Bruxelles La commune de Ganshoren déplore l’absence, dans le PRDD, de projet d’envergure sur son territoire.

Ganshoren ne bénéficiera-t-elle d’aucun grand projet structurel d’ici à 2040 ? C’est en tout cas ce que déplore l’avis remis par la commune concernant le plan régional de développement durable (PRDD) du gouvernement bruxellois. "Compte tenu du faible nombre de dispositions prévues au bénéfice de ses habitants et de son territoire et considérant que le seul projet concrètement planifié, la halte RER Ganshoren Expo, est en inadéquation avec ses besoins et menace la qualité de vie de ses habitants et la zone Natura 2000, la commune ne peut émettre un avis favorable sur l’ensemble du projet de PRDD", lit-on en conclusion.

Les conseillers communaux regrettent, entre autres, qu’aucun contrat de rénovation urbaine 2016-2021 ne soit prévu sur le territoire de Ganshoren et que la zone de revitalisation urbaine voisine, à Koekelberg, s’arrête exactement à la frontière de Ganshoren, au beau milieu d’un îlot.

"Lors de la présentation du PRDD par l’administration le 31 janvier au conseil communal, il y a d’abord eu un PowerPoint pour la vision du PRDD dans son ensemble. Et puis au moment de faire un focus sur Ganshoren, il y a eu un slide blanc. Du coup, les personnes de l’administration ont listé les projets situés dans les communes voisines…", raconte le conseiller communal Stéphane Obeid (MR) estimant que cette anecdote résume le manque d’investissement prévu dans l’entité.

"Le dernier projet régional sur le territoire de la commune remonte au début des années 90 avec Eric André. Il s’agissait du réaménagement des abords de l’avenue Charles Quint", précise-t-il.

De façon plus générale, le jeune libéral estime que le Nord-Ouest de Bruxelles est le parent pauvre des politiques régionales. "L’indication Nord-Ouest a disparu de la boussole du gouvernement bruxellois. Sans doute parce qu’aucun ministre ne vient de cette zone. Dans le PRDD, il n’y a aucun pôle de développement prioritaire dans le Nord-Ouest excepté dans le sud de Molenbeek. Pour les zones piétonnes, le PRDD mentionne uniquement la place du Miroir dont le chantier s’achèvera cet été. Il ne s’agit donc pas d’un projet à long terme."

Pour Stéphane Obeid, c’est en matière de mobilité qu’il y a les plus grandes lacunes. "Alors qu’un tiers des navetteurs traversent les communes du Nord-Ouest, le PRDD qui prévoit de réduire les flux entrants de 20 % ne prévoit rien là-bas. Sans compter que l’élargissement du Ring Nord prévu par la Flandre pourrait entraîner une hausse du nombre de voitures. On n’évoque même plus la prolongation du tunnel Léopold II sous Charles Quint alors que c’était énoncé dans le plan Iris II de 2010. Quant au métro, le PRDD parle seulement d’étudier en 2040 la possibilité de prolonger le métro jusque Grand-Bigard… J’invite Rudi Vervoort à passer une journée dans le Nord-Ouest. Je lui ferai respirer le matin l’air sur l’avenue Charles Quint où il n’y a aucune antenne pour mesurer la pollution. J’en profiterai pour lui rappeler qu’il y a encore 19 communes au sein de la Région", conclut le jeune élu.

Une zone de police sous financée

Le Nord-Ouest de Bruxelles se sent également discriminé en matière de sécurité. En début d’année, une motion demandant aux gouvernements fédéral et bruxellois de revoir la dotation accordée à la zone de police Ouest a ainsi été adoptée à l’unanimité par le conseil communal de Molenbeek. Selon cette motion déposée par Jef Van Damme (SPA), la dotation fédérale moyenne s’élève à 96€ par habitant contre seulement 60€ pour la zone Ouest. Depuis 2013, elle n’a augmenté que de 0,54 % alors que la dotation communale a crû de 4,38 % malgré les difficultés financières des communes de la zone. Quant à la dotation régionale, elle s’élevait à 4,9 millions d’euros en 2016, ce qui en fait la zone la moins financée de la Région.

Des écoles bientôt saturées

Selon une étude concernant le manque de places dans les écoles secondaires bruxelloises commandée par la Fédération Wallonie-Bruxelles, les communes les plus touchées par ce phénomène seront celles du Nord-Ouest. Ainsi, il manquera, en 2022, 470 places à Jette, 167 à Molenbeek, 182 à Ganshoren ou encore 205 à Koekelberg. Quant au rapport entre le nombre de places d’accueil et le nombre d’enfants âgés de moins de 3 ans sur le territoire, soit le taux de couverture, il n’est pas très élevé dans cette zone de la Région bruxelloise. Alors que la moyenne régionale est de 0,33 place par enfant, Jette peut compter sur 0,27 place; Molenbeek sur 0,17 place et Koekelberg sur 0,15 place.

Pas assez de solutions de mobilité

Malgré une densité de population élevée, les communes du Nord-Ouest ne sont pas forcément les mieux desservies en matière de transports publics. Selon l’Institut bruxellois de statistique et d’analyse (Ibsa) - qui a estimé la part de la population vivant dans un certain rayon autour d’un arrêt de transport en commun -, des quartiers comme Ganshoren Centre ou Potaarde à Berchem sont en dessous de la moyenne régionale. Les communes de Berchem, Ganshoren et Jette se trouvent également en dehors de la zone de free-floating, soit le périmètre où il est possible d’utiliser des systèmes de véhicules partagés sans station fixe, comme DriveNow, Zipcar ou encore Scooty. En ce qui concerne le vélo, on constate que le Nord-Ouest n’a pas été délaissé par Villo! puisqu’on y dénombre 50 stations, soit 14 % du total de la Région bruxelloise. Par contre, en 2016, aucun des 26 lieux de comptage pour les cyclistes ne se trouvait dans les communes du Nord-Ouest.