Bruxelles Empêtré dans des problèmes financiers et logistiques, le White Star s’apprête à disparaître.

Sauf coup de théâtre improbable, la raclée subie face à une P1 lors d’un match de Coupe organisé dare-dare à… Schaerbeek le 13 août dernier aura été le dernier match officiel du White Star Bruxelles. Deux jours plus tôt, le club avait été éjecté du stade Machtens suite à un arrêté de police décrété par la bourgmestre, Mme Françoise Schepmans. Une décision qui n’avait rien d’étonnant, puisque le torchon brûlait depuis longtemps entre les autorités communales et John Bico, le patron du WSB.

Le club avait, en outre, de plus en plus de mal à joindre les deux bouts financièrement. Car outre ce problème d’ordre logistique qui empêchait ses membres de s’entraîner, des sommes impayées vis-à-vis d’anciens joueurs lui valurent une suspension d’activités sportives. Le quatrième forfait consécutif pour ce motif, en principe confirmé ce vendredi, devrait déboucher sur un forfait général pour toutes les formations du cercle étoilé.

Une fin qui survient dans l’indifférence générale, il faut bien le reconnaître. D’une part, parce que, aussi bien à Woluwe-Saint-Lambert qu’à Molenbeek, le club n’a jamais pu compter sur un gros soutien populaire, ni sur des sponsors en grand nombre. D’autre part, cela faisait longtemps qu’il ne faisait plus parler de lui que pour des motifs extrasportifs (conflits à répétition avec la commune et le RWDM, mais aussi avec l’Union belge, le Lierse, sans oublier les diverses suspensions d’activités sportives, etc.). Ce qui l’avait amené à multiplier les actions en justice, tantôt pour exiger réparation, tantôt pour se défendre. Des péripéties plus juridiques que sportives qui devenaient lassantes.

Repris en main il y a près de quatre ans et demi par des investisseurs représentés par le très controversé John Bico, ancien agent notamment de Franck Ribéry et de la fratrie Hazard, le club connut son point d’orgue trois ans plus tard, avec ce titre en D2 qui aurait dû l’amener en Jupiler Pro League, comme l’avait toujours promis John Bico. Mais ni lui ni son conseiller juridique de l’époque, Me Laurent Denis, n’avaient prévu qu’il serait recalé au niveau de la licence. Un sale coup dont le WSB ne s’est jamais remis.

Car au lieu de recevoir d’importants droits TV et d’accueillir Anderlecht, le FC Bruges ou le Standard, il dut en découdre deux échelons plus bas avec Deinze, Sprimont ou Oosterzonen. Des portes entrouvertes se refermèrent aussitôt. John Bico refusa pourtant d’abdiquer et monta une équipe susceptible de tenir la route à cet échelon du football belge, avec quelques jeunes encadrés par les Tchite, Koffi et autre Vergerolle. Mais son départ comme coach à l’Antwerp, où il ne tint que quelques semaines, marqua aussi la dégringolade de l’équipe première du WSB, reléguée quelques mois plus tard en D2 amateurs, soit dans la même série que l’encombrant voisin, le RWDM, bien plus puissant financièrement et poussé dans le dos par de nombreux supporters, ainsi que par les autorités communales, lesquelles avaient de plus en plus de mal à dialoguer avec John Bico. L’étau s’était resserré définitivement…

Chronologie

19 avril 2013 : un groupe d’investisseurs dubaïotes, le Gulf Dynamic Challenge, représenté par John Bico, reprend le White Star Woluwe, à l’agonie financièrement. Rapidement, le club est rebaptisé White Star Bruxelles, un nom jugé plus porteur commercialement.

Mai 2014 : le club annonce son déménagement au stade Machtens à Molenbeek; il est aussi tombé d’accord avec la commune pour partager les infrastructures avec le RWDM, qui a racheté le matricule du Standaard Wetteren et va relancer ses activités. La cohabitation va vite s’avérer compliquée.

30 avril 2016 : le WSB est sacré champion de D2, mais quelques jours plus tard, malgré une ultime tentative auprès de la CBAS, il ne reçoit pas la licence pour évoluer en D1 et est même rétrogradé administrativement en D1 amateurs.

11 août 2017 : la bourgmestre fait publier un arrêté de police interdisant aux membres du club l’accès au Machtens. Le WSB n’a plus d’infrastructures.

22 septembre 2017 : sauf miracle de toute dernière minute, le club est exclu de toutes les compétitions auxquelles ses différentes équipes sont inscrites. Il sera prochainement mis en liquidation, ce qui pourra retarder la procédure de radiation à l’Union belge.

Philippe Droeven (ex-T2, actuellement T1 à Ixelles) : "Bico ou Farin : c’était différent"

1. Quel sentiment vous inspire la disparition du White Star ?

" Je suis triste évidemment. J’ai travaillé pour ce club pendant 14 années, avec de grands moments sportifs, comme ces nombreuses montées. Et ça, personne ne pourra nous l’enlever. "

2. Vous avez connu deux patrons : Michel Farin et John Bico. Avec lequel préfériez-vous travailler ?

" C’était très différent : Michel Farin, c’était un copain de longue date. John Bico, j’ai appris à le connaître à partir du printemps 2013. Il a fait évoluer le club vers plus de professionnalisme. "

3. Avec si peu de public et de sponsors, le White Star était voué tôt ou tard à disparaître, non ?

" Sans doute, et sans John Bico, cela aurait déjà été le cas il y a quatre ans. Certes, Eric Bott, l’échevin des Sports de Woluwe-Saint-Lambert, aurait sans doute tout fait pour éviter que le nom White Star disparaisse à jamais, quitte à reprendre en P4. Mais John Bico et ses collaborateurs ont en tout cas eu le mérite d’essayer et on ne leur ôtera pas ce titre obtenu en D2 au nez et à la barbe d’Eupen et de l’Antwerp qui disposaient de beaucoup plus de moyens."

Quid de l'école des jeunes ?

Les principales victimes dans cette histoire, ce sont finalement les jeunes qui ont signé une affiliation au White Star avant son expulsion du stade Machtens. Si, à la commune, on prétend avoir tout envisagé, recaser tous ces gamins ne devant pas constituer un gros problème, l’avocat du White Star, Me Luc Vandenheede, se montre sceptique. "Je ne suis pas convaincu que tout ait été prévu à ce niveau", déclare-t-il, sans toutefois vouloir s’étendre davantage sur le sujet. Quant à l’Union belge, elle tient à faire savoir, par le biais de son porte-parole, Pierre Cornez : "Que tout club intéressé par l’un ou l’autre joueur peut en demander le transfert pour circonstances exceptionnelles." Avis aux amateurs…