Bruxelles

Sur 80 commerces, deux tiers ne sont pas en règle.

Quand on vous parle de l'Ilot Sacré, vous imaginez tout de suite ces petites rues en pavés, ornées de restaurants les uns à côté des autres, les serveurs devant leur établissement, et des grands panneaux indiquant ce qu'il y a à manger. Il s'avère que ces derniers sont illégaux. Les restaurants situés dans le centre-ville ne sont en effet pas autorisés à présenter des menus de plus de 65 sur 45 cm, ni en dehors de leur restaurant, et il est interdit d'y mettre de grandes photos des plats.

Cette loi est en vigueur depuis novembre 2017, suite à une décision du Collège de la Ville de Bruxelles, en vue de faire respecter la réglementation "Grand-Place Unesco". Cette initiative vise à rédorer le blason du centre-ville bruxellois. "L'Ilot Sacré, c'est la première vitrine touristique de la ville, d'une part, et d'autre part, on veut pouvoir attirer de nouveau les Bruxellois dans ce quartier. C'est un projet global: on remet en état les voiries, on rénove l'éclairage, on travaille vraiment l'image du quartier. Et donc ce projet prévoit aussi d'éviter d'avoir des excès de commerces, que ce soit dans le racolage ou dans le non-respect du patrimoine classé du centre-ville", explique Geoffory Coomans (MR), échevin de l'Urbanisme à la Ville.

© GUILLAUME JC

Cet après-midi, les agents de la cellule contrôle de la Ville de Bruxelles ont procédé à l'enlèvement des porte-menus non conformes à la réglementation. "Les infractions sont multiples. Les commerçants sont au courant de la règle, mais on retrouve encore parfois des porte-menus qui font plus de 2 mètres, avec des énormes photos. Sur certaines vitrines, on trouve parfois jusqu'à 18 panneaux d'affichage par commerce. Ce n'est pas acceptable", déplore l'édile.

Première cible des recenseurs: le restaurant La Bouillabaisse, situé sur la rue Grétry. L'objet de leur interpellation se trouve dans leurs menus collés sur les vitres. La sanction? "On reçoit l'ordre de prendre tous les menus ou porte-menus qui ne sont pas en règle, et de les détruire. Ensuite c'est au cas par cas, si leur dossier est en ordre, on leur donne simplement un avertissement, et si ce n'est pas la première fois, ils reçoivent une amende administrative", explique un recenseur du service Horeca.

Si certains restaurant comme Chez Léon semblent faire partie des bons élèves, beaucoup d'autres disent ne pas connaître la loi. "On ne comprend rien. On nous a dit qu'on ne pouvait pas avoir de porte-menus à l'extérieur, donc on les a tous enlevés. Maintenant on vient me dire que je commets une infraction en ayant des menus à l'intérieur. Je ne savais pas qu'il y avait une taille bien précise, et que je ne pouvais pas avoir de photos sur mon menu. Mais sans photo comment je fais pour expliquer aux touristes ce qu'ils peuvent manger s'ils ne parlent pas anglais?", s'insurge le gérant de la Bouillabaisse.

De son côté, Farid Matroufi serveur au restaurant La Rosa Roja déplore le manque de clientèle depuis la nouvelle règle. "Les clients ne regardent même plus notre restaurant. On n'a pas de terrasse, donc pour attirer les gens on mettait des panneaux. Aujourd'hui sur 55 couverts, on en a servi quatre. Depuis deux semaines on ne met plus de panneaux et on sent nettement la différence. C'est très difficile."

Sur un total de 80 commerçants dans l'Ilot sacré, deux tiers ne sont pas encore en règle. "C'est de la concurrence déloyale pour ceux qui respecte la loi", conclut Geoffroy Coomans, "Il faut que tout le monde soit au même niveau."