Bruxelles

Jan Fabre, Félicien Rops, Jo Delahaut... Les animaux, la fumée de cigarette et la cuisine interdits à proximité de l'oeuvre.

Le Musée d'Ixelles, fermé pour rénovation jusqu'en 2021, lance samedi une opération inédite pour valoriser ses collections pendant les travaux. Il propose à ses voisins d'héberger chez eux une oeuvre pour en devenir "les ambassadeurs" le temps d'un week-end. Buste en bronze pour les uns, pastel impressionniste ou tableau abstrait pour les autres: dix familles du voisinage du Musée d'Ixelles se sont portées volontaires pour cette première expérience d'hébergement, samedi et dimanche.

L'idée a germé au sein de l'association belge Patrimoine à Roulettes, qui dit vouloir "sortir le patrimoine de la poussière" et le mettre en valeur de manière novatrice.

Elle a facilement convaincu la direction du musée qui cherchait une action pouvant s'inscrire dans un projet public de développement urbain. Ixelles est une commune bruxelloise de près de 90.000 habitants, célèbre pour plusieurs sites, notamment ses étangs, son cimetière et son haut lieu congolais de Matongé.

Dans ce quartier densément peuplé de la capitale européenne, "on voulait mettre à disposition des oeuvres chez les habitants afin qu'ils se les approprient et deviennent à leur tour des ambassadeurs du musée auprès de leur famille et de leurs amis", explique à l'AFP Yves Hanosset, de Patrimoine à Roulettes.

"L'objectif est de faire ça six fois au total (sur six week-ends) en trois ans, une fois en juin, une autre en décembre", ajoute-t-il. Chaque fois dix nouveaux "lieux de vie" accueilleront autant d'oeuvres choisies parmi les quelques 13.000 pièces du musée, balayant quatre siècles d'art, du 17e à nos jours.

Pour cette première des 23 et 24 juin, le musée proposait aux familles "accueillantes" une sélection de 40 oeuvres au sein de laquelle faire leur choix. Il en est ressorti un mélange éclectique de créations de Jan Fabre, Félicien Rops ou Jo Delahaut, que le public pourra découvrir en allant d'une maison à l'autre dimanche (le samedi est réservé aux proches).

Dans sa maison de 1875, Marianne Mesnil, anthropologue, ex-enseignante à l'Université libre de Bruxelles (ULB), fera découvrir la "Femme épinglant son chapeau" du peintre impressionniste belge George Morren (1901), rappelant le travail d'Auguste Renoir. Cette retraitée a voulu un tableau s'intégrant bien dans le décor de sa maison ancienne "un peu de l'époque de ces tenues et toilettes", et elle proposera à ses visiteurs de décorer des chapeaux avec des fleurs.

Une pianiste d'origine africaine habitant le quartier a de son côté choisi un tableau montrant une femme jouant au piano. Elle a proposé à ses amis musiciens de prendre leur instrument pour une jam session samedi.

"On sert de déclencheur et les gens s'approprient le tableau et donnent libre cours à leur créativité", souligne Yves Hanosset.

"Faire sortir le musée du musée et créer cette interaction entre les habitants du quartier je trouvais cela sympathique", témoigne Marianne Mesnil, jointe par l'AFP. Une des conditions posées par les assureurs du musée pour rendre possible l'opération était qu'elle se limite à un hébergement de jour. L'oeuvre, installée le matin, sera retirée pour la nuit. La fumée de cigarette, la présence d'animaux ou le fait de cuisiner à proximité de l'oeuvre seront interdits par précaution.