Bruxelles Une opération de grande envergure a été menée jeudi matin dans le quartier Nord pour démanteler un réseau de traite humaine.

Ce jeudi matin, ce ne sont pas moins de 215 policiers qui ont pris d’assaut le quartier Nord, situé à cheval sur les communes de Saint-Josse et Schaerbeek. Les perquisitions étant interdites entre 21h et 5h du matin, l’opération s’est déroulée à l’aube, lorsque les prostituées sont toujours en activité, mais les suspects recherchés encore au fond de leur lit. C’est un réseau criminel international se livrant à la traite des êtres humains que cette opération menée conjointement par la police locale Bruxelles Nord et la police judiciaire fédérale visait à démanteler.

Au total, 31 perquisitions ont été menées. Celles-ci ont débouché sur 26 fermetures judiciaires de carrées de prostitution dont 17 situées à Saint-Josse et neuf à Schaerbeek. Un café de Saint-Josse a également fait l’objet d’une fermeture forcée. Enfin, cinq suspects ont été déférés devant le juge d’instruction de Bruxelles.

Un gros coup de filet qui ne doit rien au hasard. Celui-ci fait suite à une enquête intensive et à grande échelle étendue sur plusieurs mois. Dans la ligne de mire : une proxénète nigériane à la tête d’un réseau connu pour le sort peu enviable réservé à de très jeunes prostituées recrutées au Nigéria et amenées en Europe par des trafiquants. Selon une travailleuse du sexe que nous avons interrogée, cette proxénète est présente depuis très longtemps dans le quartier Nord, où elle s’est d’abord prostituée avant de devenir ce qu’on appelle une "mama" dans le milieu, soit une maquerelle.

Évoquées par la police judiciaire fédérale, les techniques pour faire venir les filles font froid dans le dos. Recrutées dans la Région de Bénin-City, on leur fait miroiter un bel avenir en Europe. Lors d’un voyage de plusieurs semaines effectué dans des conditions très éprouvantes, les filles seraient régulièrement violées par les trafiquants. Une fois introduites dans le quartier Nord, celles-ci sont directement contraintes de se prostituer pour rembourser une fausse dette de 45.000 €.

Une trentaine de victimes de cet esclavage sexuel étaient entendues hier par la police. Mais la récolte de témoignages s’annonce très difficile. Outre la barrière de la langue, les filles sont vraisemblablement victimes d’envoûtement. Avant leur départ pour l’Europe, celles-ci prennent, en effet, part à une cérémonie Vaudou durant laquelle elles jurent obéissance. "Elles y croient dur comme fer. Pour chaque fille, les proxénètes détiennent des sachets contenant des ongles, des cheveux, des poils pubiens et du sang menstruel. Elles sont convaincues qu’elles auront des maladies si elles désobéissent", explique Peter De Waele, porte-parole de la police fédérale.

Des associations spécialisées dans la lutte contre la traite des êtres humains telles que PAG-ASA, Payoke ou Sürya ont été sollicitées pour aider les filles qui le désirent à sortir de la prostitution forcée. Mais il n’est pas possible de les obliger à le faire, précise la police fédérale.

Quant aux autorités locales concernées, elles se réjouissent des excellents résultats obtenus lors de cette opération d’envergure. "Nous sommes heureux que la police fédérale et le Parquet aient consacré des moyens à cette enquête contre les réseaux internationaux car c’est de leur ressort. Nous avions eu la puce à l’oreille car certaines carrées refusaient les contrôles réguliers des forces de l’ordre dans le cadre de la politique locale de contrôle mise en place il y quelques années", a commenté le bourgmestre de Schaerbeek Bernard Clerfayt (Défi).