Bruxelles Le parlement bruxellois approuve aujourd’hui la proposition de résolution visant à implanter des distributeurs de seringues à Bruxelles.

Ce vendredi, la proposition de résolution portée par le PS, Défi et Ecolo visant à implanter des distributeurs de seringues stérilisées, appelés Stéribornes, sera votée au parlement bruxellois. Une proposition qui répond aux demandes du secteur qui plaide, depuis de longues années, pour l’installation de ce genre de dispositif afin d’encadrer les toxicomanes qui se retrouvent dans des situations désespérées.

Actuellement, deux comptoirs d’échange officiels existent en Région bruxelloise et permettent au consommateur de disposer de matériel stérilisé gratuitement : les ASBL Transit et Dune. À titre d’information, quelque 122.921 seringues ont été distribuées au cours de l’année 2017, contre 116.698 en 2016 selon l’ASBL Modus Vivendi. Les Stéribornes - présentées sous la même forme que les distributeurs de préservatifs - auront dès lors un rôle complémentaire à ces deux structures existantes.

"On s’inspire de ce qui se fait déjà dans la moitié des départements français, mais également en Allemagne, aux Pays-Bas ou en Suisse. L’idée est de créer un maillage géographique cohérent en fonction des endroits les plus concernés, là où l’on retrouve des scènes ouvertes de consommation de crack et d’héroïne, explique Julien Uyttendaele (PS), député bruxellois et l’un des cosignataires de la proposition, qui déplore la frilosité politique dans la problématique de la réduction des risques en matière de drogue. "Même le Conseil de l’Union européenne recommande explicitement la réduction des risques comme priorité en matière de consommation de drogues."

Concrètement, des jetons seront distribués au personnel compétent (les associations de terrain, les pharmacies, les hôpitaux, etc.) et seront ensuite distribués aux toxicomanes connus dans le quartier. "Les consommateurs inséreront le jeton dans la borne et recevront un pack, appelé stérifix, comprenant du matériel stérile, dont une seringue, pour s’injecter. Ils pourront également y laisser leurs seringues usagées", détaille Alexis Jurdant, chargé de communication à la Fedito Bruxelles. Ces Stéribornes comprennent dès lors trois objectifs principaux.

Faciliter l’accès au matériel stérile d’injection

Chaque consommation de drogue nécessite un matériel adapté, toujours à usage unique puisque tout partage de matériel d’injection comporte des risques. " Sur le plan sanitaire, la mise en place des bornes est une action concrète visant à diminuer l’incidence des risques infectieux, comme le VIH, l’Hépatite B, C ou D, sachant qu’entre 50 % et 80 % des usagers de drogue par voies intraveineuses contractent l’hépatite C, dont une grande partie durant leur première année d’injection", explique Alexis Jurdant.

Réduction des nuisances et de l’insécurité

La particularité des Stéribornes est, comme susmentionné, qu’elles permettent aux consommateurs d’y laisser leurs seringues usagées. "À Paris, le taux de récupération est immense. Ce système permet ainsi d’éviter que des seringues ne se retrouvent dans les parcs, bacs à sable ou autres lieux publics. De plus, le contenu des seringues récupérées sera analysé. Cela permettra d’avoir une vue précise sur les drogues actuellement en circulation, quartier par quartier", conclut Julien Uyttendaele.

Ouvrir des opportunités de soins

Les stéribornes s’adressent exclusivement aux usagers qui fréquentent déjà les comptoirs d’échange de seringues, mais également à ceux qui refusent tout contact avec des professionnels et encourent ainsi des risques de contamination et d’infection graves. Le dispositif est fondé sur l’exigence de l’anonymat, mais les bornes d’échange visent aussi à mettre en place une stratégie d’accompagnement et de suivi des comportements des consommateurs, en apportant des soins médicaux, y compris l’assistance psychosociale. "Dès lors, l’accueil, l’écoute, la sensibilisation, l’orientation et l’encadrement sont les mots d’ordre de cette politique , poursuit Julien Uyttendaele. La résolution veut aussi favoriser un système de communication adéquat entre les acteurs de la prévention et les consommateurs qui soit basé sur une relation de confiance."

Le nombre précis de Stéribornes, leur localisation et la date d’installation doivent toutefois encore être déterminés.