Bruxelles La DH s’est penchée sur ce mystérieux activiste masqué qui lutte pour la propreté à Bruxelles.

Depuis deux ans, Adel, 27 ans et étudiant en communication digitale, décore la ville de son personnage emblématique Leo Not Happy, dès qu’une incivilité qui va à l’encontre de la propreté est commise. Cet activiste masqué organise aussi régulièrement des actions citoyennes de collecte de déchets. C’est dans ce cadre que les douze participants à la dernière collecte de mégots organisée ce mardi ont ramassé 6.500 mégots en une heure autour des étangs d’Ixelles.

Comment l’idée vous est-elle venue ?

"Avant de me lancer, je me posais beaucoup de questions sur la propreté à Bruxelles. Je ne comprenais pas pourquoi cette ville était aussi sale alors qu’il y a 19 communes, il y a la Région, etc. Donc j’ai décidé d’agir à mon échelle et de lancer cette page Facebook pour sensibiliser principalement les citoyens, mais aussi les pouvoirs publics."

Quel genre de message voulez-vous faire passer ?

"Je ne voulais pas tomber dans un message négatif de dénonciation. C’est pour cela que j’ai commencé à utiliser ce petit personnage cartonné Leo Not Happy, pour apporter une touche d’humour. Tout le monde peut s’identifier au personnage, alors que si je postais juste des photos de déchets dans les rues, j’aurais eu des commentaires négatifs comme ‘les gens sont des porcs ’ou ‘la commune ne fait rien.’ "

Quelle a été votre première action ?

"J’ai commencé à photographier mon personnage à côté de tas de déchets et je postais ça sur la page Facebook. Au bout d’un moment, les gens m’ont dit : ‘ Les photos c’est bien, mais ça serait encore mieux de se mobiliser. ’ Ce sont les citoyens qui m’ont poussé à organiser des collectes de déchets et de mégot. La première, c’était le 23 avril 2016."

Vous êtes suivi par près de 20.000 personnes. Quelle réaction avez-vous face à un tel engouement ?

"Je ne peux être que reconnaissant envers toutes ces personnes qui me suivent. Au début, quand je parlais de cette initiative à mon entourage, les gens me disaient que parler de déchets ce n’est pas racoleur, pas sexy… Et au final ça marche super bien parce que ça touche les Bruxellois. Ils en ont marre de cette situation et tout le monde veut que ça bouge."

Face à ce que vous faites, quelles sont les réactions des politiques ?

"Ils sont généralement assez positifs. Le but de cette initiative n’est pas de taper sur les doigts des pouvoirs publics. Il y a un gros problème à Bruxelles et il faut en comprendre la source et réunir nos forces pour résoudre le problème. J’ai été contacté par Fadila Laanan (PS) et Céline Fremault (CDH). Le fait que les politiques me sollicitent montre qu’ils sont assez perdus face à cette problématique. Ils ne savent plus comment sensibiliser, comment communiquer, et il faut oser innover, faire confiance aux projets citoyens comme le mien."

Qu’est-ce que vous pensez de la politique actuelle en matière de propreté ?

"Le problème à Bruxelles, c’est qu’il y a énormément d’acteurs de la propreté. Et donc c’est comme dans un travail de groupe, au plus on est au moins on fait… On va toujours se reposer sur l’autre. Les politiques rejettent la faute sur les citoyens qui jettent leurs déchets, et les citoyens renvoient la balle aux politiques qui ne font rien. Je pense tout simplement qu’une ville propre ce n’est pas celle qu’on nettoie le plus, mais celle qu’on salit le moins. En collaborant tous ensemble, il faut arriver à sensibiliser tout le monde à cette problématique."

Si vous voyez quelqu’un dans la rue jeter sa canette ou son mégot, comment réagissez-vous ?

"Je ne peux plus rester indifférent face à quelqu’un qui jette un déchet devant moi. Si quelqu’un jette son mégot, j’essaye toujours d’avoir des cendriers de poche sur moi, et je lui en propose un. J’essaye toujours de venir avec des solutions concrètes au lieu de rentrer dans le message moralisateur : ‘Ce que tu fais, ce n’est pas bien.’ "

Une action d'envergure nationale

Le 21 avril prochain, une opération de ramassage de mégots ne se limitera pas à notre capitale mais s’étendra sur tout le territoire belge. En effet, l’opération aura lieu dans cinq grandes villes de Belgique : à Bruxelles, Anvers, Liège, Namur et Ostende. À la fin du ramassage, un énorme tube gradué sera disposé au centre de chaque ville, ce qui permettra de calculer directement le nombre de mégots ramassés en quelques heures.

L’objectif sera de ramasser 300.000 mégots sur l’entièreté du territoire. "J’aimerais continuer à faire cela à une échelle moins locale, mais il faut voir dans quelle mesure cela peut être faisable, parce que je fais ça bénévolement et ça me prend beaucoup de temps. Mon ambition est de réaliser de telles actions dans plusieurs villes en Europe, avoir un clean up de cigarettes dans plusieurs villes en même temps : Strasbourg, Paris, Londres, Amsterdam, Berlin…"