Bruxelles Plusieurs lettres de menaces ont été envoyées à des bars accusés de vouloir gentrifier les quartiers populaires.

"Ici ça gentrifie"; "Sales bourges, dégagez !" ou encore : "Si tu gentrifies mon quartier, je brise tes vitres". Autant de charmants messages qui ont été tagués ou apposés sur des vitres de cafés bruxellois implantés dans des quartiers populaires de la capitale ces dernières semaines.

On constate ainsi une certaine réticence de la part d’une frange de la population concernant l’implantation de cafés qui contribueraient, selon les détracteurs, à la gentrification. Ce terme - très en vogue - consiste à attirer un public avec des moyens financiers et un niveau d’études plus élevés que l’habitant moyen du quartier en question.

Parmi les cafés concernés par les lettres de menaces, on retrouve le Hall Café, situé au coin de l’avenue de la Porte de Hal et de l’avenue Jean Volders, dans le bas de la commune de Saint-Gilles, et qui ouvrira à la fin du mois. "Je ne comprends pas la réticence de l’auteur de ce message d’autant que mon café ne vise pas spécialement un public aisé, affirme Christos, le gérant. Au début, les riverains qui habitent au-dessus de l’établissement voyaient mon café d’un mauvais œil de peur qu’il n’engendre des nuisances. Mais on les a rencontrés et ils estiment maintenant qu’il va ajouter du cachet dans le bas de la commune. Je ne comprends pas ces craintes de gentrification d’autant que mon café est accessible à tous et va favoriser la création de lien social."

Katia est, elle, ravie de voir l’ouverture de ce café. "Selon moi, cet établissement va améliorer la qualité de vie et booster l’activité économique du quartier. On a eu beaucoup de vitres brisées dans les environs, ou des gens qui font leurs besoins dans la rue ou dans le parc juste en face. Donc si ce type d’établissement permet d’attirer une autre clientèle et de réduire le sentiment d’insécurité, j’y suis favorable", explique cette riveraine.

En revanche, cet optimisme est loin d’être partagé par tous. Prenons l’exemple de l’Atelier en Ville, un établissement qui propose de la petite restauration et qui héberge également un magasin de vêtements, qui s’est implanté depuis quelques années dans le quartier des Marolles, mais qui ne fait pas le bonheur de tous les riverains. "Ce genre d’établissement n’a pas sa place dans ce quartier, car les habitants ne sont pas inclus tant les prix sont élevés et pas adaptés aux revenus moyens, explique Zak. Ce type de commerce contribue au contraire à diviser les populations car cela participe à une forme d’embourgeoisement, pas accessible pour les habitants du quartier."

Autre établissement qui a reçu des menaces : le phare du Kanaal, situé au quai des Charbonnages à Molenbeek, qui fêtera son 2e anniversaire à la fin du mois. Mais pour Stéphanie, qui travaille dans le quartier et qui vient acheter son sandwich ici, cet établissement - qui propose aussi un espace de coworking - est une aubaine pour redynamiser cette zone, à condition, selon elle, que le prix des loyers n’augmente pas. "On voit davantage d’artistes se rendre dans ce quartier qu’avant, et pas que des bourgeois ! Cela permet de sortir du communautarisme et de booster l’activité économique. La gentrification est inéluctable en Région bruxelloise si on veut redynamiser cette ville-région", conclut-elle.