Bruxelles Pour les libéraux bruxellois et ixellois, le projet de réaménagement des boulevards de Waterloo et de la Toison d’Or va tuer le commerce dans le quartier.

La semaine passée a eu lieu le quatrième et dernier comité d’accompagnement relatif au réaménagement des boulevards de Waterloo et de la Toison d’Or. Il s’inscrit dans le projet régional du réaménagement complet de la petite ceinture, porté par le ministre de la Mobilité et des Travaux publics Pascal Smet (SP.A). Suite à cette ultime réunion, les élus libéraux et - certes officieusement mais aussi socialistes - de la Ville de Bruxelles et d’Ixelles annoncent qu’ils s’opposeront bec et ongles aux maquettes présentées jeudi dernier.

Concrètement et comme annoncé depuis longtemps, le projet régional prévoit d’offrir une large place aux déplacements doux, propose de largement faciliter la traversée entre les deux boulevards et poursuit sa piste cyclable. Dans les détails, il est donc question d’élargir au maximum les trottoirs pour les piétons, de réserver la voie latérale de la chaussée de Waterloo aux seules livraisons, de réduire à une bande les deux voies latérales, de supprimer près de 220 places de parking (de 380, on passera à 61 places en surface), etc. Deux pistes cyclables seront également aménagées de chaque côté de ce boulevard large de 75 m, dont celle côté Toison d’Or en mode confort partagé.

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Kesako ? Cela signifie tout simplement que si le trafic automobile est totalement bloqué sur la voie latérale de la Toison d’Or, les voitures pourront emprunter la piste cyclable. Pour les trois échevins libéraux concernés - Geoffroy Coomans de Brachène, Marion Lemesre (respectivement en charge de l’Urbanisme et du Commerce à la Ville de Bruxelles) et Viviane Teitelbaum (en charge des deux matières à Ixelles), ce plan régional est tout simplement "inacceptable". "Si ce projet reste en l’état, nous le bloquerons. Il s’agit d’un projet mortifère pour le commerce du haut de la ville", tonne Geoffroy Coomans de Brachène, s’étonnant dans la foulée que la Région présente un tel projet "après… 79 réunions !"

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"Quand on apprend que la Région aurait déjà eu près de 79 réunions sur ce projet, pour un résultat aussi consternant que dévastateur pour la mobilité et le commerce du haut de la ville, on se pose de solides questions sur l’expertise du cabinet du ministre Pascal Smet en matière de mobilité." Voilà qui est dit. Parmi les "incongruités régionales", l’échevin bruxellois pointe ainsi le fait que les "61 places de parking sont placées le long de la seule voirie laissée aux véhicules. Quand j’ai fait remarqué à l’experte du cabinet Smet que l’emplacement des places de parking allait d’office créer de gros embouteillages dès que quelqu’un voudra se garer, elle m’a simplement répondu que j’avais raison. Qu’ils n’y avaient pas pensé ! C’est surréaliste de travailler autant sur un projet pour en arriver à de telles situations", poursuit l’échevin libéral, qui assure ne pas être pour le tout aux voitures mais pour un respect de l’intermodalité.

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Les élus MR d’Ixelles et de Bruxelles dénoncent également l’aberration totale de la piste cyclable "intermodale". "C’est, de facto, un aveu de faiblesse puisque cela signifie que les cyclistes eux-mêmes se retrouveraient coincés dans le trafic automobile. Pire, les voitures pourraient alors circuler librement sur la zone piétonne puisqu’aucun potelet n’est prévu au niveau du terre-plein." Du côté d’Ixelles, Viviane Teitelbaum reconnaît que "de nombreux commerçants [la] contactent pour [lui] dire qu’ils ne sont pas entendus par la Région" tandis que Marion Lemesre plaide pour une réflexion sur la multimodalité de transport. "Ce projet, si personne ne s’y oppose, tuera le commerce de luxe sur le boulevard de Waterloo."

La Région bruxelloise annonce l’octroi d’un permis d’urbanisme pour cette portion de petite ceinture avant la fin de l’année.