Bruxelles ixelles

Le projet de logements sociaux Ernotte a commencé. Le photographe Philippe Graton expose sur les grilles du chantier

IPATRIMOINE "Vos photos sont pleines de poésie." C'est un des compliments entendus ce week-end par Philippe Graton. Le photographe (et scénariste de Michel Vaillant) expose chaussée de Boitsfort, dans le quartier de son enfance. Samedi, c'est avec passion qu'il expliquait à qui voulait l'entendre le pourquoi et le comment de ces 30 agrandissements, saisis dans le grand espace vert aujourd'hui occupé par le gros chantier Ernotte. Avant que l'ébauche de ces quelque 300 logements sociaux ne sorte de terre, cet espace était occupé par de multiples petits potagers cultivés par les gens du quartier.

"Quand j'étais petit, je passais par là quatre fois par jour pour aller à l'école et rentrer à la maison, j'habitais rue du Pérou", se souvient Philippe Graton. "D epuis trois ans, je photographiais ces potagers, plus précisément les cabanes. Elles sont faites de bric et de broc et donnent une texture très intéressante aux images. En plus, elles ont chacune leur personnalité propre. C'est comme des portraits, en réalité."

C'est surpris de voir que le chantier avait rasé tous les potagers du terrain que le photographe a eu l'idée de cette exposition impromptue sur les grilles qui barrent désormais l'accès au site. "Je précise que cette démarche n'a pas pour but de rentrer dans une quelconque polémique", dit encore Philippe Graton, admettant qu'il n'a pas vraiment suivi la saga Ernotte qui avait vu comités de quartier et commune voisine de Watermael-Boitsfort s'opposer violemment au projet régional de logement public. "Il faut bien construire des logements sociaux... moi, je voulais simplement montrer à quoi ressemblait cet endroit. Cela fait partie de son histoire..." On peut dire que les photos ont fait leur petit effet. Le bouche à oreille a rapidement fait rappliquer les cultivateurs qui profitaient de ce terrain communal depuis de longues années.

Parmi eux, François Fossé. "J'ai toujours eu un potager, j'ai commencé avec mon père", nous raconte le retraité qui a perdu sa petite parcelle. "En trente ans, c'est la première fois que j'achète des pommes de terre, ça fait bizarre." Il se rappelle non sans émotion des framboisiers, des fraisiers des légumes... "On faisait même des chicons."

Tout cela a été rasé du jour au lendemain. Restent les photos de Philippe Graton qui, espère-t-il, resteront aux grilles du chantier pour une semaine au moins. "C'est un travail qui n'est pas encore abouti", indique-t-il, prêt à aller photographier d'autres potagers bruxellois.



© La Dernière Heure 2009