Bruxelles Le gérant d’un magasin de vélos schaerbeekois s’insurge de cette pratique qui nuit à son commerce

À l’heure où les autorités régionales tentent d’inciter les automobilistes à délaisser leur voiture au profit du deux-roues, le vol de vélos constitue un fléau contre lequel il est bien compliqué de lutter... et qui dissuade bon nombre de Bruxellois de franchir le pas. Un phénomène d’autant plus dur à enrayer que les voleurs sont particulièrement bien organisés.

Selon un commerçant schaerbeekois bien informé, bon nombre de vélos volés sont revendus chaque dimanche matin lors de la brocante implantée sur le marché matinal, Mabru, qui se tient de manière hebdomadaire au quai des Usines, à Bruxelles-Ville. "Le marché matinal, c’est le paradis du trafic de recel de vélos volés ! Chaque dimanche matin, v ous arrivez à 6 h à la brocante du marché matinal et là, des exposants vous proposent des vélos de qualité pour seulement 50 à 100 €. Le système est rodé et les revendeurs ne sont pas stupides : les vélos sont bien souvent volés en Flandre et revendus à Bruxelles, et vice versa", explique Carlos Venegas, qui tient depuis 25 ans un magasin de vélos sur la place Colignon, à Schaerbeek.

"Les revendeurs agissent en toute impunité car les exposants présents à la brocante ne sont pas contrôlés. Il semble que ce chaînon fasse partie de toute une mafia de trafic de recel de vélos volés. On voit régulièrement des vélos revendus avec des traces d’effraction suite à la casse du cadenas. Par ailleurs, il est fréquent que des clients viennent faire des réparations dans mon magasin et lorsqu’on leur indique le prix à payer, ils s’étonnent de constater que le montant demandé est plus élevé que le prix d’achat du vélo... On leur demande ensuite où est-ce qu’ils l’ont acheté et ils nous indiquent le marché matinal", poursuit Carlos Venegas.

Il déplore l’absence de contrôle au marché matinal, ainsi que la concurrence déloyale engendrée par cette situation. "Les gens, pensant faire une bonne affaire, préfèrent se rendre à la brocante pour acheter leur vélo car c’est moins cher. Mais cela nous porte préjudice, d’autant que nous subissons déjà la concurrence des grandes surfaces", conclut-il.

Contactés, les organisateurs du marché matinal et de la brocante disent ignorer ce genre de pratiques, les brocanteurs étant des indépendants.

Généraliser le système du vélo pass

Cette solution permettrait de lutter contre la problématique du vol de vélos, estime le Gracq

Sur l’ensemble de l’année 2016, quelque 3.234 vélos volés ont été enregistrés en région bruxelloise, contre 2.795 en 2015, soit une augmentation de 15 %. Ces chiffres ont été communiqués par le ministre-président Rudi Vervoort (PS) à la suite d’une question du député bruxellois Jef Van Damme (SP.A).

Il faut toutefois noter que trois communes montrent une diminution de vols en 2016 par rapport à 2015, il s’agit de Koekelberg, Evere et Ganshoren. Les deux communes dont l’augmentation est de plus de 50 % sont Ixelles et Jette.

"Trop peu de vélos sont encodés avec un numéro unique. Cet encodage est non seulement un obstacle au vol mais il permet également de restituer le vélo à son propriétaire lorsqu’il est retrouvé, indique Rudi Vervoort. Ainsi, sur la période du 1er janvier 2016 au 30 juin 2017, 183 vélos ont été retrouvés, soit 3 % des vélos volés au cours de cette même période. Près de la moitié de ces vélos (48 %) a été retrouvée dans trois communes : Bruxelles-Ville, Ixelles et Woluwe-Saint-Lambert. Ils ont pu être restitués à leur propriétaire. Promouvoir le gravage ou autre technique pour identifier parfaitement les vélos reste donc une bonne mesure de prévention."

Afin de lutter contre cette problématique, Vélo Pass, un nouveau système d’identification des vélos, a été lancé début mars par Traxio, la fédération du secteur automobile et des secteurs connexes. "Concrètement, le Vélo Pass est un numéro d’identification unique, couplé à un code QR, à apposer sur le cadre. Ce numéro est associé à une base de données permettant d’identifier le vélo : type, marque, année, caractéristiques, etc." , explique Aurélie Willems, secrétaire générale du Gracq, l’association des cyclistes quotidiens, qui plaide pour la généralisation de ce système pour l’ensemble de la région bruxelloise.

A. F.