Bruxelles La maison Guérin-Boutron, fondée en 1775 à Paris, est passée dans le giron belge il y a un an.

Il y a un an, la production de ce qui est maintenant devenu le plus vieux chocolat belge, le Guérin-Boutron, a été relancée à Gand, sous l'impulsion de Johann Domas-Conzemius. Cette maison fondée en 1775 en France était une pointure dans le monde du chocolat. Tombée en faillite à l'aube de la seconde guerre mondiale, la marque avait été laissée à l'abandon, jusqu'à la reprise de Johann qui a racheté le chocolat Guérin-Boutron en juin 2016. 

À partir du mois de septembre, c'est à Bruxelles que la production va venir s'installer afin de faire revivre cette maison de luxe anciennement parisienne.

Cependant, ne cherchez pas une boutique estampillée Guérin-Boutron en Belgique! Cette marque de luxe se consacre paradoxalement à des ventes dans le style démonstration-tupperwaere, de quoi casser les codes du "luxe". "On se retrouve dans le salon de différentes familles pour des dégustations et de la vente. Il y a aussi un certain aspect exclusif, vu que nous n'avons pas de boutique, c'est une des seules occasions que les gens ont pour acheter notre chocolat", explique Johann. 

Avec son associé, Raphaël de Macar, il participe également à des ventes de charité. Leurs chocolats peuvent aussi être dégustés lors de soirées mondaines au château de Versailles ou à l'hôtel Intercontinental à Paris, notamment.

Pourtant, ni Johann ni Raphaël ne se prédestinaient à se lancer dans le monde du chocolat. Il s'agit là surtout d'un prétexte pour mettre sur le devant de la scène un pays qui leur tient à coeur: la Côté d'Ivoire. Johann y va régulièrement depuis huit ans et via la production du chocolat, il aimerait améliorer les conditions de vie des producteurs locaux. 

"On m'a découragé à plusieurs reprises de lier mon chocolat à la Côte d'Ivoire car on y parle souvent du travail des enfants. Mais si les enfants travaillent dans les champs, il faut comprendre que c'est parce que leurs parents sont trop pauvres pour leur payer une éducation qui est devenue payante. Et au lieu de les laisser seuls à la maison, ils les emmènent sur leur lieu de travail", raconte Johann.

La première étape de cette aide concrète sur le terrain ivoirien consiste à récolter assez d'argent pour permettre à une coopérative regroupant plusieurs plantations familiales de recevoir une certification bio. "Ils sont déjà bio, je le sais, je vis avec eux depuis assez longtemps. Mais la certification permettrait aux entreprises qui produisent du chocolat bio d'acheter leur cacao", souligne le repreneur de la maison Guérin-Boutron. Pour récolter de l'argent, une grande soirée de gala a lieu ce samedi soir à l'hôtel Métropole, à Bruxelles. 

Mais son action est loin de s'arrêter à cette seule certification. Dans le futur, Johann voudrait réhumaniser la filière du cacao en Côte d'Ivoire et tout ce qui va autour. Il vise notamment une meilleure rémunération des travailleurs en "multipliant leurs sources de revenus. Cela pourrait passer par la culture d'arbres achetés à un juste prix, cultiver plusieurs plantations pour qu'ils puissent se nourrir, développer l'élevage de petit bétail dont les excréments pourraient nourrir les champs, avoir accès à l'eau potable, à l'énergie verte, etc."

Sa vision inclut aussi de rendre le chocolat accessible au plus grand nombre et, ce, main dans la main avec la population locale. Un bâtiment à Abidjan est déjà prêt à accueillir un centre de formation pour les Ivoiriens qui voudraient apprendre à produire leur chocolat.