Bruxelles Plusieurs bourgmestres estiment que publier des informations sur l’amiante provoquerait un climat anxiogène.

L’amiante est un sujet tabou. Rien que de prononcer son nom rappelle les ravages que cette variété fibreuse a pu causer à Bruxelles et ailleurs en Belgique. C’est la raison pour laquelle les bourgmestres sont réticents à l’idée de communiquer les inventaires amiante.

À l’occasion de la rentrée des classes, nous vous annoncions qu’uniquement deux communes sur les 19 bruxelloises respectaient la norme exigée par Transparencia de publier leur inventaire amiante sur leur site.

À Woluwe-Saint-Pierre, Cécile Vainsel, tête de liste au PS, déplore le manque de communication de la part de la majorité à ce sujet. "Il y a de l’amiante dans tous nos bâtiments, comme dans toutes les communes ou presque", explique-t-elle. "Ce que je trouve dommage, c’est qu’il n’y a aucune communication simplifiée et pédagogique pour expliquer aux gens que ce n’est pas dangereux. Il faut les rassurer."

En tant que bourgmestre de la commune, Benoît Cerexhe (CDH) ne partage pas cet avis. "À partir du moment où je rassure les gens en disant qu’il n’y a aucune situation dangereuse en rapport avec l’amiante à Woluwe-Saint-Pierre, je ne vois pas pourquoi on devrait publier tout sur notre site. Ça ne ferait qu’amener un climat anxiogène. Les gens peuvent venir consulter nos documents à la commune sur rendez-vous."

Un avis partagé par Emir Kir (PS), bourgmestre de Saint-Josse, qui a décidé lui aussi de refuser la publication de ces informations sur le site de la commune. "Il y a une obligation légale d’avoir des inventaires amiante. Nous les avons. Je veux cependant rester très prudent avec la communication de ces informations, qui peuvent créer une peur inutile au sein de la population."

Jean-Pierre Fumière, membre de l’Association belge des victimes de l’amiante (Abeva), s’est intéressé au cas de Woluwe-Saint-Pierre. "Le plus important dans l’amiante, c’est de savoir où il est. Je ne pense pas qu’il y ait des problèmes sérieux d’amiante à Woluwe-Saint-Pierre, mais je sens une réticence à communiquer, pour je ne sais quelle raison. Il faut impérativement que les travailleurs et employés des bâtiments aient connaissance des endroits où l’amiante est utilisé."

Du côté de Schaerbeek, on se prépare à la publication d’un document "digeste et accessible à tous", annonce le cabinet de Bernard Clerfayt (Défi), bourgmestre de la cité des Ânes. Ce dernier prévoit la publication de cet inventaire simplifié d’ici deux ou trois mois. "On ne pouvait pas publier ce document illisible qui nécessite des compétences que peu de gens ont pour déchiffrer quoi que ce soit."

C’est d’ailleurs ce qu’a fait Etterbeek, la première commune à avoir répondu positivement à la demande de Transparencia. Sur leur site, dans l’onglet "transparence", on peut donc trouver une liste claire et précise des bâtiments communaux contenant de l’amiante.Mathilde de Kerchove