine est "impraticable".

Nous avons contacté les bourgmestres des communes de Saint-Josse, Schaerbeek et Etterbeek. Trois communes centrales où l’exiguïté des logements n’est, selon les édiles, pas compatible avec la nouvelle réforme. Tous soutiennent qu’il est nécessaire de répondre aux exigences européennes visant à trier 50 % des déchets ménagers à l’horizon 2020, mais que cette collecte risque d’avoir un effet néfaste sur le maintien de la propreté dans leurs rues.


Kir: "Je demanderai une dérogation !"

Même s’il appartient à la même formation politique que la secrétaire d’État Laanan, Emir Kir (PS) n’hésite pas à dire que la collecte des déchets ne fait pas ses affaires : "Nous avons un réel problème d’exiguïté des habitations à Saint-Josse. Ce sont des petits logements avec un problème de surpopulation. Nous sommes déjà confrontés à un problème de tri donc stocker un sac de plus est inconcevable!". 

L’ancien secrétaire d’État à la Propreté va jusqu’à comparer la situation de sa commune à celle de Paris. "En dehors des déchets ménagers et papier carton, il n’y a pas de tri car les logements y sont également très petits. On demandera à la Région d’avoir une sorte de dérogation car cette réforme n’est pas adaptée aux réalités de notre territoire." Le bourgmestre tennoodois précise qu’il est évidemment en faveur du tri pour atteindre les objectifs environnementaux et énergétiques européens, mais selon lui il faut aussi tenir compte des réalités sur le terrain. "Dans des communes comme Molenbeek, Saint-Josse, Schaerbeek ou Etterbeek, il est impossible de demander aux gens de garder leurs déchets une semaine." D’autant que la propreté est une des priorités communales de cette législature. "Je ne veux pas qu’on encoure le risque d’avoir des déchets qui jonchent nos rues alors que nous avons atteint un niveau de propreté maximal à Saint-Josse", explique le socialiste qui estime que la réforme est plus une contrainte qu’un service pour ses habitants. Désormais, le maïeur réclame une concertation entre la Région et les communes : "Nous ne sommes pas dans une Région uniforme. Il y a une nette différence entre les communes centrales et celles de la deuxième couronne dans laquelle il est plus facile de stocker un sac supplémentaire".


De Wolf: "Une mesure absolument pas raisonnable"

"Il y a dans ma commune beaucoup de petits logements. Je ne comprends pas comment on peut s’entêter avec cette réforme qui n’est pas tenable pour certains quartiers bruxellois." Vincent De Wolf (MR), bourgmestre d’Etterbeek, n’est pas tendre avec la réforme de collecte des déchets. "J’estime que cette réforme n’est pas praticable et contraire à l’hygiène et à la gestion normale des déchets dans une grande ville". 

Fadila Laanan ne s’est pas rendue à la récente conférence des bourgmestres, ce que déplore le libéral : "J’aurais aimé qu’elle soit présente car nous voulons entamer un dialogue constructif avec elle. Nous sommes de bonne volonté, on ne veut pas faire de la politique avec ce dossier. C’est du pratique, du concret, on connaît nos communes et j’aurais aimé qu’on tente de trouver une meilleure solution que celle actuellement présentée. Elle n’est pas venue, c’est dommage".  Le maïeur etterbeekois déplore également qu’ "à chaque nouveau secrétaire d’État en charge de la Propreté, on change les règles de collecte, les heures, les jours, les types de sacs, etc. Cela n’est pas cohérent", conclut-il.


Clerfayt: "Un risque d’entraîner une hausse des dépôts clandestins"

"Je pense que le souci d’amener les Bruxellois à mieux trier leurs déchets est louable", confie d’emblée Bernard Clerfayt (FDF), qui reconnaît également que la nouvelle collecte des déchets entre en conflit avec la réalité de certains quartiers de sa commune, comprenant beaucoup de logements exigus et surpeuplés. "Pour ceux qui n’ont pas l’occasion de trier, la réforme de Fadila Laanan aboutit à une réduction du service public d’enlèvement des déchets. Et ce sera dommageable !",s’exclame le maïeur. Selon lui, la meilleure solution serait de maintenir une double tournée de sacs blancs, dont l’une accompagnée de sacs orange. "La disparition d’une tournée de sacs blancs est problématique pour les petits logements et risque d’entraîner une hausse des dépôts clandestins. Schaerbeek en tout cas renforcera la communication à ce sujet", conclut Bernard Clerfayt.