Bruxelles

Cette Iranienne est arrivée en 2009 à Bruxelles suite à un mariage arrangé. S’en est suivi un véritable calvaire…

Le témoignage de Majde (prénom d’emprunt), fait froid dans le dos. En octobre 2009, cette Iranienne de 50 ans est arrivée à Bruxelles suite à un mariage arrangé par sa famille avec un cousin éloigné. Mais ce qui devait s’apparenter à une belle idylle a viré au cauchemar.

“Mes proches m’assuraient que c’était quelqu’un de bien, aisé socialement, de bonne famille et que j’allais avoir une belle vie”, explique Majde. “Mais dès mon arrivée à l’aéroport, j’ai réalisé que c’était une énorme erreur. Il vivait depuis 35 ans en Belgique mais était totalement primitif. Il ne me laissait aucune liberté, voulait tout contrôler, de mes sorties aux messages que j’envoyais. Il ne me laissait jamais sortir seule et m’enfermait à clé le soir dans son appartement quand lui devait aller travailler. Je me sentais emprisonnée et je pleurais tout le temps.”

Mais outre les violences psychologiques, Majde explique avoir été son esclave sexuelle durant 8 ans. “Quand je lui demandais pourquoi il se comportait de cette manière, il me menaçait de me renvoyer en Iran. J’aurais bien voulu divorcer mais j’avais déjà rompu avec mon ex-mari en Iran et ma religion m’interdit de divorcer deux fois. Je n’avais d’autre choix que d’être à sa merci”, poursuit Majde.

"Il a voulu me faire endosser la responsabilité de sa mort"

En 2011, sa fille, âgée aujourd’hui de 27 ans, l’a rejointe à Bruxelles. “Elle a vécu durant un an dans notre appartement avant que j’en trouve un juste pour elle. Je n’ai jamais voulu la mêler à mon histoire pour ne pas la bouleverser. Lui ne m’emmenait jamais en voyage, au resto ou à des soirées. Ma fille voyait que j’étais très mal mais je ne lui ai jamais raconté mon cauchemar”, ajoute-t-elle.

En 2015, Majde a suivi des cours de langue à l’enseignement de promotion sociale à Uccle. “Une enseignante, Nathalie, a remarqué que quelque chose n’allait pas. Je lui ai tout raconté et elle m’a guidé vers l’assistant social de l’école. Lui m’a ensuite redirigé vers le centre de prévention des violences conjugales et familiales. Cela a constitué un déclic et j’ai décidé de quitter l’appartement en octobre 2016”, explique-t-elle.

À l’annonce de son départ, l’ex-mari de Majde a tenté de se suicider. “Il a voulu mettre fin à ses jours en buvant de l’eau de Javel mais ça n’a pas marché. Il a voulu me faire endosser la responsabilité de sa mort, me faire culpabiliser. Je n’ai en revanche rien dit à ma famille en Iran, sauf à ma sœur qui est au courant de mon divorce mais elle me soutient. Depuis un an, je n’ai plus de nouvelles de lui. Il ne s’est même pas présenté lors du jugement de divorce”, ajoute Majde.

“Sans eux, je ne sais pas ce que j’aurais fait !"

Aujourd’hui, elle habite dans un logement social spécifiquement mis à disposition par la Région bruxelloise pour les victimes de violence conjugale (voir ci-dessous) et se rend régulièrement au centre pour consulter un psychologue. “Sans eux, je ne sais pas ce que j’aurais fait ! Ils m’ont permis de m’exprimer librement, m’ont accompagné dans les procédures judiciaires m’ont permis de rencontrer des femmes dans ma situation que je considère aujourd’hui comme des sœurs. Ce centre m’a permis de me reconstruire et d’avoir un nouveau départ”, conclut Majde.


Déjà 64 logements sociaux attribués aux victimes

Les victimes de violences conjugales ou intrafamiliales peuvent, sous certaines conditions, se voir attribuer un logement social en urgence Depuis janvier 2016, la Région bruxelloise prévoit la réservation d’un quota de logements sociaux au bénéfice de victimes de violence conjugale, comme le cas de Majde, ou intrafamiliale. “Depuis le début de mon engagement politique, j’ai toujours eu à cœur de soutenir les victimes de violences conjugales d’autant que bien souvent, les victimes n’osent pas s’exprimer. Seule une minorité fait la démarche de porter plainte, explique Céline Fremault (CDH), ministre bruxelloise du Logement et en charge des Affaires sociales à la Cocof. J’ai donc dégagé une série de moyens importants pour développer deux structures d’hébergement d’urgence pour les victimes mais j’ai voulu aller encore plus loin en proposant un hébergement durable.”

À ce jour, 64 logements ont été attribués en faveur de victime de violence intrafamiliale ou conjugale. 10 autres logements sont en cours d’attribution. Une évaluation de ce mécanisme aura lieu en 2018. Concrètement, chaque société immobilière de service public conclut une ou plusieurs conventions d’attribution en dérogation avec des maisons d’accueil agréées portant sur 3 % minimum du total des attributions de logements sociaux de l’année précédente.

“La violence conjugale impacte durablement et précarise les victimes, générant des conséquences physiques et psychiques importantes pour elle mais également pour les enfants du couple. Le sentiment de culpabilité et la peur subies par les victimes les amène à cacher leur état et à ne pas porter plainte. Or, c’est seulement à l’issue d’une prise en charge psychosociale ciblée, effectuée dans une maison d’accueil disposant parfois d’une adresse secrète, que de nombreuses victimes de violences arrivent à se reconstruire”, conclut la ministre.