Bruxelles

Chaque année, Bruxelles-Ville débourse 4 millions d'euros pour entretenir le Stade National, en pure perte.

"Dès le début, le choix aurait dû être la rénovation du stade Roi Baudouin", a déclaré ce matin le vice-Premier ministre et président de la fédération bruxelloise du MR Didier Reynders sur les ondes de La Première. "Il aurait peut-être fallu en appeler au gouvernement fédéral dès le début", a-t-il poursuivi, avant pointer de s'interroger sur le choix d'un site en territoire flamand. Ces questions, l'exécutif bruxellois les a bien évidemment posées en amont de toute prise de décision. Il se les pose, au même titre que le gouvernement fédéral depuis 1985 et le drame du Heysel. Plusieurs études avaient étudié toutes les pistes. Sans succès, pour des raisons avant tout budgétaires.

Une démolition-reconstruction bien trop chère

Dix ans plus tard, soit en 1995, une étude avait estimé le coût de la démolition du stade Roi Baudouin à plus ou moins 300 millions de francs belges, soit environ 7,5 millions d'euros rien que pour le raser. Déjà, le maintien aux normes du Roi Baudouin pour l'Euro 2000 avait été fait "avec des bouts de ficelles", confie une source proche du dossier. La question d'une démolition-reconstruction aux frais des contribuables avait tout de même été mise sur la table à l'époque. Le gouvernement fédéral comme les entités fédérées avaient toutes estimées qu'un tel projet était beaucoup trop cher, surtout s'il est financé sur les deniers publics. Raison pour laquelle, Région bruxelloise et Ville de Bruxelles ont décidé de confier la construction et l'exploitation d'un nouveau stade, sur un nouveau site à des investisseurs privés. 

L'ensemble des niveaux de pouvoir de même que tous les partis majeurs du pays (au Nord comme au Sud étaient impliqués dans le projet d'un nouveau stade. Pour preuve : sur la photo immortalisant la remise du dossier de candidature pour l'organisation de trois matches de cet Euro - le 24 avril 2014 -, on y voit tout sourire le Premier ministre de l'époque Elio Di Rupo (PS), le ministre-président flamant Kris Peeters (CD&V), le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort (PS), son ministre des Finances Guy Vanhengel (Open-VLD), le bourgmestre de Bruxelles-Ville de l'époque Yvan Mayeur (PS), son échevin en charge du dossier Alain Courtois (MR) ainsi que les responsables de l'Union belge et de l'UEFA.

Une rénovation impossible

Dans quelle mesure et à quelles conditions le stade Roi Baudouin (50.093 places assises) aurait-il pu répondre aux exigences de l'UEFA pour l'Euro 2020 ? Primo, la capacité nette du stade ne répond aux exigences. Cette capacité nette correspond au nombre de places commercialisables dans les tribunes durant l'Euro. Il s'agit donc du nombre de places total, déduction faite des places se situant à plus de 190 mètres du drapeau de corner le plus éloigné, de celles ne permettant pas de voir complètement la ligne latérale ou arrière à cause des panneaux publicitaires, de celles offrant une visibilité réduite à cause des caméras, des barrières, des plateformes mobiles, etc. et de celles utilisées par les médias. En tenant compte de ces exigences, la capacité nette du Roi Baudouin tombe à... 16.563 places assises ! Soit à peine 33% à peine de la capacité brute actuelle ou 37% de la capacité nette exigée par l'UEFA (60.000 places) !

D'autres problèmes d'envergure ont condamné la rénovation du stade : 

- La profondeur des rangées dans l'ensemble du stade ne correspond pas au minimum imposée par l'UEFA, soit 80 centimètres. Au Roi Baudouin, elle s'élève à 70 centimètres pour la première couronne, à 75 centimètre pour la seconde couronne.

- L'espace de circulation sur le pourtour des tribunes est d'au moins 20% trop faible par rapport aux exigences de l'UEFA.

- L'orientation du terrain diffère de 38 degrés par rapport aux 15 degrés d'orientation Nord-Sud imposés par l'UEFA

Pourquoi Grimbergen ?

Le choix d'installer l'Eurostadium sur parking C, en territoire flamand, n'était pas le premier choix de la Ville de Bruxelles. Avec la Région, plusieurs sites avaient été analysés. Citons pour l'exemple Bruxelles-Formation, certains terrains le long du canal ou l'ancien site de l'Otan, etc. Mais il fallait entrer dans l'agenda de l'Euro 2020. Soutenue par l'Etat fédéral, la Région flamande, la Région bruxelloise et la Ville de Bruxelles, la Fédération belge de football avait porté sa candidature pour l'accueil d'un ou plusieurs matches. Seul le site du parking C du Heysel remplissait les conditions nécessaires à la construction d'un stade aux normes UEFA dans les temps.

Un coût d'entretien exorbitant

Chaque année, la Ville de Bruxelles dépense un peu plus de deux millions d'euros pour pour assurer les frais de fonctionnement, d'entretien et de rénovation du stade Roi Baudouin. En pure perte puisque ce stade n'est plus aux normes UEFA depuis des lustres (il bénéficie d'une dérogation). Cette somme, la Ville de Bruxelles a décidé de l'engager dans l'exploitation du nouveau stade. Son objectif : tirer des bénéfices en terme de visibilité via une présence garantie sur les lieux, un droit de regard sur les manifestations organisées par l'opérateur privé; mais aussi mettre de stade à disposition des jeunes Bruxellois tant pour son utilisation lors d'événements particuliers ou via des places pour les clubs locaux lors de matches, etc.