Bruxelles Cela fait des années que l’édifice attend un relifting en profondeur.

L’immense palais de justice de Bruxelles est un bâtiment emblématique à bien des égards. Cela fait toutefois des décennies qu’il vit entouré d’échafaudages et sa rénovation devrait encore durer des lustres. S’il a été décidé, en 2016, d’y maintenir les activités judiciaires que le gouvernement fédéral avait sérieusement songé à déménager ailleurs, il est encore loin le temps où les acteurs du monde judiciaire pourront y travailler dans des conditions confortables et le public profiter d’infrastructures modernes et agréables.

C’est ce que regrette Me Jean-Pierre Buyle, président d’Avocats.be et cheville ouvrière de la fondation Poelaert, une émanation du barreau de Bruxelles œuvrant à l’aménagement du palais en particulier et de la place Poelaert en général. "Des choses bougent (NdlR : voir ci-dessous) mais on peut regretter qu’il n’y ait actuellement pas de budget, ni de pilote, pour faire avancer les travaux, certes importants, qui donneront enfin le cachet qu’il mérite à l’édifice."

Selon Me Buyle, il y a longtemps qu’aucun ministre compétent (NdlR : le palais dépend du ministre de la Justice mais surtout de celui de l’Intérieur, qui contrôle la Régie des bâtiments) n’a eu "une sensibilité bruxelloise forte". C’est ainsi, relève-t-il, qu’"on a trouvé 320 millions pour rénover l’ancien palais de justice d’Anvers et construire le nouveau, que des budgets importants ont été alloués aux palais de justice de Bruges, Gand, Courtrai, Mons, Liège ou Namur (dont coût 85 millions) mais que quasi rien n’a été fait, depuis la fin de la guerre, pour celui de Bruxelles".

Me Buyle regrette notamment qu’il n’y ait plus de conservateur dédié au bâtiment. "Le patron de la Régie des bâtiments est censé le gérer mais il doit s’occuper de dizaines d’autres édifices." Résultat : pour rendre le palais totalement opérationnel, autrement dit le rénover, le sécuriser, l’équiper de moyens informatiques et robotiques performants, y installer des systèmes de vidéo-conférence et des dispositifs de sécurité modernes, il faudra, aux dires du ministre de la Justice, Koen Geens (CD&V), plus de vingt ans. Et selon le ministre de l’Intérieur, Jan Jambon (N-VA), il s’agira de débloquer un budget de 100 millions d’euros pour mener tous ces travaux à bien.

Pour Me Buyle, il est d’autant plus décevant que les choses traînent à ce point qu’on pourrait réaliser des économies substantielles en ramenant au sein du palais des instances qui occupent des immeubles voisins et coûtent cher en frais de location. "Je pense au parquet, aux juges d’instruction et aux juges de la jeunesse qui sont hébergés au Portalis, aux chambres civiles du tribunal de première instance et au Collège des procureurs généraux qui sont logés au Montesquieu, au tribunal de commerce et au Collège des cours et tribunaux qui occupent le Themis. Il y aurait moyen de rapatrier la moitié de ces juridictions dans le grand palais et cela permettrait d’économiser 10 millions d’euros par an."

La Fondation Poelaert et les barreaux francophone et néerlandophone de Bruxelles préparent un memorandum qui sera remis au gouvernement avant les élections fédérales de mai 2019. Mais d’autres initiatives, de nature culturelle, qui, toutes, insistent sur l’importance symbolique du palais vont voir le jour. On veut parler d’un livre illustré réalisé par 50 artistes belges de renom, d’un ouvrage sur l’histoire du palais, d’une BD de François Schuiten et, peut-être, d’un spectacle consacré à la vie et à l’œuvre de Joseph Poelaert, le père de cette œuvre architecturale hors normes.

La fin des échafaudages en 2032...

Toutes celles et tous ceux qui se sont rendus une fois dans leur vie au palais de justice de Bruxelles, pour y affronter la justice ou pour visiter l’un des hauts lieux du tourisme bruxellois, ont été marqués, plutôt négativement, par la gangue d’échafaudages qui emprisonne le bâtiment. Ce n’est pas demain qu’ils disparaîtront mais les choses sont en train d’évoluer, comme nous l’a confié Me Jean-Pierre Buyle. "Un marché public a été ouvert en vue de désigner un service d’études chargé de choisir le bureau d’architectes qui réalisera le plan lumière censé adapter les échafaudages aux futurs travaux de rénovation du palais. D’ici les vacances de 2019, le choix devrait être fait." Une fois ce travail réalisé, on pourra s’attaquer à la rénovation des façades de l’immeuble qui développent un kilomètre de long. Les travaux commenceront par la façade principale. On s’attaquera ensuite aux trois autres façades. Dont coût : une bonne septantaine de millions d’euros pour un chantier qui devrait durer jusqu’en 2032.