Bruxelles

Ce jeudi matin, 150 personnes ont marché dans les rues du quartier Nord pour honorer la mémoire d'Eunice, une prostituée assassinée la semaine dernière.

"She goes, she goes, we wish her peace..."

C'est dans une ambiance chargée d'émotions et accompagnée de chants traditionnels nigérians que la mémoire d'Eunice, travailleuse du sexe assassinée le 5 juin dans la rue de Linné à Schaerbeek, a été honorée. Démarrant rue des Plantes, devant les locaux de l'ASBL Espace P., une association qui accompagne les prostituées, la marche à laquelle 150 personnes, rose à la main, ont participé, était menée par une dizaine des consœurs nigérianes de la victime, toutes masquées. L'hommage s'est terminé devant le carrée d'Eunice au numéro 130 de la rue, où tous les acteurs du secteur, amies, et collègues d'Eunice se sont recueillis en chanson, puis en silence. "C'est notre sœur et elle est partie.Ça aurait pu être n'importe laquelle d'entre nous...C'est injuste et nous voulons juste qu'on nous laisse tranquille", déplore une collègue masquée d'Eunice en pleurant.

Cet événement tragique est une triste piqûre de rappel du climat d'insécurité qui règne dans le quartier Nord où cohabitent prostitution, deals, et riverains. "Ce sentiment d'insécurité se manifeste aujourd'hui par un véritable drame. Mais tous les jours, les TDS (Travailleuses Du Sexe) subissent des violences verbales et physiques, et personne ne fait rien. Nous aimerions que ce quartier soit surveillé, qu'il y ait une réelle présence policière, et pas juste des agents en civil. Il faut une police de proximité, qui connaît les habitants et TDS du quartier, une présence qui apaise les tensions", déclare Isabelle Jaramillo, porte-parole de l'ASBL Espace P. "Je suis né à Saint-Josse, et je suis actuellement propriétaire ici. C'est malheureux ce qui est arrivé à cette femme, mais la commune de Saint-Josse et les policiers ne font rien pour nettoyer ce quartier. Les commissariats font semblant d'agir mais ce n'est que de la façade. On est tous des victimes de ce quartier", s'est exclamé Bayram Tokail, un riverain, du pas de sa porte.

Sur place, les différentes associations du quartier et qui suivent les prostituées étaient présentes, pour rendre hommage à Eunice avant tout, mais aussi pour rappeler que les TDS ont droit, comme tout le monde, à une protection dans l'exercice de leur activité. "Il y a un stigmate lié à cette activité qui permet une sorte d'impunité", explique Haritz Sanchez, porte-parole de l'association UTSOPI (Union des Travailleuses et Travailleurs du Sexe organisés pour l'Indépendance). "Quand on est TDS et qu'on se fait agresser, et qu'on va à la police, si les agents ne sont pas formés, ils vont tout de suite dire que c'est normal. Selon eux, une prostituée ne se fait pas violer, c'est simplement un client qui n'a pas payé. Il y a une insécurité permanente, et les TDS ne vont même plus porter plainte à la police. Il faut que le discours politique et l'opinion publique changent, et dès lors, les TDS pourront se sentir plus en sécurité."