Bruxelles

Plusieurs enseigne ferment pour faire de la place aux grandes chaîne.

C’est sans doute l’une des brasseries les plus emblématiques du quartier. Située sur l’avenue de Tervuren, au pied de la rue des Tongres depuis 1997, L’Aurige fermera officiellement ses portes le 28 septembre prochain. Son propriétaire, le brasseur Duvel Moortgat, a refusé de renouveler le bail. Le restaurateur l’a appris il y a un an.

"Ils disent que j’ai fait mon temps, ils veulent passer à autre chose", déplore Pierre Van Bost, le gérant de la célèbre pizzeria. "Officieusement je suis persuadé qu’ils veulent simplement augmenter le loyer de manière drastique. Il y a neuf ans, ils ont déjà tenté de me faire payer plus, mais j’ai été en justice et j’ai gagné. Ils m’indemnisent trois ans de loyer, mais ça ne représente même pas ce que j’ai investi il y a vingt ans… Donc je vais retourner en justice."

Après la Brasserie Mérode qui se trouvait en face, et qui a été récemment remplacée par la chaîne de hamburgers Manhattn’s, la tendance semble être au changement dans le quartier. "Je ne suis pas le premier. Eux, ce qu’ils veulent, c’est taper dans le loyer, et faire venir les grosses chaînes. Les petits indépendants comme nous, c’est fini. On va finir par manger partout la même chose", désespère le gérant.

Travailleurs des bureaux voisins, riverains, familles, ou passants... La fidèle et diverse clientèle de cette brasserie ancrée depuis plus de vingt ans dans la commune, regrette amèrement son départ. "On vient depuis neuf ans ici, on fait toujours nos pauses déjeuner ici", explique Piet, employé chez ING. "C’est une des seules terrasses agréables du quartier. Je trouve que la raison pour laquelle elle disparaît est dommage. On a vécu la même chose avec la Brasserie Mérode, on espère que ce quartier ne va pas se transformer tout à fait. Je pense qu’il s’agit beaucoup de spéculation immobilière. Nous, tout ce qu’on veut, c’est garder des endroits de quartier sympas."

Et si Pierre Van Bost souhaite rouvrir un établissement, il peut oublier le quartier du Cinquantenaire. "J’ai pensé à ouvrir quelque chose dans le coin pour garder ma clientèle avec qui je crée une relation depuis vingt ans. Mais je ne peux pas m’installer dans le même quartier, c’est la règle." Parce qu’en plus de se faire éjecter comme un malpropre, une loi lui interdit le droit d’ouvrir un restaurant à moins de trois kilomètres. Une manière de protéger les nouveaux arrivants d’une concurrence déloyale. "Je ne sais pas encore si je vais me relancer dans un restaurant… C’est un peu comme repartir à zéro", conclut Pierre Van Bost.