Bruxelles Bruit, insécurité, difficultés de mobilité : les résidents du Canler, immeuble du CPAS pour personnes âgées ont la vie dure depuis la mise en place du piétonnier.

"Excusez-moi, je suis très fatiguée. Je dors très mal", nous avertit d’emblée Ilse Niemann, 72 ans. Il faut dire que cette habitante de la résidence Canler, un immeuble du CPAS de la ville de Bruxelles dédié aux personnes âgées, n’arrive plus à fermer l’œil depuis la mise en place du piétonnier. Son appartement donne sur le boulevard Anspach, en face de l’Ancienne Belgique.

"Il y a beaucoup de bruit. Ce sont les gens qui sont attablés sur le mobilier en bois. Cela crie, il y a des bagarres, des pétards. Jusqu’à minuit, ça va. Mais souvent, c’est toute la nuit. Je n’appelle plus la police car ils me disent qu’ils ne savent rien faire. Il faut que je change d’appartement", explique Ilse Niemann, qui habite au 1er étage.

Sa sœur habite aussi cette résidence qui compte 82 appartements. Elle est au 5e du côté de la rue Saint-Géry, moins touchée par le bruit. "Le problème, c’est plutôt les klaxons. Les camions empruntent la rue mais elle est trop étroite et ils ne savent pas tourner. Du coup, ils bloquent tout", relate Edith Niemann.

Plus grave pour les deux sœurs, le sentiment d’insécurité qui a envahi le quartier. "Après 17 h, je ne sors plus. J’ai peur", avoue Ilse. Et pour cause, l’ambiance a changé dans le quartier estiment les deux sœurs. Deux pensionnaires de la résidence ont été agressées en deux semaines. "Mon mari marchait dans la rue en début de soirée. Un type est passé à vélo et lui a asséné un coup de cutter pour couper le bracelet de sa montre. Au passage, il a eu le bras entaillé et l’individu ne s’est même pas arrêté pour ramasser la montre, il s’est enfui", n’en revient pas Edith, dont le mari a des problèmes de cœur.

Henriette De Paepe, 89 ans, est l’une des doyennes de la résidence. Pour la petite-fille de César De Paepe qui habite depuis 34 ans dans l’immeuble, "tout a changé ces derniers temps. Il y a beaucoup plus de bruits et les gens ont changé. Il y a bien plus de soûlards, de va-nu-pieds qui prennent les tables en bois pour des lits", explique cette joueuse de pétanque qui aurait aimé que l’on place une piste près de la résidence plutôt qu’une rampe de skateboard.

Toutes trois ont également désormais de grande difficulté à se déplacer depuis la mise en place du piétonnier. Les places pour handicapées ont été supprimées devant l’entrée de la résidence au Borgval numéro 2. Autre problème, les taxis n’arrivent plus jusqu’à la résidence et lorsqu’on leur donne un autre rendez-vous à proximité, ils se perdent dans les méandres du nouveau plan de circulation. "Je devais aller à Erasme, j’ai attendu deux heures qu’il arrive. Finalement, j’ai abandonné et j’allais rentrer chez moi quand j’ai croisé une voisine qui m’a très gentiment accompagnée en bus", explique Henriette.

Et si les taxis ont de plus en plus de mal à circuler dans le Pentagone, il en va de même pour les proches des personnes âgées. "Les visites se font plus rares. C’est plus compliquer pour les enfants, les frères ou les sœurs de venir", conclut Henriette.


Plateform Pentagone : "Nous ne sommes pas des gnagnagna"

Plateform Pentagone : "Nous ne sommes pas des gnagnagna"En février 2015, Platform Pentagone introduisait un recours devant le Conseil d’État à l’encontre du nouveau plan de circulation de la Ville de Bruxelles principalement parce que le plan n’avait pas fait l’objet d’une étude d’incidences. La ville a déjà répondu aux arguments et on attend dès lors l’avis de l’auditeur du Conseil d’État, qui n’a pas de délai strict pour se prononcer.

La plateforme justifie ce recours. "On nous fait passer pour des gens jamais contents, des gnagnagna comme dit l’échevin Courtois. Mais ce recours était notre dernier choix. Nous regroupons plusieurs associations et comités de quartier, ce n’est pas rien… Mais la Ville essaye systématiquement de nous discréditer lorsque l’on fait part de nos inquiétudes quant à la mise en place du piétonnier. On nous a traités de secte ou même d’hystériques", commente Marie-Anne Swartenbroekx, de la plateforme.

"Or, nous, nous demandons juste d’ouvrir un débat avec tous les gens qui se sentent concerné. Nous ne voulons pas avoir un point de vue dogmatique mais juste proposer une ville pour tous et pas seulement confisqué par le privé, comme la ville semble le souhaiter", ajoute Isabelle Marchal, un autre membre de la plateforme.