Bruxelles Les églises dites du renouveau et prônant une approche plus littérale de la Bible sont aujourd’hui plus de 180 en Région bruxelloise.

"La Bible nous dit : si notre corps, notre cœur ou notre conscience nous condamne, Dieu est plus grand que notre cœur. Cela veut dire que Dieu voit plus que notre cœur ! Dieu est notre témoin. Il témoigne à notre cœur, et il nous dit des choses dont on est conscient. Si tu veux prier tu peux t’approcher… Si tu as besoin d’une seconde chance par rapport à ta vie d’intégrité, d’honnêteté, de droiture, de sainteté… je dis : il y a une nouvelle chance !", lance le pasteur Bienvenu Kukimunu, devant une centaine de fidèles subjugués et silencieux. Ce dimanche, l’homme d’église insiste lors de son prêche sur telle ou telle phrase, alterne les envolées lyriques et les silences. À ses côtés, un adolescent joue au piano une mélodie douce et calme. Dans le Zion Temple Celebration Centre, situé à Molenbeek, comme dans les autres églises évangéliques ouvertes ces dernières années en Région bruxelloise, les cultes sont rythmés, musicaux, et font participer activement les fidèles.

Depuis près de 20 ans, cette branche chrétienne prônant une approche littérale de la Bible a le vent en poupe. Un certain nombre d’églises évangéliques ouvrent ainsi chaque année leurs portes dans la capitale, que ce soit dans de simples habitations, d’anciens ateliers ou espaces commerciaux.

Le Conseil administratif du culte protestant et évangélique (CACPE) reconnaît aujourd’hui pas moins de 178 églises en Région bruxelloise, dont 140 font partie du Synode fédéral, la branche spécifiquement évangélique. "Il existe aussi d’autres églises qui ouvrent de leur propre initiative, et que nous ne connaissons pas", précise Geert W. Lorein, président du Synode fédéral.

Alors que, dans la capitale, les lieux de culte catholiques sont de plus en plus désertés, voire désacralisés, le nombre d’églises évangéliques ne peut répondre à la demande, surtout issue des communautés latino-américaine et d’Afrique centrale.

Dans les églises évangéliques, les fidèles viennent en famille et toutes les tranches d’âge sont présentes. "Ici, on a le privilège d’avoir un lien direct avec notre créateur. On reste dans l’intimité avec Dieu", résume Bosco, un habitant de Wemmel âgé de 28 ans. "Quand je peux, je viens aussi le mardi, sinon je commence à penser mal. Je me fortifie avec la parole de Dieu", insiste Marie-Louise, 43 ans, de Dilbeek.

Chaque mois , les fidèles de la paroisse sont invités à payer la dîme, soit le dixième de leurs revenus. "C’est normal ! Il faut aider la communauté selon ses moyens", sourit cette fidèle.

Un casse-tête pour les bourgmestres bruxellois

"C’est problématique ! La plupart de ces endroits sont inconnus et n’ont pas de permis d’urbanisme et d’environnement. La plupart ne sont donc pas en ordre du point de vue de la sécurité ! Il y a une double responsabilité : celle des propriétaires qui louent ces endroits, et celle des organisateurs !", explique le bourgmestre anderlechtois Eric Tomas (PS), au sujet des nombreuses églises évangéliques installées sur le territoire de sa commune. Des lieux de culte dont le nombre n’est donc pas connu avec précision par les autorités locales, un certain nombre étant ouvert dans de simples habitations ou des hangars. La multiplication du nombre de ces églises représente ainsi un véritable casse-tête pour les bourgmestres bruxellois, responsables de la sécurité des personnes sur le territoire de leur commune. En mai dernier, le bourgmestre jettois Hervé Doyen (CDH) avait fermé trois églises évangéliques africaines qui n’étaient pas en ordre sur le plan urbanistique. "Les trois sont, depuis lors, de nouveau ouvertes. Une des trois a lancé des démarches et il y a enquête publique. Les deux autres n’ont rien fait et ont déjà reçu des courriers de rappel et des mises en demeure. Si elles ne répondent pas, je les ferai de nouveau fermer", indique le maïeur humaniste.

“Il existe une forme de radicalisme chrétien”

Selon Caroline Sagesser, chercheuse à l’observatoire des religions et de la laïcité de l’ULB, la frontière entre églises évangéliques et sectes est parfois mince.

Le Conseil administratif du Culte protestant et évangélique (CACPE) reconnaît 178 églises à Bruxelles. Il y a deux branches, l’Epub avec 38 églises et le Synode fédéral avec 140 églises. Quelle est la différence ?

“L’Epub regroupe les églises protestantes historiques. Celles-ci ne voulant pas accueillir ces nombreuses églises évangéliques, c’est l’État fédéral qui a finalement contraint les deux branches à cohabiter sous la coupole du CACPE.”

Protestantisme et évangélisme sont des synonymes ?

“Toutes les églises se réfèrent bien évidemment aux évangiles, et certaines personnes ont tendance à gommer leurs différences, mais celles-ci sont bien réelles ! Les églises dites évangéliques sont généralement plus conservatrices sur les questions éthiques comme l’homosexualité, l’avortement ou l’euthanasie par exemple. C’est cette deuxième branche qui est en pleine expansion.”

Comment expliquer ce phénomène ?

“Il y a une double dynamique : un succès au sein de la population immigrée et le fait que de nombreuses personnes souhaitent redécouvrir leur foi, sont plus exigeantes et plus pratiquantes. Au sein des paroisses, une grande implication des fidèles est demandée, également d’un point de vue financier. C’est pour cela que de nombreuses églises évangéliques n’ont pas besoin d’être reconnues par les autorités publiques.”

Comment définir l’évangélisme ?

“Le premier critère, c’est l’existence d’une forme de littéralisme par rapport au texte biblique. Des éléments comme les miracles sont pris au pied de la lettre. Dans les autres églises protestantes, il s’agit plus volontiers d’une image, d’une métaphore. Il y a également l’intensité de la foi.”

Comment expliquer le succès des églises évangéliques au sein des communautés immigrées ?

“L’église et la communauté paroissiale permettent aussi de se retrouver entre soi. Cela participe à la vie sociale.”

Lors d’une conférence, vous faisiez fin 2016 un parallèle avec le fondamentalisme islamique…

“Il y a des parallèles : une sorte de radicalisme et les églises sont dans les mêmes quartiers que les mosquées. Ce sont des églises qui peuvent présenter un danger pour les fidèles. La différence est que ce radicalisme chrétien n’est pas perçu comme une menace pour l’extérieur.”

Un danger pour les fidèles ?

“Dans certaines églises, on peut par exemple attribuer des vertus médicales à la prière.”

Certains font le parallèle entre les églises évangéliques et les sectes…

“En 1999, il y a eu une commission d’enquête sur les sectes et un certain nombre d’églises évangéliques avaient été auditionnées. La frontière est très délicate à établir. C’est le cas pour des communautés d’autres cultes également.”