Bruxelles

La maman de Lucie nous fait part, dans un long courrier, de l'émoi suscité par la récente polémique.

"J’ai une fille. Une merveilleuse petite fille. Un genre de petite poupée avec de longs cheveux blonds et de magnifiques yeux bleus. Un regard qui nous fait fondre et dont elle sait parfaitement se servir pour arriver à ses fins d’enfant : obtenir un bonbon, un biscuit, un jouet…"

C'est par ces mots que Marie, la maman d'une élève de l'école Les Sept Bonniers à Forest, commence la lettre envoyée à notre rédaction. Elle a, par ce biais, voulu réagir aux suspicions d'affaire de moeurs lors d'un voyage de classe verte en Région liégeoise, auquel a participé sa fille.

"Elle porte un prénom qui lui va à ravir : notre petite beauté s’appelle Lucie. Ses amis et sa famille l’appellent Lulu. Dans les moments de douceur, elle s’appelle aussi Luciole. Ses yeux rieurs et ses sourires nous illuminent à chaque instant. Nous sommes chanceux de l’avoir dans nos vies. C’est véritablement notre trésor. Lucie est une enfant timide et discrète. Elle manque de confiance en elle. Elle est introvertie et ne se livre jamais sur ses émotions. On essaie de composer avec… Les chiens ne font pas des chats après-tout… Alors, pour la découvrir et percer ses mystères, son papa et moi la contemplons jouer et danser. Nous écoutons ses conversations imaginaires à distance, et finissons par nous dire, fiers d’elle : « elle est quand-même canon notre fille !

Nous ne sommes pas des parents parfaits, mais nous faisons de notre mieux. Aujourd’hui, la maman que je suis est pétrifiée. Je me rends compte que le monde des enfants est parfois loin de n’être fait que de rires et de chants. Je me rends compte que malgré nos attentions de parents bienveillants et aimants, nous ne pouvons pas la protéger de certains adultes pourris jusqu’à l’os. Nous ne pouvons pas la protéger de ces monstres capables de faire basculer son équilibre en construction en un instant. Lucie est fière, vous savez. Elle vient de souffler ses 6 bougies le 16 décembre dernier. Elle est en première primaire et apprend plein de choses. Elle est grande maintenant nous dit-elle. Elle se met en rogne quand je lui dit qu’elle sera toujours mon bébé.

Nous avons choisi de l’inscrire dans une bonne école à Forest dès sa rentrée en première maternelle. Une école dont le plan pédagogique nous parlait plus qu’ailleurs. Ce style d’école à la mode basée sur la pédagogie active où chaque enfant est respecté dans ses différences et où l’on vise l’autonomie. Et puis, cerise sur le gâteau, une grande importance est accordée aux classes de différenciations. C’est vendu, on signe ! Dès la 2ème maternelle Lucie s’en ira donc 4 jours par an en voyage scolaire pour découvrir le monde et appuyer les cours donnés en classe.

Nous trouvons que c’est une chance pour elle, même si, dans la pratique, confier son enfant de 4 ans à l’équipe pédagogique et la laisser vivre sa vie ne se fait pas sans quelques larmes… Nous avons confiance. Cette année, c’est donc du 11 au 14 novembre 2017 que Lucie est partie en classe de châteaux. A l’école, ils ont appris les châteaux forts et l’époque médiévale. J’adore, je suis même un peu jalouse !

Elle nous est revenue enthousiaste et semble même un peu nostalgique ! Néanmoins, fidèle à elle-même, elle ne parle pas et ne nous raconte rien. Rien d’inquiétant, notre Lucie habituelle. Et qu’est-ce qu’on l’aime !

Le lundi 5 février 2018, je reçois le coup de fil d’une amie en pleurs. Son fils est inscrit dans la même école que Lucie. Ils sont partis ensemble en novembre… Elle a reçu un email qu’elle me transfère et dont le contenu me glace le sang en quelques secondes. Envoyé depuis une adresse anonyme, on nous y informe qu’un enfant du premier groupe parti la semaine avant les nôtres a été victime d’un viol. Ces faits sont avérés. Un rapport médical formel a été établi.

La direction de l’école et le Pouvoir Organisateur de la commune de Forest ont été averti des événements, rapport médical à l’appui, avant le second départ mais a malgré tout choisi de ne pas communiquer avec les parents à ce sujet. Il n’y avait selon eux, pas de danger… A quoi bon informer les parents quand il n’y a pas de coupable identifié ? Et puis, nous apprendrons lors de la réunion d’urgence le soir du 6 février qu’il était délicat d’annuler un voyage scolaire, car, tout de même, décevoir 60 enfants, cela ne se fait pas (on notera que les envoyer dans un lieu où règne potentiellement un pédophile, bien ! Tout est une question de priorité après-tout !)

C’est donc en toute innocence que nous laissons partir nos enfants le matin du 11 novembre 2017. Nous nous retrouvons entre parents sur le trottoir et regardons le bus s’en aller en nous faisant des blagues au sujet des mojitos que nous allons pouvoir aller boire et du calme que nous allons avoir à la maison. Révoltés, nous nous rendons à l’école le 6 février 2017 à 8h tapante. Nous voulons des informations sur ce qui s’est passé là-bas. Nous voulons comprendre qui a jugé bon de décider à notre place de parents si nos enfants devaient partir ou non vers un danger potentiel. Qui s’est senti assez confiant afin de décider à notre place qu’ils étaient en sécurité ?

On tente de se rassurer… C’est sûr, pour prendre une telle décision, ils ont dû appréhender le coupable ! Qui enverrait des gosses totalement innocents âgés de 5 à 8 ans dans la gueule du loup ? Nous avons bon espoir. On nous accueille dans le hall d’entrée pour nous faire patienter au chaud et on nous informe que la directrice et la représentante de la Commune de Forest vont passer nous voir pour répondre à nos questions. La plupart demeurent sans réponse.

Nous sortons de là effarés ! On nous confirme qu’actuellement, aucun coupable n’a été identifié. Une enquête ouverte pour faits de mœurs est en cours… D’autres informations suivront lors d’une prochaine réunion organisée le soir-même. Nous partons le cœur lourd et avec la nette impression que l’on tente de calmer les tensions en jouant sur les mots, que l’on tente d’étouffer l’affaire et de minimiser l’importance de ce drame immonde.

Ce doit être insupportable pour les parents. Et puis leur enfant, leur trésor… Je ne peux m’empêcher de penser à eux…

Mais dans quel monde on vit ?

Je suis abasourdie ! Comment les choses ont-elles pu se passer de cette façon ? Comment a-t-on osé nous priver d’une telle information ? Je suppose que Pouvoir Organisateur avec à sa tête Marc-Jean Ghyssels espérait que les parents de ce petit bout et leur entourage se taisent à jamais… 'Ils souhaitent conserver l’anonymat ? Quelle aubaine, fermons-la tous, personne n’en saura rien !'.

C’est donc comme cela que ça se passe dans les écoles communales forestoises… On ne concerte pas les parents avant de prendre une décision importante et qui pourraient avoir un impact destructeur dans la vie de nos petits protégés. Dans notre vie de parents. On préfère envoyer les enfants au bûcher plutôt que de les décevoir (ou de perdre de l’argent). Par contre, on les prive d’accéder à l’instruction pendant quelques heures après deux retards même s’ils arrivent en retard à cause de leurs parents (encore une fois, tout est une question de priorité).

J’avais 13 ans en 1995. J’ai suivi l’actualité autour des victimes de Marc Dutroux. A l’époque, je comprenais qu’il se passait quelque chose de grave, mais je pensais également que ça n’arrivait qu’aux autres. Je ne comprenais pas pourquoi mes parents ne me laissaient plus aller jouer dehors avec mes amis. Je ne pouvais pas me rendre compte de l’ampleur du drame qui se passait en Belgique jusqu’à ce que je participe à la marche blanche. Cette solidarité pour ces enfants à qui on a volé la vie m’a marquée au fer rouge. Je fais, hélas, partie de la génération Dutroux.

C’est dur aujourd’hui d’être confrontée à cette réalité… Tout peut arriver. Je sais à présent que ça n’arrive pas qu’aux autres. Ma Lucie est mon trésor, mon petit canon ! Je ne tolèrerai pas que qui que ce soit puisse la mettre en danger. Je suis anéantie à l’idée de penser qu’un détraqué puisse la trouver lui aussi canon et lui voler son innocence.

Mais le pire finalement dans tout ça, c’est de se rendre compte que des personnes, théoriquement bien intentionnées et censées faire attention à nos enfants sont capables de se sentir pousser des ailes au point de s’accorder des droits parentaux quand cela leur semble opportun. Sommes-nous humains de la même façon Monsieur le Bourgmestre ? Où placez-vous vos priorités en dehors des élections ?

Je suis consternée de constater que le pouvoir à la tête des écoles est incapable de voir l’essentiel : la sécurité de nos enfants ! Devant l’incapacité du bourgmestre à reconnaître son erreur de jugement, nous avons tenu bon. Devant son indisposition à présenter des excuses, nous avons su nous faire entendre. Face à son insupportable rictus nous avons parlé d’une même voix. Sa condescendance ne gagnera pas. Pas cette fois…"

Pour rappel, les parents d'élèves s'insurgent de la mauvaise communication de la part de la commune, le pouvoir organisateur, qui a décidé de maintenir le second voyage organisé du 14 au 17 novembre au même endroit, alors qu'elle avait été mise au courant des faits de moeurs. Contacté, le bourgmestre Marc-Jean Ghyssels (PS), affirme ne pas avoir averti les parents au moment des faits pour ne pas créer de panique générale, et précise par ailleurs avoir donné comme instruction aux instituteurs et accompagnateurs "de surveiller davantage les enfants durant le second voyage".