Bruxelles Hicham Diop criait : "Tuez-moi". Mais on n’est pas aux États-Unis : les policiers belges gèrent les situations de crise.

Selon nos informations, aucune arme et aucun explosif n’a été trouvé avenue de la Reine à Schaerbeek au domicile de Hicham Diop lors de la perquisition menée mercredi soir.

La police fédérale qualifie officiellement l’attaque des policiers de Schaerbeek d’"attentat terroriste". Et l’on sait précisément comment les policiers ont été attaqués par Hicham Diop : en deux temps, et par surprise, dans le dos !

Appartenant au commissariat d’Evere de la Zone Nord, les deux premiers policiers avaient été déposés par des collègues à l’hôpital Paul Brien.

Ces policiers , un homme et une femme, sont aussi en couple dans la vie privée. La policière était en civil. Son collègue et compagnon en uniforme. Diop a attaqué ce dernier par-derrière, dans le dos, le frappant trois fois à hauteur du cou.

On considère que Diop frappait pour tuer. Philippe étant en gilet pare-balles, viser le ventre ne servait à rien. Au cou, il pouvait espérer sectionner la carotide.

Puis, Diop a frappé la policière qui était, elle, en civil. Sans la protection d’un pare-balles : il l’a donc frappée à l’abdomen.

Nous sommes avenue Britsiers. Diop a pris la fuite alors qu’une patrouille arrivait pour ramener les collègues square Hoedemackers au commissariat d’Evere. La patrouille de deux policiers a pris Diop en chasse pour l’intercepter. Diop qui brandissait le couteau leur a hurlé : "Tuez-moi". Il est quand même parvenu à attraper la matraque d’un des agents et l’a frappé.

Quand on sait le nombre de forcenés abattus ces derniers temps aux États-Unis, il a de la chance, Hicham Diop, d’avoir eu affaire à des policiers formés à gérer les situations de crise : il a été neutralisé par un tir dans la jambe.

Rappelons qu’Hicham Diop a été militaire jusqu’en 2009, soldat éclaireur voltigeur dans une unité de reconnaissance à Heverlee, et champion de kick boxing.

L’inspecteur de la Zone Nord qu’il a le plus grièvement blessé - trois coups de couteau - n’est pas le premier venu. Philippe, que ses collègues surnomment affectueusement Flup, possède une solide réputation parmi ses collègues. Venu du gardiennage, entré à la police il y a plus de 25 ans, cet inspecteur a fait ses premières armes à la police communale de Saint-Josse. C’est une force de la nature, un costaud au physique de bûcheron, une masse d’1 m 90. Et un collègue extrêmement fiable. En intervention à risque, c’est lui qu’on met à l’avant.

L’état de santé des policiers blessés n’inspire aucune inquiétude. Une source autorisée rassure : "Ils reçoivent les soins nécessaires et vont bien."

Dans une note adressée aux 40.000 policiers du Royaume, la direction de la police fédérale tire la leçon de ce qu’elle qualifie officiellement d’"attentat terroriste". Rappelant le port du gilet pare-balles, elle conclut ceci : "Cet événement démontre l’utilité et l’efficacité des mesures de sécurité en vigueur."


Sécurité des policiers : on ne change rien

Selon nos informations, l’Ocam a procédé à une analyse de la situation après l’attaque des policiers à Schaerbeek. L’attaque est qualifiée officiellement d’" attentat terroriste ". L’Ocam conclut qu’à "l’heure actuelle, il n’y a pas d’indications nécessitant une adaptation des mesures de sécurité existantes".

Comme après l’attaque des policières le 7 août à Charleroi, l’Ocam maintient sans le modifier le niveau actuel. Il rappelle au personnel que l’application stricte des mesures en vigueur depuis novembre 2015 "reste recommandées en vue de la sécurité du personnel et du citoyen".

Et la police fédérale tire une leçon du drame évité à Schaerbeek. Le personnel est informé que le policier attaqué par-derrière "portait toutes les mesures de protection (dont le gilet pare-balles), preuve selon elle de l’utilité et l’efficacité des mesures en vigueur".


Candidat aux élections en 2004

Hicham Diop, l’auteur de l’agression au couteau sur deux policiers à Schaerbeek, figurait, lors des élections régionales de 2004, à la 32e place du parti Citoyenneté et prospérité (PCP), un parti d’inspiration islamique créé deux ans plus tôt par Jean-François Bastin, mieux connu sous le nom de Cheikh Bastin et reconnaissable à sa barbe rousse. Si l’ex-militaire n’a probablement jamais rencontré Cheikh Bastin, ce dernier ayant déjà claqué la porte du groupuscule à l’époque, une rencontre avec cheikh Bassam, le parrain politique de la formation, n’est pas à exclure.

Dans les années 90, cheikh Bassam, polygame notoire, consacrait des mariages officieux à Molenbeek, son Centre islamique belge (CIB) étant alors considéré comme le creuset du salafisme bruxellois, foncièrement antisémite et une plateforme de recrutement de candidats au djihad en Afghanistan. Plus tard, en 2002, c’est seulement grâce à son soutien que Jean-François Bastin, alias Abdullah Abu Abdulaziz, parvient à créer le PCP. "Bastin était la figure médiatique du parti, mais Bassam, avec son Centre islamique belge, en était le véritable gourou", explique le chercheur indépendant Pierre-Yves Lambert.

Tête de liste lors des législatives de 2003, Jean-François Bastin obtient alors 5.073 voix, pour un total de 8.258 pour son parti. Moins d’un an plus tard, en mars 2004, le cheikh à la barbe rousse quitte déjà le PCP suite à des désaccords avec certains membres de la formation et crée le Parti jeunes musulmans (PJM). En juin 2004, quand Diop, Bastin se présente aux nouvelles élections, Bastin n’est déjà plus dans le parti.

La place de 32e de Diop lors du scrutin électoral montre l’importance toute relative, voire insignifiante, de celui-ci au PCP. "Il était là pour faire le nombre", résume Pierre-Yves Lambert.