Bruxelles La nouvelle création de ce metteur en scène bien connu est presque systématiquement refusée par les salles de spectacle bruxelloises.

La nouvelle création de la troupe de théâtre Voyageurs sans bagages, intitulée L’être ou ne pas l’être (voir ci-contre), est à voir ce samedi et dimanche à la Maison des cultures de Molenbeek. Une pièce qui a également été programmée en février dernier à l’espace Magh, dans le centre-ville, et qui a rencontré un beau succès.

Le metteur en scène Mohamed Allouchi est bien connu de la scène bruxelloise. Sa troupe de théâtre a notamment remporté le prix du Bruxellois de l’année en 2012 grâce à sa création La vie, c’est comme un arbre. Cette pièce évoquait la question de l’accès au travail pour les populations immigrées.

Mais la dimension sociétale présente dans l’ancienne pièce ne se retrouve pas dans la nouvelle création qui revisite les textes shakespeariens en leur faisant côtoyer des éléments de la pop culture. Et désormais, Mohamed Allouchi éprouve les plus grandes peines à faire programmer sa pièce ailleurs que dans les deux salles de théâtre précitées.

"On se sent déconsidérés ! J’ai l’impression que la seule fois où nous sommes considérés dans le milieu de la culture en Région bruxelloise, c’est quand on polémique sur la communauté musulmane, sur la question du djihad ou de la radicalisation comme c’était le cas pour la pièce à succès d’Ismaël Saidi, ou pour notre ancienne création", explique Mohamed Allouchi.

Aujourd’hui, le metteur en scène pousse un petit coup de gueule contre ces nombreuses salles de spectacle qui ne daignent pas répondre aux demandes de programmation. "Dans notre nouvelle pièce, on fait un pied-de-nez en interprétant du Shakespeare revisité, sur un ton plus léger, avec notamment le comédien Rachid Hirchi qui interprète le roi Richard III. Notre troupe est composée de neuf comédiens, tant d’origine maghrébine que belge. Mais, bizarrement, la troupe est associée à la communauté du metteur en scène et si on ne vient pas avec des sujets qui remettent en question le fonctionnement de la communauté musulmane, nous ne sommes pas acceptés", déplore Mohamed Allouchi.

À titre d’exemple, le metteur en scène a contacté une cinquantaine de salles de spectacles, avec autant de refus. "J’ai bien reçu votre mail et ai pris connaissance de votre projet. Sans remettre en cause la qualité de celui-ci, je ne souhaite pas l’inclure dans la programmation", a par exemple répondu Joëlle Keppenne, la directrice du théâtre Marni à Ixelles.

Contactée par nos soins, la directrice déclare recevoir une vingtaine de demandes de programmations par jour et qu’elle n’a dès lors pas toujours le temps d’argumenter sur les raisons du refus. "Sa pièce rencontre certes un beau succès, mais le sujet ne cadre pas avec notre ligne de programmation", a commenté Joëlle Keppenne, visiblement agacée.

"Un hymne à l'ouverture"

"Notre nouvelle pièce est véritablement un hymne à l’ouverture", s’exclame Mohamed Allouchi, en évoquant sa nouvelle création L’être ou ne pas l’être. Cette pièce explore, avec fougue et humour, les textes shakespeariens en les mêlant à des éléments de la pop culture."À travers les grands thèmes qu’il aborde, ce spectacle moderne démontre l’intemporalité de l’œuvre de Shakespeare", ajoute le metteur en scène. Et ça marche, puisque chaque représentation affiche complet et ravit les nombreux visiteurs présents en masse. Les prochaines programmations auront donc lieu ce soir et demain.