Bruxelles Dans sa dernière publication, Brussels Studies dresse une série de constats sur le piétonnier, plus de 2 ans après son instauration.

Alors que les travaux de réaménagement du piétonnier s’apprêtent, enfin, à démarrer, l’heure est venue pour Brussels Studies Institute (BSI) de dresser la liste des principaux défis qui restent encore à relever dans cet épineux dossier. Les chercheurs Michel Hubert, Eric Corijn, Julie Neuwels, Margaux Hardy, Sofie Vermeulen et Vaesen ont rendu publique ce lundi leur dernière publication intitulée Du grand piétonnier au projet urbain : atouts et défis pour le centre-ville de Bruxelles.

Selon les auteurs, le projet de rénovation du centre-ville bruxellois est confronté à quatre défis majeurs : expliciter et atteindre les ambitions de l’aménagement de l’espace public, renforcer les liens du projet avec les autres dynamiques à l’œuvre à l’échelle régionale et métropolitaine, augmenter l’adhésion au projet et confirmer le changement de paradigme lié à la mobilité.

Alors que l’actuel plan d’aménagement de l’espace public piétonnisé propose une division des boulevards centraux en une séquence d’espaces portant chacun un nom spécifique et désignant chacun une ambiance, les auteurs avancent que ces structures ne peuvent pas réguler totalement les comportements des différents usagers. "Un aménagement trop déterminé implique un risque de surappropriation de certaines zones par certaines catégories socioculturelles, de genre, de génération, etc. Une intervention publique est donc nécessaire pour assurer un certain équilibre permettant la cohabitation entre le marchand, le politique et l’esthétique dans l’espace public ", indiquent les chercheurs.

Quant au projet de ville sous-entendu par l’ancien bourgmestre de Bruxelles-Ville Yvan Mayeur (PS), à l’origine de la piétonnisation des boulevards centraux, celui-ci n’apparaîtrait pas assez clairement dans les communications de la Ville. Outre les enjeux locaux, des connexions devraient, selon le BSI, s’établir entre l’hypercentre et les projets bruxellois stratégiques, comme par exemple le plan Canal ou les développements de la gare du Midi. "Le piétonnier peine à s’intégrer à une politique de mobilité pensée à l’échelle régionale ou métropolitaine. Celui-ci n’est pas, ou faiblement, connecté aux autres espaces réaménagés en zone piétonne et de rencontre à Bruxelles."

Assurer l'attractivité résidentielle

Troisième challenge à relever, et il est de taille quand on connaît le nombre de recours qui ont déjà été introduits contre le piétonnier : réussir à rassembler les Bruxellois autour du projet urbain. Une volonté déjà affichée par le nouveau bourgmestre de la Ville Philippe Close (PS). Pour y parvenir, selon les auteurs, les trois mots d’ordre sont : communication, coproduction et transparence.

Enfin, le dernier défi consiste à confirmer le changement de paradigme, à savoir "passer d’une ville utilitaire pensée pour le transit automobile à une ville façonnée pour ses habitants". Cependant, aujourd’hui encore, la piétonnisation du centre semble contrainte par la présence de parkings et non l’inverse. Un changement de paradigme qui doit parvenir à s’équilibrer avec un autre objectif poursuivi par la Ville : celui de redynamiser l’activité économique du centre. Pour cela, les auteurs avancent qu’il est nécessaire d’agir sur et par le logement et ce, afin d’assurer l’attractivité résidentielle.