Bruxelles Le commissaire Daniel Van Calck est le gestionnaire des dossiers de manifestations dans la zone Bruxelles Capitale Ixelles.

Chaque année, près de 1.000 manifestations sont organisées sur le territoire de la zone de police Bruxelles Capitale Ixelles. Et derrière la coordination de ces événements, on retrouve le commissaire Daniel Van Calck qui nous accueille dans son bureau du commissariat de la rue du Marché au Charbon pour parler de son métier.

Quel est votre parcours au sein de la police ?

"Je suis entré à la police en 1982 où j’ai parcouru tous les grades. J’ai été commandant de peloton avant d’être adjoint du commissaire Vandersmissen, le chef du maintien de l’ordre, et maintenant je suis chargé de la gestion des manifestations au sein du cabinet du chef de corps."

À quel niveau ressentez-vous le sous-effectif policier ?

"On doit faire le même boulot mais avec moins de monde. Du coup si une manifestation dérape, on prend des risques. Il est clair que lors de manifestations, matchs de foot, rassemblements sur la grand-place, etc. il faut un certain nombre de policiers d’autant que la menace terroriste plane toujours. Les autorités administratives ont compris qu’il fallait engager mais le souci est qu’on n’arrive pas toujours à avoir de bons candidats. Le taux d’échec lors des épreuves de recrutement est élevé."

Quelles sont les principales difficultés lors de la coordination des manifestations ?

"Si vous voulez organiser une manifestation, il faut introduire une demande minimum 10 jours avant. Cela ne pose aucun problème avec par exemple les syndicats qui sont de très bons interlocuteurs. Mais 85 % des manifestations ont à voir avec la politique internationale et les organisateurs ne connaissent pas toujours les procédures. C’est donc parfois compliqué de se coordonner à la dernière minute."

Craignez-vous des débordements lors de la Coupe du monde, à l’instar de ce qui s’est passé lors de la qualification du Maroc en novembre dernier ?

"On a un calendrier reprenant les matchs des équipes dont la diaspora est importante à Bruxelles afin d’être vigilant. Les débordements connus en novembre dernier étaient totalement imprévisibles, mais nous en avons tiré les enseignements qui s’imposent. En effet, suite à ces faits, on a raccourci les circuits de communication avec les autres zones de police et on a toujours un peloton de réserve en cas de débordement. De plus on a amélioré la coordination avec l’ASBL Bravvo (l’association qui centralise la politique de prévention mise en place par la Ville de Bruxelles, NdlR) ."

Est-ce qu’il y a des endroits où les policiers évitent de se rendre ?

"Non il n’y a pas de zone de non droit ! Certes, il y a des endroits plus sensibles que d’autres mais le fait de renforcer la présence policière améliore le sentiment de sécurité au sein de la population."

Comment expliquer cette méfiance croissante de la population envers la police ?

"Les réseaux sociaux jouent un rôle important dans cette méfiance. À la moindre intervention policière, les agents se font filmer et ça finit directement sur internet. Mais ces faits sont bien souvent sortis de leur contexte et cela accentue la méfiance. C’est une question de civisme."

Comment restaurer la confiance ?

"Via l’éducation qui est beaucoup trop permissive aujourd’hui ! Il faut bien comprendre que le policier est un facilitateur d’action et pas un ennemi."

Les policiers sont une cible des terroristes. Ont-ils peur de travailler depuis les attentats ?

"On leur demande d’être encore plus vigilants mais non ils n’ont pas peur. Au contraire, il y a une certaine fierté de travailler et ils sont encore plus motivés. La population est d’ailleurs reconnaissante, sauf un petit groupe de personne qui continue à nous discréditer."

Vous craignez le retrait des militaires en rue ?

"Je suis persuadé qu’ils sécurisent beaucoup la population et les statistiques de criminalité sont en diminution depuis qu’ils sont dans les rues. L’attentat raté à la gare Centrale en juin 2017 a été déjoué grâce aux militaires et à leur expérience. Donc oui, j’appréhende le retrait des militaires d’autant que leur présence nous soulage également dans nos tâches quotidiennes."

"Il faut renforcer la police de proximité”

 La zone de Bruxelles Capitale Ixelles fait face à de nombreux défis, de par notamment la croissance démographique. “Il convient de renforcer la police de proximité en la rendant accessible 24h/24 afin qu’elle puisse mieux connaître la population et être connue de cette dernière. De plus les services centraux doivent continuer à se professionnaliser, principalement au niveau des nouvelles technologies où l’on est souvent une guerre en retard. Il faut essayer de suivre les évolutions technologiques qui vont très vite, car elles peuvent nous aider au quotidien”, conclut Daniel Van Calck.