Bruxelles "Le délai est beaucoup trop court et ne permet pas un amortissement pour les entreprises et les automobilistes"

Le gouvernement l’a annoncé hier, il signera l’arrêt de mort du diesel d’ici 2030 dans la capitale. Mené par la ministre de l’Environnement Céline Fremault (CDH), cet accord vise aussi à interdire les véhicules essences "dans une étape suivante". Cette nouvelle a, logiquement, suscité moult réactions. À commencer par Touring, qui salue la mesure mais dénonce sa mise en pratique.

"Nous sommes heureux de voir qu’une réelle conscientisation a lieu", explique son porte-parole Lorenzo Stefani "mais le délai est beaucoup trop court, et ne permet pas un amortissement pour les entreprises et surtout pour les automobilistes." Selon le service d’assistance, l’industrie automobile ne sera pas prête dans 12 ans à offrir des alternatives concrètes aux automobilistes.

En cause ? "Les automobilistes qui roulent en diesel vont se retrouver avec leur capital voiture qui fond à toute vitesse, ils ne pourront plus rien en faire. Il faut une compensation. Pendant des années, les autorités ont subsidié le diesel. Aujourd’hui il y a un retournement alors que le secteur automobile a investi sur les moteurs diesel. Ils ne sont pas prêts, et les utilisateurs non plus. Les voitures hybrides ne sont pas encore assez développées pour constituer une véritable option. Selon nous, un bannissement du diesel est possible moyennant un accompagnement fiscal, une aide aux alternatives, et un délai plus long."

L’administrateur-délégué de la Chambre de commerce de Bruxelles (Beci) Olivier Willocx ne partage pas l’avis de Touring : "toutes les villes belges et européennes auront interdit le carburant diesel d’ici 2030." L’économiste belge voit la décision du gouvernement bruxellois comme une initiative pertinente qui laisse le temps à l’industrie automobile de substituer leur marchandise. "Il faut une dizaine d’années pour que les entreprises soient prêtes et aient renouvelé leur flotte de voitures. C’est vrai qu’on a produit trop de voitures à moteur diesel ces dernières années. Et on a incité les gens à en acheter. Mais en 2030, le marché sera amplement renouvelé."

Le seul objet qui pourrait faire débat pour Olivier Willocx concerne les modalités de changement des véhicules des services publics. "Reste à voir : que va-t-on faire des bus, des ambulances, etc. ? Ce sont des véhicules qu’on ne change pas comme une voiture après dix ans, on les garde parfois 20 ans ou plus."

De leur côté, des juristes de l’environnement accusent la Région d’être trop peu ambitieuse. Ugo Taddei, juriste à ClientEarth déclare que "la proposition de la ministre est un signe positif mais n’est tout simplement pas assez ambitieux. Des villes comme Paris ou Rome ont annoncé des interdictions du diesel d’ici 2024. Il n’y a pas de raison que Bruxelles ne puisse pas faire la même chose. Nous avons besoin d’une action ambitieuse, mais nous en avons besoin maintenant."

"La zone à faibles émissions de Bruxelles interdira uniquement tous les véhicules diesel pré-Euro 6 en 2025, cette nouvelle interdiction du diesel annoncée par Mme Fremault d’ici 2030 ne fera rien pour améliorer la qualité de l’air pollué à Bruxelles et respecter les normes légales dès que possible. En tant que capitale de l’Europe, Bruxelles devrait montrer l’exemple, ne pas traîner les pieds alors que le reste de l’Europe fait des progrès pour contrer cette crise qu’est la pollution de l’air."